O Theos, O Basileus

Griffon

23/10/2020

Les Acteurs De L'ombre Productions

Troisième volet des sorties des Acteurs de l’Ombre pour cette rentrée, avec le second LP des parisiens de GRIFFON, quatre ans après leur découverte via Har HaKarmel, premier effort alors distribué en 2016 par Hass Weg Productions. Bonne affaire une fois encore pour le label français, qui s’octroie une nouvelle pièce de choix de l’underground Black Metal national, avec un groupe floutant les frontières entre toutes les fragrances de BM. Leur musique est-elle symphonique, martiale, épique, progressive, agressive ? Elle est tout ça à la fois, et il n’est pas difficile de constater que le groupe a fait d’énormes progrès en termes de composition en quatre petites années. Présenté comme d’habitude dans un digipack trois volets de luxe, O Theos, O Basileus (ὸ θεὀς ὸ βασιλεὐς en version originale) offre un déferlement de violence accentué par l’utilisation de mélodies très prononcées et de chœurs magistraux, et nous emporte aux confins de la créativité brutale, en acceptant le legs d’un Folk BM et d’un BM à tendance médiéval, tout en nous évitant la niaiserie caractéristique de ces deux genres. Pas question ici d’harmonies doucereuses à base d’instrumentation délicate, mais bien de pur Black Metal sous son éclairage le plus noble mais impitoyable. Déjà repérés par le label de Gérald qui leur a donné l’occasion de partager des faces avec DARKENHOLD l’année dernière, les musiciens parisiens ont donc précautionneusement élaboré leur retour pour ne pas manquer le coche, et se hisser au niveau des meilleures réalisations de ce label très exigeant. Et l’un dans l’autre, après plusieurs écoutes, O Theos, O Basileus peut sans peine rivaliser avec les meilleurs poulains de l’écurie, grâce à une confiance absolue en un style qui justement, sait éviter les écueils de genre trop cloisonnés.

D’obédience historique, O Theos, O Basileus est un disque « qui questionne la relation entre les pouvoirs spirituel et temporels. Souvent opposés, parfois allant de pair, voire totalement confondus, ces deux pouvoirs bien distincts vont connaître de nombreuses évolutions tout au long de l’ère chrétienne. ». Tel est donc le thème choisi pour driver les morceaux de ce second LP, et autant admettre que l’œuvre est fascinante, et digne des plus grands achèvements BM de ces dix dernières années. Aussi narratif qu’il n’est musical, ce deuxième tome de la saga GRIFFON utilise beaucoup d’inserts parlés, et de fait, ressemble parfois aux albums d’HYPNO5E, sans évidemment en approcher la philosophie instrumentale. Et dès l’intro de « Damaskos » mise en place, on comprend que l’ambiance va se vouloir grandiloquente, imposante, et subtilement hypnotique, nous emmenant en balade dans les couloirs du temps et de l’histoire, pour imposer son point de vue et son concept. Mixé et masterisé au Studio Henosis, décoré d’un sublime artwork d’Adam Burke, ὸ θεὀς ὸ βασιλεὐς est un petit chef d’œuvre de BM aux proportions symphoniques, qui évite toutefois le clinquant des productions les plus symptomatiques. Le quintet (Dino Dieleman - basse, Sinaï - guitare, Aharon - chant, Kryos - batterie et Antoine - guitare) a donc relevé le niveau de deux ou trois crans, sans perdre son identité, et nous offre un déroulé de chansons toutes aussi impressionnantes les unes que les autres, basées sur des riffs concentriques et cycliques, et des strates vocales omniprésentes, conférant à l’œuvre une aura de tragédie grecque transposée dans une autre époque, plus contemporaine.

Evidemment, parfois, l’instrumental prend des allures de classique des années 2000, nous rappelle ANOREXIA NERVOSA, mais aussi NKVD quand l’ambiance devient plus martiale que la moyenne. Ceci dit, ne vous amusez pas trop à comparer les GRIFFON à tout le monde et n’importe qui, leur art étant trop personnel pour supporter les rapprochements hâtifs. Mais il convient quand même de préciser que l’ombre de CRADLE OF FILTH plane souvent au-dessus des nuages de morceaux très théâtraux, tout comme celle du Black norvégien des années 90, ce qu’on constate en encaissant le sourd choc de « L’Ost Capétien », extrêmement violent. La recette est très simple, une base BM classique, avec blasts, chant rauque et sourd, riffs agressifs mais emprunts de Heavy Metal, le tout saupoudré d’arrangements grandiloquents, avec chœurs à la LAIBACH, nombreux breaks bien amenés, et variations dans l’approche mélodique. Le réel talent des parisiens est d’avoir composé des morceaux très riches et complets, sans avoir recours à des subterfuges de durée, la moyenne se situant dans les cinq minutes, bien que les chansons en paraissent plus. Mais sans pour autant provoquer l’ennui, et en découvrant « Régicide » et « Les Plaies Du Trône », on approfondit un peu plus l’identité de ce quintet hors normes, qui a exigé des instruments qu’ils soient tous présents au premier-plan, comme cette basse économique qui égrène une ou deux notes, ces arrangements classiques qui interviennent régulièrement, et qui offrent des respirations bienvenues dans le déluge de riffs qui s’apparente souvent à une tornade créative.

Le chant d’Aharon, brut et formel, s’accorde très bien de ces brisures délicates qui combinent notes cristallines et narration d‘arrière-plan, et l’album se suit donc comme une pièce en huit actes, avec des épisodes d’une beauté harmonique sublime (« Régicide »), des interludes à l’atmosphère moyenâgeuse (« … Et Praetera Nihil »), des intros aux claviers préfigurant une prise en charge Heavy puissante (« Abomination », le plus accrocheur du lot), et plus généralement, des fluctuations et modulations très pertinentes et qui ne tombent jamais comme un cheveu sur la soupe. Mais il est toujours difficile de décrire la qualité intrinsèque d’un album sans trop en révéler sur son contenu, et je pense qu’avec les arguments déjà énoncés, vous aurez compris que GRIFFON a signé un disque qui s’approche de la perfection, et qui ne détonera aucunement dans la production des Acteurs de l’Ombre. Un disque qui en appelle à la sensibilité des amateurs de BM précieux et sauvage à la fois, acceptant des accointances symphoniques sans vraiment y plonger de l’âme, se prêtant au jeu de l’ambition tout en restant pertinent et effectif. Une bien belle surprise que nous offre Gérald, et un groupe à suivre de très, très près, qui pourra rivaliser avec les leaders historiques.                                                    

                                                                   

Titres de l’album:

01. Damaskos

02. L’Ost Capétien

03. Régicide

04. Les Plaies Du Trône

05. Abomination

06. My Soul Is Among The Lions

07. … Et Praetera Nihil

08. Apotheosis


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par mortne2001 le 29/10/2020 à 17:59
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