Et sinon, comment se porte la scène Thrash d’Indonésie ? Plutôt bien, très bien même, et je vous remercie d’avoir posé cette question qui sert admirablement bien mon propos. On le sait, les indonésiens sont des furieux, et les groupes de Thrash, Death, Hardcore et Grind se multiplient à la vitesse des blasts, et un simple coup d’œil au listing d’Encyclopedia Metallum vous permettra de comprendre qu’il s’agit d’une des scènes les plus actives d’Asie. Et entre ROTOR, DOWN FOR LIFE, THRASHPIT, WHIPLASH et maintenant les HATENEMY, la tradition n’est pas prête à se perdre, ni leur suprématie. Il faut dire que les musiciens locaux sont allés à bonne école, et ont retenu avec application les leçons des grands aînés californiens, new-yorkais ou germains, qu’ils restituent avec une énergie sans pareille, et avec une technique de plus en plus affûtée. Prenons donc pour exemple nos héros du jour, qui comme tant d’autres ont dû se battre contre l’adversité, le manque de moyens, et la désaffection de certains de leurs copains. Ainsi, les originaires de Samarinda, après une formation en 2010 et un premier EP quatre ans plus tard (See You In Hell, poussez pas, y’aura de la place pour tout le monde), ont vu leur line-up fondre comme peau de chagrin, avec les départs successifs de Dahlan le bassiste et de Tyan le batteur, finalement remplacés avec succès par les héros locaux Christ (SPARTA, basse) et Ryan (BREATH OF FATE, batterie).

2017 sera donc l’année de HATENEMY ou ne sera pas, mais gageons qu’avec un album de la trempe de Reign In Terror dans leur bagage, leur voyage sera constellé de foules en délire et de milliers de nouveaux fans en ligne de mire. Pourquoi ?

Parce que leur Thrash est fameux, fumant, haineux et entraînant, en gros, tout ce qu’il doit toujours être, avec cette petite touche de Crossover, dans le fond, mais surtout dans la forme, via des exercices rythmiques bruts assez typiques.

Les survivants Adon (chant/guitare) et Nopri (guitare/chœurs) ont donc été boostés par cette nouvelle arrivée, et nous proposent donc leur version d’un Thrash vraiment carton, qui aime citer les grands classiques pour les réciter à sa sauce, toute aussi atomique. Dix compositions pour une grosse demi-heure de baston, c’est le menu proposé par le quatuor, qui s’il a visiblement beaucoup écouté SLAYER et ses suiveurs RECIPIENTS OF DEATH ou EXUMER, n’a pas non plus oublié de passer un bon quart d’heure en compagnie des S.O.D, BLACK FLAG, et autres représentants valeureux de la cause Core qui rend teigneux. Une ossature basse/batterie hyper dynamique, des riffs qui piquent, et un chant rauque et scandé qui tire plus vers Billy Milano que vers un Tom Araya enragé, voici donc la combinaison fatale des HATENEMY, qui détestent les compromis, mais qui savent garder leur vélocité sous contrôle serré. Ici la vitesse est soutenue, mais jamais incongrue, et les staccato et autres découpes de riffs sont bien goulus, à tel point que l’on pense parfois à une version indonésienne des HOLY MOSES (« Critical Government » et son shred diabolique). Pourtant, les débats commencent de la façon la plus étrange qui soit, avec une entame très personnelle, qui plaque un discours de dictateur sur fond de Metal majeur (« The Great Dictator Speech »). Mais pas d’inquiétude, « Zyklon B » rétablit très vite la norme, et l’ombre de Reign In Blood et « Angel of Death » plane au-dessus des guitares de Nopri et Adon, qui se partagent le chant avec une efficacité redoutable. L’inspiration est certes criante, et la référence gluante, mais le tout est exécuté avec une telle passion et restitué avec une telle folie qu’on se prend au jeu, somme toute assez innocent et évident. Basse vorace à la Bello/Verni, chant râpeux qui honnit et vomit, pour une belle ruade dans les brancards de l’histoire, du Thrash évidemment, mais aussi des dictatures diverses, ce qui est tout aussi important.

A partir de là, la machine a trouvé son rythme de croisière, et ses mécanismes bien huilés ne tolèrent aucun grain de sable risquant de l’enrayer.

Morceaux brefs et concis, qui ne dépassent jamais les quatre minutes, astuces éprouvées mais efficaces et bien reproduites, pour un subtil mélange de tempi Heavy et d’accélérations sans mépris. Lorsque le quatuor se décide à poser les choses à plat pour bien nous les faire assimiler, on se retrouve face à un discours assez éclairé (« The Evil Empire », le genre de menuet Thrash médium qui t’écrase comme un seul homme), mais lorsque l’oral s’emballe et que les BPM partent en rafale, le Speedcore ne se fait pas la malle (« Learn a Violence », celui-là, Scott, Dan, Billy et Charlie ne l’auraient certainement pas contredit). En gros, en terrain boueux comme en percée au milieu, les HATENEMY font ce qu’ils savent faire de mieux, c'est-à-dire tutoyer l’excellence d’un Metal franc, massif et rapide, qui ne supporte pas le facile ou le mielleux. De là, vous connaissez la chanson, et eux aussi, sauf qu’eux la braillent encore plus fort que vous. Et ça passe comme à la parade, puisque la production est à la hauteur des qualités et ambitions, et que les graves vous percutent de plein fouet, en gardant cette sècheresse Hardcore qui ne les empêche pourtant pas de briller. Les guitares sont acérées, et moulinent en rythmique comme en solo, tandis que le chant se voit offrir un mixage parfait, pile au centre, pour mieux arbitrer.

Pas forcément original, mais qui l’est encore dans ce créneau, Reign In Terror se veut efficace et brutal, ce que retranscrit très bien une piste aussi virulente que « The Citizen Liar », qui restaure l’esprit décadent du meilleur VIO-LENCE, assaisonné d’une pincée de DARK ANGEL/SLAYER bien relevée.   

  

Feedback introductif pour boucherie intuitive (« Hate Compaign », tuerie intégrale qui mélange le meilleur DEATHROW avec le meilleur NUCLEAR ASSAULT) et final toute basse en avant pour fuite indécente vers le SEPULTURA de légende (« Kingdom of Rabiesm », avec une telle conclusion, même pas la peine de dire au-revoir à la maison), et album qui restera sans doute dans les annales du cru, avant de contaminer le monde de ses impulsions toutes aussi…crues.

Avec Reign In Terror, les HATENEMY font en effet régner la terreur sur le petit Landerneau du Thrash et se placent dans le peloton non d’exécution, mais de tête des formations de leur nation. Un LP parfaitement équilibré de violence et de groove chaloupé, qui distille des riffs faciles à mémoriser, amplifiés de rythmiques qui n’en peuvent plus de pulser.

Alors oui, le Thrash va bien en Indonésie. Très bien même. Et on lui dit merci.


Titres de l'album:

  1. The Great Dictator Speech
  2. Zyklon B
  3. The Evil Empire
  4. Night of the Long Knives
  5. Alcohol Say Hello
  6. Learn A Violence
  7. Critical Government
  8. The Citizen Liar
  9. Hate Compaign
  10. Kingdom of Rabiesm

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par mortne2001 le 29/09/2017 à 18:10
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