En 1990 STRYPER sortait l’un de ses albums les plus controversés (mais sans surprise, l’un des plus tolérés par leurs réfractaires), Against The Law. Certainement conscients que l’époque du Hard-Rock sur MTV et des coiffures ultra laquées étaient derrière eux, les musiciens se lançaient dans l’enregistrement d’un disque aux antipodes de leurs bondieuseries habituelles, et avouaient même à demi-mots en interview avoir éventuellement bénéficié de l’attention dévouée de groupies backstage, ainsi que de l’apport d’énergie de substances que l’église réprouverait sans aucune tolérance. Coup marketing ou honnêteté soudaine, personne ne saura jamais de quoi il en retournait, mais il semblerait qu’une fois encore l’histoire se répète, musicalement parlant et que les américains se soient laissés séduire par une sortie de route sans pour autant tourner le dos à leur foi. Selon le leader/messie Michael Sweet, ce God Damn Evil au titre qui aura fait réagir bien des fans ne serait rien de plus qu’une réponse à leurs prières, qui imploraient le groupe de s’éloigner de sa zone de confort pour livrer le missel le plus corsé de leur carrière. En dehors d’une appellation qui n’est selon ses auteurs qu’une supplique supplémentaire à l’égard du divin, chargé d’épurer une époque troublée de ses représentants maléfiques de plus en plus nombreux, force est de reconnaître que ce nouvel épitre ne fait pas réellement partie des saillies les plus violentes du quatuor, et ne fait qu’effleurer une violence qui ne leur est pas forcément coutumière. Mais toutefois, puisqu’il convient d’atténuer les modérations suscitées par l’écoute du produit en question, il faut assumer que son introduction à de quoi hérisser bien des poils d’amateurs de Hard-Rock un peu trop policé.     

« « Take It To The Cross » est notre réponse aux fans qui attendaient de nous quelque chose de plus Heavy, limite Thrash. Les couplets sont Heavy, avec un chant très puissant et adapté, mais le refrain déboule avec un feeling Thrash. Nous avons d’ailleurs invité Matt Blanchard (ACT OF DEFIANCE, SHADOWS FALL) à faire les chœurs, pour apporter une touche plus véhémente. Le résultat est donc assez explosif ».

 

Et je concède à Michael Sweet un sens de l’honnêteté assez flagrant dans la description du morceau en question, qui est sans doute ce que les STRYPER ont fait de plus agressif depuis longtemps. Mais si ce dixième album studio fait montre d’une énergie indéniable, il ne se dissocie pas du reste de la discographie post-reformation du quatuor, qui fête aujourd’hui l’arrivée en son sein de l’archange bassiste Perry Richardson des FIREHOUSE, qui n’a toutefois pas eu le temps de se faire les cordes sur le nouveau répertoire, puisque c’est John O'Boyle, qui accompagnait Sweet sur ses deux derniers LP solo qui s’en est chargé. Problème d’emploi du temps donc, pour un disque qui déplore le départ du comparse rythmique historique Tim Gaines, mais qui toutefois ne renonce pas à des us et coutumes en vogue depuis les années 2000, et le débarquement de l’élu via un Reborn à l’intitulé sans équivoque. Mais en jouant la franchise, et nonobstant une qualité qui ne se dément presque jamais, God Damn Evil n’incarne ni plus ni moins que la suite logique de Fallen, publié il y a trois ans, nous réservant quand même quelques surprises qu’il convient de souligner. Si musicalement, le partenariat entre Sweet et Oz Fox tourne toujours à plein régime, les nouveaux morceaux décrits par leurs concepteurs comme « les meilleurs jamais composés » (argument promotionnel oblige) s’intègrent parfaitement au parcours des petits chanteurs à la Croix de lumière, et ne détonnent pas lorsqu’on les compare aux plus grands hits du quatuor. Inutile toutefois de chercher un nouvel « Honestly », ou une resucée de « To Hell With The Devil », le temps étant passé par là, mais la forme affichée par les abeilles de Dieu fait plaisir à entendre, même si elle ne risque pas d’effrayer les hérétiques du monde entier, ou de convertir les agnostiques chevronnés. Et si Sweet, dans un élan d’enthousiasme fort à propos se plait à voir ce dixième album comme le survol parfait de la carrière exhaustive du groupe, il faut mieux y voir un résumé de ces dix dernières années sous peine d’être méchamment déçu.

Bien évidemment, STRYPER restant STRYPER, il est difficile de trouver la moindre faille d’interprétation dans les onze nouveaux psaumes entonnés d’une ferveur incontestable. Les musiciens sont toujours aussi affûtés, et au fait des modes en vogue à leur époque, sans trahir leur inspiration d’origine. Mais en dehors de cette fameuse entrée en matière aussi tonitruante que surprenante, le reste du catalogue reste entre les bancs de l’église, et se lève pour faire la quête et recevoir la dîme des fidèles qui ne manqueront pas de verser leur obole à leurs prêtres métalliques préférés. On pense parfois à une adaptation des standards des années 80, entre leur propre conception et celle d’un SKIDROW pas encore converti au viril qui assimile (« Sea Of Thieves »), mais Michael et ses apôtres savent encore trousser de jolis déhanchés qui nous ramènent à l’époque glorieuse des Against The Law et de Slave To The Grind (« Sorry »), ou jouer le jeu d’un Hard-Rock classique, payant son tribut aux années 70 (« God Damn Evil », feeling légèrement passéiste pour un son un peu nostalgique). Chœurs en avant, pour un joli décorum tout blanc, mais surtout, le plein de mélodies en sortant du confessionnal, pour relativement peu de péchés de facilité à confesser. Si thématiquement, les quatre anges noirs et jaunes ne démentent aucunement leur foi, et continuent de louer la sagesse du grand barbu, il leur arrive toutefois de tenter des choses artistiquement plus ardues, comme ce séduisant « You Don’t Even Know Me », en demi-teinte, qui ose un couplet un peu troublé pour mieux nous surprendre d’un refrain typiquement 90’s. Quelques percussions grondantes pour un riff que les ALICE IN CHAINS auraient pu entreprendre (« Beautiful »), l’immanquable ballade qui nous épargne les dégoulinades de clavier qui font monter le taux de diabète après les vêpres (« Can’t Live Without Your Love », plus JOURNEY que « All Of Me »), quelques solides saillies à la frontière d’un Hard Rock sévère et d’un Néo en lisière (« Own Up », mais toujours ces voix entremêlées sur un refrain qui fait chanter), et un final overspeedé, qui reprend les codes d’intro du « Painkiller » de JUDAS PRIEST, avant de foncer bille en tête, à la chasse aux impies qui croyaient pouvoir troubler la messe (« The Devil Doesn’t Live Here »).

Difficile toutefois de contester la validité d’un album qui fait honneur à ses géniteurs, même si God Damn Evil, malgré sa variété de ton incontestée, n’incarnera jamais l’acmé de créativité d’un groupe qui a fait beaucoup mieux par le passé. Avec les carrières en solo de Sweet et de STRYPER qui se confondent, on finit par se demander si l’on écoute un disque personnel ou collectif, même si le style inimitable d’Oz Fox permet de différencier les deux congrégations. En parlant de Michael, sa voix reste bien évidemment le point de focalisation, et mettra tout le monde d’accord une fois encore. Un LP fort honnête, frais, concerné, au message musical qui offrira aux pèlerins une bénédiction urbi, mais pas forcément orbi.


Titres de l'album:

  1. Take It To The Cross
  2. Sorry
  3. Lost
  4. God Damn Evil
  5. You Don't Even Know Me
  6. The Valley
  7. Sea Of Thieves
  8. Beautiful
  9. Can't Live Without Your Love
  10. Own Up
  11. The Devil Doesn't Live Here

Site officiel


par mortne2001 le 30/04/2018 à 14:17
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