As The World Turns Black

Odium

14/07/2017

Mdd Records

Quand on traîne ses basques dans le biz’ de l’underground depuis plus de vingt ans, on a tendance à tracer sa route sans se demander si sa musique est d’une quelconque pertinence. On compose, on joue, on enregistre des albums, on part en tournée, et puis on se fait plaisir, ainsi qu’à ses fans, et c’est déjà pas mal. Non, c’est même mieux. Parce que finalement, la musique est avant tout une question de plaisir partagé n’est-ce pas ? Alors de là, rester en phase, les modes, la crédibilité, l’innovation sont des concepts très surfaits et réservés à « l’élite » qui pense savoir mieux que quiconque ce qui convient à tout le monde.

Dès lors, une seule attitude à adopter, celle du mépris des « convenances », et hop, on taille, sans détailler, et peu importe ce que ceux qui ne se sont jamais intéressés à vous peuvent penser. Après tout, ce ne sont pas eux qui achètent vos disques ou vos tickets de concert…. 

Prenez les ODIUM. Il existe déjà une bonne fournée de formations répondant à ce nom, et je suis certain que très peu d’entre vous les connaissent toutes, et savent de quoi il en retourne. Ces ODIUM là nous viennent d’Allemagne, d’Hasselroth plus précisément, où leur carrière a débuté aux alentours de 1993. Depuis, les mecs n’ont pas vraiment chômé, et ont balancé la bagatelle de huit longue-durée, ne marquant une petite pause qu’entre 2003 et 2010, avec un seul EP proposé en sept ans.

Mais depuis, la mécanique a été bien huilée, et quatre LP ont vu le jour, dont le dernier, The Science of Dying n’était pas vraiment éloigné des précédents en matière de style.

ODIUM en 2017, ça veut dire quoi, et ça représente quoi au juste ? C’est d’abord un quintette (Rochus Pfaff & David Hübsch aux guitares, Belinda Ann Smaka à la basse, Jan Heusel à la batterie et Ralf Runkel au chant), dont un seul membre a connu les prémices de la gloire (Rochus, seul survivant du line-up de 1993), gloire après laquelle les cinq allemands ne courent pas vraiment, préférant faire leur truc dans leur coin sans se préoccuper d’une quelconque prise avec leur époque.

Et il faut reconnaître que le style développé sur la discographie et par extension, sur ce dernier-né As The World Turns Black ne date pas d’hier, et semble plus focalisé sur des figures de styles inventées et développées dans les années 90, lorsque METALLICA virait salement Heavy, et que les TESTAMENT leur emboitaient le pas, pour tourner le dos au Thrash massif qui était leur trademark depuis leur émergence. Alors du Heavy, beaucoup, du Power au ras du coup, et du Thrash, au coup par coup, telle est l’approche des ODIUM depuis la nuit des temps, ou tout du moins les leurs. Et qui irait leur reprocher ça ? Des élitistes qui manipulent le Heavy allemand avec des pincettes de dégoût, stigmatisant le sempiternel esprit « fête de la bière » des groupes qui refusent l’opportunisme ?

Mais sincèrement, qui se préoccupe encore de l’avis de ces egocentriques qui seraient bien incapables d’échanger leur clavier contre un instrument pour prouver leur valeur ? Certainement pas les fans d’un excellent Heavy Thrash mélodique qui eux se jetteront sur ce huitième album qui sanctionne presque vingt-cinq ans de carrière vouée à la cause d’un Hard-Rock solide et accrocheur…

Car c’est exactement ce qui vous attend sur ce monde qui s’assombrit, et qui prend en compte les évènements récents et funestes, transformant notre routine en actualité tragique, ensanglantée de morts, de violence, d’injustice, et de fossé se creusant de plus en plus entre quelques privilégiés et un peuple qui n’a de cesse de crier son désespoir…

Musicalement, ODIUM n’a absolument rien changé à son optique franche et subtilement nuancée, et pratique toujours un Thrash de très bonne facture, à la lisière d’un Power Metal beaucoup plus subtil que la majorité de la concurrence. On a souvent glosé sur la capacité germanique à trousser des hymnes Metal instantanés, mais ce nouvel effort apporte une nouvelle rondelle à l’édifice, en proposant neuf morceaux débordant d’énergie et de mélodie, que tous les addicts reprendront en chœur en concert à travers l’Europe.

Rien de bien révolutionnaire à l’horizon de tempi qui oscillent entre vitesse et mid groovy, mais beaucoup d’enthousiasme, et un réalisme de composition qui laisse admiratif. Certes, certains refrains semblent émaner du passé allemand le plus franc et imposé (« Revolution »), mais l’art consommé du quintette pour trousser une bordée de morceaux simples et entêtants agrémentés de titres plus alambiqués et heurtés est assez remarquable, et offre à cet album l’équilibre dont il avait besoin entre simplicité et agencement plus risqué.

On trouve donc de tout sur As The World Turns Black, mais principalement de très bonne chansons, enrobées dans une production certes un peu standard et anonyme, mais suffisamment puissante pour leur offrir le dynamisme qu’elles méritent.

Pas de longue dérivation évolutive à attendre, mais pas non plus de riffs réchauffés pour dresser hâtivement une table chichement décorée pour hardos bas du front prêts pour la curée. Si la voix de Ralf évoque celle d’un James Hetfield sans prétention lyrique, elle fait aussi penser à une version plus profonde et moins nasillarde de celle de Rob Zombie, sans que les ODIUM ne fricotent avec l’Electro Metal en vogue à la fin des 90’s. Alors évidemment, parfois la redite pointe le bout de ses notes, mais globalement l’effort et notable, et avance à son rythme, qui ondule et module, sans renier le passé mais en regardant légèrement vers l’avenir.

Nous avons donc droit à une jolie alternance de poussées d’énergie Thrash (« The End Of Everything », qui rappelle la scène suédoise de 95/96 sans la copier), de nuanciers Heavy mélodisés et plaqués sur un mid tempo rageur et dansant de sueur (« Point Of No Return », « Frozen World »), mais aussi à des choses un peu plus travaillées et moins prévisibles (« No Goodbye »).

Quelques arpèges en contrepoint harmonique (« As The World Turns Black »), et un final que Dave Mustaine et Alex Skolnick auraient pu signer de leurs quatre mains agiles (« Inside The Incubus »), pour une quarantaine de minutes qui ne montrent que peu de signes d’essoufflement, et qui passent quand même très rapidement. On pourra reprocher un systématisme flagrant dans l’approche de vocaux un peu trop statiques, des licks un peu trop MAIDENiens sur les bords, mais globalement, cette huitième étape sur le parcours des allemands est d’une indéniable qualité de franchise et de sentiments.

Il est certain que les ODIUM ne verront sans doute jamais leur nom en haut de l’affiche d’un festival de premier ordre, mais même si la chose leur ferait évidemment plaisir, je pense qu’ils s’en moquent en définitive. Ils auraient pourtant le talent pour occuper cette place de leader, mais le destin est ainsi fait, et pas toujours juste. Ce qui ne les empêche pas de sortir des albums qui valent le coup d’oreille, pour peu que la nostalgie pas forcément passéiste vous séduise.


Titres de l'album:

  1. The End Of Everything
  2. Point Of No Return
  3. No Goodbye
  4. Blind
  5. Revolution
  6. Frozen World
  7. Time Is A Killer
  8. As The World Turns Black
  9. Inside The Incubus

Site officiel


par mortne2001 le 13/08/2017 à 14:49
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