De retour dans les années 80, les querelles de limites de jardin étaient cruciales. Peu de groupes s’épanouissaient dans le franchissement des frontières, et préféraient se limiter à une approche, pour ne pas brusquer les éventuels visiteurs, et froisser leurs copains de chambrée. De fait, seule une poignée d’intrépides choisissaient de ne pas choisir, et agrémentaient leur puissance Thrash d’une légère touche de violence Death. L’école sud-américaine était d’ailleurs la plus appliquée (à tel point que ses élèves ont presque fondé à eux-seuls la mouvance Blackened Thrash si revendiquée aujourd’hui), tandis que son homologue nord-américaine préférait volontiers les balises précises. Et si ma mémoire ne me ramenait pas sur les rivages en cisailles des légendaires INCUBUS et des bordéliques BULLDOZER, je ne saurais citer des exemples probants de Crossover flagrant. INCUBUS était d’ailleurs l’un de mes groupes favoris à l’époque, pour cette façon de se situer à mi-chemin entre la moissonneuse-batteuse et le chaos, et leur deux premiers albums restent des références absolues, tant Serpent Temptation et Beyond The Unknown catapultaient le Thrash du grand-frère dans une dimension Death presque mystique de son arrogance crasse. Depuis, le Thrash/Death est devenue une association terminologique à part entière, avec ses propres codes, mais l’équilibre est toujours aussi difficile à trouver, et d’ailleurs, sans vouloir tirer par les cheveux Chris Barnes chez son neveu, merci de ne pas confondre Death/Thrash et Thrash/Death, sous peine de vous voir opposer une fin de non-recevoir en forme de calotte derrière la tête. Et dans le créneau, nous pouvons depuis cet été accueillir un nouveau pensionnaire, suédois cette fois-ci, quoique les deux tiers de son line-up soient d’origine latine…

Les MALIGNER sont signés sur le label national Blood Harvest, est c’est un signe à ne pas prendre à la légère. Le label n’étant pas réputé pour héberger dans son écurie n’importe quel canasson, autant se dire que ce trio est plutôt du genre à passer la ligne d’arrivée à vitesse supersonique. Ce qui est immanquablement le cas, puisque la musique qui s’incruste dans les sillons de cet Attraction To Annihilation est plutôt du genre rapide, très rapide, mais aussi très technique, et court sur les parois de l’abime en faisant mine de s’y vautrer en plus d’une occasion. Fondé fin 2015 par  Aztiak (guitare) et Ertheb (batterie), deux latino-américains expatriés du côté de Malmö, ce groupe d’abord duo a travaillé sa partition avant de finalement se compléter d’un troisième membre, Maligno, futur bassiste-chanteur, permettant de concrétiser de longs mois passés à répéter et élaborer un répertoire. Et c’est donc sans attendre trop longtemps que les trois compères agressifs ont proposé une première démo, avant la même année de mettre la touche finale à un premier EP, Demon, datant aujourd’hui d’il y a deux ans. Deux ans, c’est ce qu’il leur aura fallu pour dégoter un deal, et préparer le matériel indispensable à l’élaboration d’un premier LP, sorti fin août sur le célèbre label scandinave. Et autant jouer franc jeu, malgré le jeune âge de la formation, ce premier jet est d’une maturité incroyable, donnant au Thrash/Death un nouvel éclairage encore plus brutal que d’ordinaire, tout en l’extirpant de ses ornières pour lui conférer une préciosité technique qui n’est pas forcément l’apanage de ses plus dignes représentants. Car ici, pas question de débauche primaire à la brésilienne, même si l’influence des premiers SEPULTURA est patente par instants (spécialement celle de Schizophrenia, à cause de cette tendance à jouer sur le flou séparant les deux styles extrêmes), mais bien de puissance délirante, mise en valeur par une instrumentation fameuse et des performances individuelles notables.

Car non seulement les MALIGNER aiment se situer en convergence de genres, mais ils affectionnent aussi une optique privilégiant la finesse instrumentale, se révélant de redoutables gâchettes chacun dans leur domaine. Si la rythmique nucléaire est bien évidemment au centre des débats, pour ses envolées furieuses et ses écrasements fumeux, c’est véritablement le talent diabolique de riffeur et de soliste d’Aztiak qui éclabousse nos tympans hagards. L’homme semble se démultiplier pour occuper le terrain, jouant de son vibrato pour singer les tics les plus démoniaques de Trey Azagthoth et lâcher des licks précis, tout en se démenant en solo pour signer des interventions hystériques. Et lorsque les trois comparses élèvent conjointement le niveau de jeu, ça nous donne des moments de barbarie pure, lorsque la brièveté prime sur la durée, à l’occasion d’un « Mental Breakdown » vraiment barré, rappelant justement la schizophrénie des INCUBUS dans une version contemporaine encore plus affolée. Il faut dire qu’en sus, le son dont se sont dotés les trublions est du genre maousse, creusant dans les graves de quoi placer les médiums, et calquant l’épaisseur d’un SUFFOCATION sur la précision d’un DEATH des grands jours. Deux influences qui ne sont d’ailleurs pas tombées dans les oreilles de sourds, puisqu’elles couvrent toute l’inspiration du caractère Death de cette réalisation, décidément peu amène en temps morts et autres breaks en ressort. Ici, c’est donc l’intensité qui prime, et qui n’est jamais soumise à fluctuation, même lorsque le tempo se cale sur le parti de la vague Thrash la plus virulente des VIO-LENCE et consorts (« Into Oblivion »).

Et de l’accueil de « Oath-bound » jusqu’à la finition au lance-flammes de « Into Oblivion », rien n’est laissé au hasard, et les plans s’accumulent pour former une symphonie d’ultraviolence assez échevelée, mais toujours nuancée de petites trouvailles techniques assez futées. On s’en rend évidemment compte assez rapidement, mais les morceaux les plus modulés nous aident à piger que les MALIGNER sont là pour tuer puis écraser, et « Lust For Fire » de passer pour une sorte d’aveu de cruauté en mode maléfique majeur. On retrouve des accents du Death de Spiritual Healing engoncés dans un costume de méchanceté à la DEICIDE, le tout traité comme un Thrash de première catégorie. La voix impitoyable de Maligno assure l’emprise et ne la relâche jamais, de sa gravité au grain grossier (INCUBUS, encore…), tandis que la frappe d’Ertheb, précise et fluide case un nombre incalculable de figures en un temps imparti assez bref. Et cette somme de propositions transforme ce premier album en révélation, tant on sent que les trois suédois ont encore du carburant pour quelques albums à venir. La durée globale n’excédant pas la demi-heure, on s’en prend plein la tronche sans vraiment avoir envie de réagir, et de fait, Attraction To Annihilation s’impose comme l’un des LP les plus puissants de cette fin d’année, sans pour autant occulter complètement les mélodies larvées (« Disposable »). Et nous parlons bien de Thrash/Death ici, et pas l’inverse. Alors faites attention.    


Titres de l'album :

                         1.Oath-bound

                         2.Lust For Fire

                         3.Disposable

                         4.Salvation

                         5.Reign Of Fear

                         6.Beyond Repair

                         7.Mental Breakdown

                         8.Into Oblivion

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par mortne2001 le 13/11/2018 à 16:22
85 %    345

Commentaires (4) | Ajouter un commentaire


LeMoustre
@78.225.219.160
14/11/2018 à 20:38:25
Impeccable papier qui, avec un avis sur un autre site couplé à l'écoute de cet extrait, a dévié très vite vers une commande sur le site du label.
Au passage, bien vu les différences entre thrash/death et l'inverse. ici, c'est bien du thrash/death, et l'affiliation avec Scott LaTour (Incubus futur Opprobrium, qui sortira un nouveau disque en février prochain, au passage) est en effet palpable.

Arioch91
@195.115.26.249
15/11/2018 à 08:34:31
Comme LeMoustre, fort agréablement surpris par cet album.

RBD
membre enregistré
22/11/2018 à 12:30:11
Hou là, la ressemblance avec le vieil Incubus de Louisiane des débuts ("Serpent Temptation") est frappante, avec une méchanceté de fond en plus peut-être même.

LeMoustre
@78.225.219.160
22/11/2018 à 18:59:13
Ceux qui n'en peuvent plus d'attendre le nouvel Opprobrium peuvent aussi se rabattre sur les Chiliens d'Enforcer (et leur second album, surtout), Incubus-worship totalement destructeur.

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On dirait du Pestilence la pochette.


Cet artwork très "old-school death metal" !


La musique me replonge directement dans les années 90' cassage de nuques et headbanging, mais j'ai plus de mal avec le chant.


L'intro de "Hell Awaits" sur Decade... M. A marqué à vie !


Gros respect pour Slayer même si j'ai seulement 2 mauvais souvenirs de concert (sur plus d'une quinzaine) Pour moi aussi decade reste le meilleur live , ne serait ce que pour l'intro de hell awaits qui plante le décor pour tout le reste de l'album.


Ah bon, pas le dimanche ?!


Qu'il revienne en 2021 pour les 40 ans et des dates en France et on en parle plus.


@Jus de cadavre ;

oui pour Decade of Aggression auquel je juxtapose Dance of the Dead, bootleg enregistré au Zénith le 22/11/1991.

Ca tombe bien, j'y étais :p


Ach !
Vous n'êtes peut-être pas assez trve pour brûler leur stock, mais dénoncez nous ce groupe si dégueulasse...
On veut un nom et le pourquoi du comment bordel !

(#Closer #Public #Voici)


@king : nan, le meilleur live de l'histoire c'est Decade Of Aggression !!! ;)
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