And So Be It Anita

Bonbon Noir

25/06/2020

Pamela Pooh Records

Forrest Gump affirmait que la vie était comme une boîte de chocolats. Moi, je n’aime pas les chocolats, mais je n’ai rien contre les bonbons. Et quels qu’ils soient, ma préférence va toujours vers les mêmes, les bonbons noirs. Le réglisse, la guimauve, la gélatine, toujours du noir. Ne me demandez pas pourquoi, c’est ainsi, depuis les dragibus de mon enfance que je dévorais à l’arrière de la voiture le dimanche. Cette sensation me rappelle de bons souvenirs d’une époque insouciante, que je chéris encore à presque cinquante ans, et c’est en me basant sur cette sensation que je me suis plongé dans le projet atypique BONBON NOIR, par pure nostalgie coupable, par échappatoire d’une réalité adulte qui ne me sied guère. La coïncidence est troublante, puisque BONBON NOIR est aussi une affaire de trip temporel, un peu différent, mais fonctionnant sur la passion et le ressenti, et pas seulement de la musique, puisque l’affaire est plus complexe que ça. And So Be It Anita est en fait un projet multimédia, et plus prosaïquement la bande son d’une illustration léchée, que les auteurs définissent en ces termes :

« Un récit initiatique, conte de fées funeste, qui suit le destin tragique d’Anita Black au siècle dernier. Une odyssée fantastique entre Paris et New York au cours de laquelle l’héroïne, malmenée par la vie mais bien décidée à prendre son destin en main, va croiser toute une galerie de freaks sur sa route. »

Tout ceci étant abstrait, autant y ajouter quelques éléments de biographie pour éclairer le tout :

« Formé sur les cendres du groupe FLYING POOH, BONBON NOIR regroupe quatre amis musiciens décidés à découvrir des horizons plus cinématographiques. De là, BONBON NOIR ne pouvait être qu’une œuvre artistique pluridisciplinaire et protéiforme. Mieux ! Un projet collaboratif naissant sous la houlette de Laurent Querné, alias L. Erwan Kern. Roman, musique, illustrations : BONBON NOIR se veut complet pour détailler les aventures de sa protagoniste. »

Quatre musiciens (Sat - chant, Dave - basse, Rek - guitare/claviers/orgue et Matt - batterie/chœurs) unis autour de la même volonté de donner vie à une histoire qui leur appartient, et qui présente un personnage qu’ils aiment tant qu’ils lui ont offert un univers à part entière. Bien sûr, les trajectoires de la bande dessinée et de la musique ont toujours été parallèles, que l’on évoque La Nuit de Druillet mis en musique par PROTON BURST, ou les performances de SPLENDOR IN THE GRASS autour du Come Prima d’Alfred, mais il ne s’agissait pas ici d’imaginer une trame harmonique autour d’une œuvre picturale déjà existante, mais bien d’inventer un tout qui agisse sur tous les niveaux de perception. C’est ainsi que le collectif s’est proposé de mettre en place un projet participatif, pour financer cette opération de grande envergure et un produit de qualité optimale. N’ayant eu la chance de lire la bande dessinée, je ne peux baser mon avis que sur les chansons proposées par And So Be It Anita. Mais si les graphismes, si le scénario et les dialogues sont de la même qualité, j’ose deviner le travail gigantesque et fascinant. Je ne devrais pourtant pas parler de ce concept dans ces colonnes, le résultat final étant assez loin d’un Metal de quelconque mouture. Il n’est d’ailleurs même pas question ici de Rock, juste de musique, une musique léchée, plurielle, passionnée, qui touche tout le monde, même ceux n’étant pas familiers à l’univers d’Anita Black. Nul n’est besoin d’avoir lu les planches pour apprécier ces morceaux disparates rendus homogènes par une fascination pour cette femme fantasmagorique. Il suffit d’avoir l’esprit ouvert, une culture musicale métissée, et s’intéresser à tous les courants, Jazz, Ambient, psychédélisme, Pop, Indie, Rock sombre, Alternatif, et puis…se laisser porter par les ambiances, les couleurs, les monochromes, les dialogues fantômes, les paysages virtuels, les atmosphères confinées, et le voyage initiatique prend tout son sens.

Refusant toute notion de cloisonnement, BONBON NOIR offre un voyage initiatique tantôt trip, tantôt introspectif, tantôt film noir, citant David Lynch et Angelo Badalamenti, Morricone, GOBLIN, Nick Cave, la Cold-Wave française, la rudesse arty new-yorkaise, les intonations orientales, le Post-Rock onirique, et tout ça à la fois. Avec le single « An Absolute Beginner », le collectif  a voulu jouer la prudence, se rapprochant au plus du Rock pour ne pas effrayer les visiteurs potentiels. On trouve dans ce morceau des guitares cristallines, une rythmique un peu louche avec une basse proéminente, des accents Chamber-Pop, des volutes de chœurs en arrière-plan, des arrangements qui occupent les avant-postes, mais surtout, une liberté totale de fusionner tous les courants musicaux pour n’en créer qu’un seul : celui d’Anita. Comment l’imagine-t-on finalement, sans l’avoir jamais vue ? Belle évidemment, un peu rebelle, affranchie, effrontée, brave, un peu imprudente, mais prête à accepter toutes les rencontres pourvu qu’elles aiguisent ses sens et enrichissent son expérience. Qu’elle soit brune, blonde, petite ou grande importe peu, c’est son cœur et sa façon de nous emmener ailleurs qui comptent. D’ailleurs, chacun la personnalisera à sa façon avant d’avoir lu la BD, mais je ne regrette pas d’avoir écouté la musique avant de l’avoir éventuellement dévorée. Car à l’inverse des adaptations cinématographiques, And So Be It Anita est le roman qu’on lit avant d’avoir vu le film, pour avoir un maximum d’images dans la tête. Des images de trains qui quittent la gare d’un mouvement saccadé (« Bullrock Island »), des images de faune interlope croisée dans un bar, qui pourrait être en Amérique ou en Inde, des images de ciel qui s’ouvre sur l’inconnu…Avec des ruptures de rythme, des inserts de dialogue, une basse qui répète le même motif en mantra, des interludes mélodiques intenses et sans percussions (« Recknox’s Lament »), de longues progressions Ambient qui évoluent en Jazz noir et mystérieux (« Shadow In The Sails »), et un final assez étrange, en humeurs, en sons qui s’imbriquent, en voix qui s’évaporent (« And So Be It Anita »)…

En dire sur BONBON NOIR est déjà en dire trop, car le projet mérite de garder un certain secret, une patine intime. Mais sans en parler, le mystère ne vaut plus que pour le concept qu’il représente, et on ne peut se résoudre à réduire cette magnifique œuvre à un simple concept. C’est un bonbon qui fond dans la bouche, un bonbon aux multiples couches, parfois très sucré, parfois poivré, parfois doux-amer, parfois acide comme la mer qui se retire d’une plage abandonnée. Tout le monde peut devenir poète en écoutant And So Be It Anita. A sa façon.      

                                      

Titres de l’album :

                       01. Grand Opening

                       02. An Absolute Beginner

                       03. Bullrock Island

                       04. Recknox’s Lament

                       05. Shadow In The Sails

                       06. And So Be It Anita

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par mortne2001 le 27/06/2020 à 14:47
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Totalement d'accord avec toi Jus de cadavre, c'est du tout bon avec cet esprit simple et efficace que j'aime beaucoup dans ce groupe.

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