Feeding the Machine

Wolf

13/03/2020

Century Media

Aujourd’hui, la question du loup reste d’actualité en Europe. Doit-on laisser le loup gris faire son retour en France, introduire de nouveaux couples dans les régions, ou abattre les spécimens restant pour protéger les troupeaux, et soi-disant, la population ? Selon certains avis, le loup n’a pas lieu d’être dans nos forêts et représente un danger, tandis que d’autres, plus en accord avec les lois naturelles les défendent corps et âmes, assumant leur place dans la chaîne alimentaire et l’équilibre naturel des choses. Je n’émettrai pas d’avis sur la question, mais j’admettrai volontiers qu’il y a un loup que vous aurez du mal à tuer, même avec tout un arsenal à votre disposition. Ce loup la est suédois, et travers les décennies non sans encombre, mais se relevant plus fort à chaque fois. Ce loup la a vu le jour au milieu des années 90, a lutté pour sa survie, s’en est terré dans le silence le plus absolu pendant des années, avant de revenir les crocs encore plus affûtés, et le troupeau renouvelé. WOLF, c’est un peu le garant suédois de la meute, le chef de file, celui qui avance pour protéger les autres. Et si nous étions sans nouvelles depuis six ans, nous demandant même si la bête n’avait pas été abattue quelque part du côté d’Örebro, nous voilà rassuré par le nouveau cri, qui intervient quand même six ans après le dernier hurlement Devil Seed. En six ans, la bête a donc mué, puisqu’on ne retrouve dans ses rangs qu’un seul membre original, l’inamovible Niklas "Viper" Stålvind, toujours fermement accroché à sa guitare et son micro. Le leader naturel s’est donc entouré de nouveaux comparses, ne gardant à ses côtés que Simon Johansson à la guitare, pour accueillir une nouvelle section rythmique composée de Pontus Egberg à la basse (DARK ILLUSION, KING DIAMOND, KRYPTONITE, TAINTED NATION, TREAT) et Johan Koleberg à la batterie (ex-SCUDIERO, ex-ANIMAL, ex-HAMMERFALL, ex-LION'S SHARE, ex-SECTION A, ex-THERION, ex-CHRIS LANEY, ex-FRONTIERS) depuis l’année dernière.

En six ans, le groupe a largement eu le temps de revoir ses positions datées, mais à l’écoute de Feeding the Machine et sa pochette subtile et étrange, on comprend vite que peu de choses ont changé. L’amour du Heavy Metal guide toujours Stålvind sur le chemin de la franchise, et ces douze nouveaux morceaux ne dévient que très peu de la trajectoire d’origine, prônant toujours des valeurs essentielles du Heavy Metal des années 80 et 90. Car WOLF a toujours plus ou moins été le parrain de cette vague nostalgique qui agite le pays depuis vingt ans maintenant. A l’heure d’une nostalgie qui refuse de céder un pouce de terrain, le quatuor peut donc assumer son statut de précurseur et continuer son avancée, lui qui n’a jamais produit d’album vraiment décevant. En optant pour le statu quo, les musiciens n’ont donc pris aucun risque, même si certains morceaux se décalent un peu des automatismes de production usuels. Les principales qualités du groupe sont plus présentes que jamais, avec ce refus obstiné de tomber dans les travers du vintage un peu trop joyeux, pour incarner un Heavy Metal subtilement sombre et légèrement plombé, sans pour autant laisser de revers ces mélodies typiquement scandinaves. On retrouve alors cet équilibre très stable entre lourdeur et efficacité, manifeste dès « Shoot To Kill », qui sous couvert d’un Speed débridé place ses billes et refuse l’euphorie d’une célébration un peu trop gaie. On sent que les influences montrent de plus en plus le bout de leur partition, avec toujours cette tendance à piocher dans le répertoire US de quoi s’alimenter. De fil en aiguille, on pense de plus en plus à une alliance entre les USA et le nord de l’Europe, via un mélange MERCYFUL FATE/METAL CHURCH, avec ce petit plus suédois qui transforme le Speed le plus dru en souplesse accrue.

Visiblement, les deux petits nouveaux se sont très bien intégrés, et l’album fait montre d’une osmose assez remarquable, même si les guitares de Niklas et Simon se taillent la part du loup, usant de riffs simples et directs pour soutenir des compositions classiques, entre Heavy survolté et Speed maîtrisé. « Guillotine » se rapproche d’une amitié germano-scandinave avec ses chœurs solides en arrière-plan et son riff redondant, alors que « Dead Man’s Hand » appuie sur l’enclume pour empeser l’ambiance et nous montrer que WOLF n’a rien perdu de sa puissance depuis ses primes années. La pesanteur ici n’est jamais étouffante, mais plutôt utilisée pour épaissir les climats, et le résultat donne des titres à cheval entre Hard vraiment séduisant et Heavy menaçant, avec toujours cette excellence instrumentale qu’on est en droit d’exiger des plus grands. L’efficacité semble toujours le maitre mot de l’entreprise, qui n’hésite pas parfois à moduler le tempo pour se montrer moins systématique et plus construit, comme en témoigne « Mass Confusion », très proche du METAL CHURCH de légende, et d’ailleurs, la voix de Niklas se rapproche de plus en plus de celle de Mike Howe, ce qui n’est pas le moindre des compliments. De là, les spécialistes, les allergiques, les lassés de la cause old-fashion vous diront que cet album n’apporte rien de plus au dossier, mais il y a pourtant une énergie et un allant qui me font penser que tout n’a peut-être pas encore été dit en termes de nostalgie. D’ailleurs, avec leur statut de précurseurs, les WOLF évitent les pièges habituels du copié/collé en fusionnant les genres, pour aboutir à des crossover assez intéressants et légèrement occultes (« The Cold Emptiness » et sa rythmique très Mikkey Dee).

Le tout est bien sûr encore très formel, mais on apprécie de retrouver le quatuor dans une telle forme. Peut-être que l’album eut gagné à se voir raccourcir de quelques minutes, mais peu de morceaux in extenso sont à incriminer, même les plus traditionnels (« Feeding The Machine »), et ce sont plutôt quelques riffs un peu trop faciles qui auraient dû être expurgés. Le groupe se permet parfois un peu de malice et de légèreté, et rappelle la fluidité rythmique des miraculeux NASTY SAVAGE (« Spoon Bender »), avec toujours cette grosse basse louvoyante comme une mère protégeant ses petits. Et si la fin de l’album montre quelques signes d’essoufflement, certains des morceaux parviennent à relancer la machine (« The Raven »), tandis qu’en bonus-track, la reprise d’ANGEL WITCH « Atlantis » se présente sous la forme d’un joli cadeau. Un bon retour dans la forêt pour les WOLF qui honorent leur parcours, et qui visiblement avaient des choses à dire. Quant à savoir si la meute va encore effrayer les moutons suiveurs de mode, c’est une autre question. Mais la bête est encore solide, et ne pliera pas sous la menace.

                                        

Titres de l’album :

                         01. Shoot To Kill

                         02. Guillotine

                         03. Dead Man’s Hand

                         04. Midnight Hour

                         05. Mass Confusion

                         06. The Cold Emptiness

                         07. Feeding The Machine

                         08. Devil In The Flesh

                         09. Spoon Bender

                         10. The Raven

                         11. Black Widow

                         12. A Thief Inside

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par mortne2001 le 18/07/2020 à 18:40
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