Il fut une époque où les groupes de Rock français aimaient à juxtaposer des terminologies étranges et/ou contraires, à l’instar d’ATOLL et de son Araignée-Mal, et tant d’autres. C’était généralement le signe d’une ouverture d’esprit, acceptant les possibilités progressives sans dénaturer l’efficacité de la musique, tout en faisant preuve d’une ambition poétique indéniable. Mais si l’ambition poétique était tout à fait pertinente dans un cadre libre de Rock Progressif mélodique, elle est beaucoup plus incongrue dans le cas d’un quintette qui prône des théories beaucoup plus agressives, et inhérentes au monde du Thrash et du Death. Mais qui a dit un jour que la poésie et la brutalité ne pouvaient cohabiter ? Qui oserait affirmer aujourd’hui que les VOÏVOD n’ont pas au travers de leur œuvre associé le symbolisme de la science-fiction et la délicatesse de la prise de risque harmonique ou dissonante ? Personne, et depuis des années, le statut de certains ensembles est devenu une sorte d’échelle de mesure permettant de jauger du potentiel d’un concept quel qu’il soit, et le cas résolument à part des VOIGHT KAMPFF en reste une illustration parfaite, eux qui de leur Bretagne s’évertuent à retrouver l’esprit frondeur des premiers techno-thrasheurs européens et le souffle épique des adeptes de la difficulté Death américains de la même décennie…Piochant dans l’héritage de la prose de Phillip K. Dick, les originaires de Fouesnant continuent donc leur entreprise de découverte des univers parallèles, et nous offrent une belle continuité avec leurs travaux précédents, et notamment ce premier LP More Human than Human qui jetait déjà les bases d’une expérimentation connue, mais reliftée pour l’occasion. Il y a six ans, on sentait déjà que ces musiciens avaient pas mal de choses à dire, et qu’ils posaient des jalons, mais autant jouer la franchise et admettre que ce Substance Rêve pousse les choses encore plus loin et s’accorde très bien de son titre pour modeler sa substance et nous faire effectivement rêver.

Mais rêver à quoi au juste ? A retrouver l’essence d’une musique trouvant ses racines il y a quelques décennies, mais admettant aussi ses héros d’aujourd’hui. Si la marque de fabrique de Piggy, Away, Snake et Blacky est évidemment patente sur ce second LP, d’autres références trouvent leur place dans le bestiaire SF des français, dont les CORONER, ATHEIST, HEXENHAUS et DEATH ne sont pas des moindres. Zardoz (basse), Virus et Mathieu Broquerie (guitares), Ramon (chant) et Pyromancer (batterie) ont donc choisi de poursuivre sur la voie de la fausse complexité mais de la réelle progression en nous exposant dix longs morceaux qui dépassent l’heure de jeu, mais qui pourtant ne manquent pas d’idées, et en contiennent même assez pour alimenter l’imaginaire d’une discographie entière. Restant humbles tout en étant conscients de leurs moyens, les VOIGHT KAMPFF juxtaposent avec flair et bonheur des parties de guitare dignes d’un Nothingface (et donc sévèrement empruntes de mystique PINK FLOYD première époque) et des accès de colère découlant de la rage initiale des premiers mixeurs de brutalité Death et de technique floridienne. Le tout sonne donc hautement brutal mais résolument musical, et évoque les meilleurs pamphlets de la fin des années 80, tout en louchant du côté des plus contemporains VEKTOR, qui eux-aussi ont fait leurs ces enseignements de nuances. Alors, on tourne, on virevolte entre la fin de carrière d’un Schuldiner et le début de parcours de Kelly Shaefer, tout en admettant l’importance d’albums comme Thresholds et The Key de NOCTURNUS, sans s’accaparer ces claviers un peu trop envahissants qui ici, n’ont pas le droit de cité. Les idées doivent fuser de l’instrumentation classique et ne rien devoir à une science des arrangements, ce qui complique la tâche, mais en transforme le résultat en réussite flagrante.

Pour ne rien vous cacher, et comme vous vous en doutez certainement, Substance Rêve est un LP qui exige de nombreuses écoutes avant d’être appréhendé de façon efficiente. Après tout, on ne digère pas un pavé de soixante-trois minutes élaboré autour de morceaux allant de cinq à dix minutes comme un vulgaire produit de consommation Pop. Pour autant, inutile non plus d’en craindre une redondance, qui, si elle s’invite aux agapes de temps à autres, ne s’incruste pas et s’efface face à la créativité ambiante. Toujours à cheval entre précision Thrash et violence Death, entre délicatesse progressive et intelligence évolutive, les bretons nous dessinent les contours d’un monde d’outer-space, peuplé de créatures étranges, nimbé d’atmosphères enivrantes, et surtout, strié en permanence par des riffs purement historiques. Entre des dissonances que le regretté Piggy aurait pu placer sur les meilleurs fulgurances de sa créature mutante impitoyable, des éclairs mélodiques nous baignant dans la lumière d’un Human ou d’un Spiritual Healing, et des constructions en gigogne équilibriste dignes d’un VEKTOR reprenant à son compte le génie suisse d’un CORONER, VOIGHT KAMPFF se rapproche d’une version cérébrale d’un PROTON BURST qui en s’attaquant au monde de Druillet nous avait appris que le croquis fantasmagorique et la brutalité instrumentale pouvaient cohabiter, pourvu que le crayon et les cordes soient maniés par des artistes intègres et exigeants. Il ne serait pas rendre service au quintette néanmoins d’occulter les quelques approximations de durée dont ils font preuve, puisque quelques interventions un peu trop amples auraient gagné à être synthétisées pour s’incarner autour d’un ou deux thèmes porteurs, mais on ne reproche jamais leur ambition à ceux qui ont le culot de refuser la facilité. D’autant plus qu’un incluant dans leur avancées quelques éléments de BM patents (« Rebellion », le plus long, mais le plus bouillant), les bretons nous prouvent qu’ils en ont encore pas mal dans le pantalon.

De minute en minute, l’envoutement agit par paliers, distille quelques accalmies pendant la tempête (« Return To Genesis », « Shoulder Of Orion », pas juste de simples inserts instrumentaux, mais des chapitres à part entière), ose même des moments plus fondamentalement simples et Metal (« Fires of Orc », difficile de résister à cette intro purement Thrash-Death, mais accessible comme un inédit de CORONER), avant de s’échouer sur un épilogue en point d’orgue, qui pousse enfin Ramon à exhorter ses invectives d’une voix plus écorchée (« La Dernière Rencontre », en français, et validant de fait le parallèle avec les PROTON BURST). Sans céder à la complexité à outrance, mais sans non plus recycler des plans déjà éprouvés par les plus grands modèles du genre, VOIGHT KAMPFF signe avec Substance Rêve un album plein mais ouvert, qui satisfera les amateurs d’un Techno-Thrash impétueux tout autant que les accros à un Death progressif plus onctueux. Une jolie façon de trouver un entre-deux, qui ne froissera personne, mais qui choisit son camp sans l’imposer.     

       

Titres de l'album:

                        1.Substance Rêve

                        2.Robotic Warfare    

                        3.Genetic Genesis     

                        4.Form Destroyer      

                        5.Return to Genesis  

                        6.Rebellion    

                        7.Memories    

                        8.Shoulder of Orion  

                        9.Fires of Orc

                       10.La Dernière Rencontre

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par mortne2001 le 07/07/2018 à 14:06
90 %    665

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Arioch91
@195.115.26.249
10/07/2018 à 08:51:36
Cet album est ultra riche en idées, ça fuse dans tous les sens mais chaque compo a son propre fil directeur, une accroche qui rend le morceau unique.
Comme le dit fort justement la chronique, Substance Rêve est un album exigeant, aux antipodes de la zique fast listening. Il faut l'apprivoiser, prendre le temps pour ça mais à la fin, il vous le rend au centuple.

Ni plus ni moins mon album Thrash de l'année !

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Merci pour la réponse Simony. Et donc, rien de bien méchant apparemment, un petit bizutage !
En même temps dans Death, comme les musiciens changeaient tout le temps ou presque, tout le monde était toujours le petit nouveau.


100 % d'accord avec la chronique !!


Magnifique chronique. Chapeau l'artiste !


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