J’ai toujours l’impression de parler dans le vide quand j’aborde le cas de groupes de Hard Rock mélodique et d’AOR. Cette impression tenace ne me lâche pas depuis quinze ans maintenant, comme si les différents lectorats auxquels je me suis adressé n’avaient cure de la mélodie, et préféraient s’enivrer de riffs rebattus et remâchés au lieu de s’intéresser à des choses plus soft, mais tellement plus enrichissantes. Désolé d’avoir une passion qui n’entre pas en corrélation avec vos attentes, mais je ne vais quand même pas me brider pour vous faire plaisir et parler de la dernière sensation Deathcore à la mode ou encenser la carrière d’un groupe histoire de rentrer dans un moule. En tant qu’enfant de la Pop dont l’enfance fut constellée par les harmonies des BEATLES, d’ABBA, et d’Elton JOHN, j’ai rapidement succombé à ce que les Etats-Unis ont toujours appelé l’AOR, et que l’Europe a maladroitement traduit par un « Hard FM » trop générique et putassier pour décrire des richesses d’arrangements qu’elle ne comprenait pas. Je ne reprendrai pas ici la liste des artistes qui m’ont converti à la cause (et que vous connaissez déjà), mais il est certain que je n’échangerai pas mes Richard MARX, mes Henri Lee SUMMER et autres HAYWIRE contre un SAXON moyen ou un GOJIRA qui donne le sentiment d’avoir déjà été digéré avant d’être servi dans une assiette. On peut aduler Devin Townsend et vénérer JOURNEY, et c’est donc en respectant cette logique que je m’apprête aujourd’hui à dire le plus grand bien du dernier KORN et du troisième album de JD MILLER. JD MILLER ? Ce nom ne vous dit certainement pas grand-chose, pourtant ce groupe suédois est prophète en son pays, qui l’a intronisé « groupe d’AOR le plus Heavy du monde ». Un titre peut-être galvaudé, légèrement exagéré, mais en même temps, pas tant que ça. Car les combos capables d’insérer un riff à la RAMMSTEIN/OOMPH dans une ambiance à la HEAT ne sont pas légions, et cette troisième étape du parcours des suédois pourrait bien donner des leçons à tous les musiciens de la terre qui pensent que des claviers et une tendresse de surface sont des signes de trahison à la cause.

C’est déjà le troisième LP des originaires de Borås, mais on sent rapidement à l’écoute d’Afterglow qu’il va représenter un pic, et une nouvelle étape franchie avec brio. Et si Grand Intentions et World War X avaient suffisamment attiré l’attention pour transformer la curiosité JD MILLER en valeur émergente, Afterglow risque fort de propulser le quatuor (Peter Halldén - chant, Emil Eriksson - batterie, Elias Fröjd - guitare et Chris David - basse) au firmament des combos uniques à suivre, ce qu’une prochaine tournée en compagnie de S.O.T.O risque de confirmer. Pourquoi ? Parce que les quatre suédois trouvent toujours une approche spéciale à leur art consommé de mélanger la mélodie à la puissance. Loin des tics les plus symptomatiques de l’école scandinave actuelle, les musiciens n’hésitent pas à jouer la franchise d’un Néo-Metal allégé d’harmonies subtiles, tout en gardant les deux pieds ancrés en terre noire. On s’en rend compte assez rapidement et facilement, mais un morceau comme « Icarus » le prouve avec une élégance rare. Avec une guitare qui ne tient pas à tenir la chandelle et qui en impose à des claviers discrets, la moyenne entre force et douceur est parfaite, et surtout, sublimée de refrains hantés et de soli enflammés. On sent bien que le groupe souhaite s’extirper d’une masse grouillante se complaisant dans la repompe pure et simple ou surfant sur la réputation nordique actuelle, et « In The Afterglow », de ses huit minutes progressives, de rendre hommage à RUSH, ECLIPSE, à la vague Synth-Rock, mais aussi au Hard Rock le plus noble des années 80. Hard-Pop progressif ? Le terme semble un peu incongru, mais pas plus que le nom du groupe trouvé à la hâte afin de vendre à un promoteur un premier concert. Et là réside peut-être le secret de ces suédois, capables de passer de la rudesse du whisky à la légèreté de la bière en quelques secondes, agrémentant le tout d’un sirop très sucré n’atténuant pas les effets de l’alcool. Un enivrement assez doux, un état de béatitude agréable, mais surtout, une prise à la réalité qui n’en édulcore pas la violence, pour un tableau dépeint avec pertinence.

La méthode paraît simple sur le papier, mais elle l’est certainement moins dans les faits. Car parvenir à trouver la juste limite entre des harmonies séduisantes et des riffs plombés n’est pas donné à tout le monde. Et pourtant, JD MILLER semble posséder ce don naturellement, ce qui lui permet de signer des hits aussi virils que nuancés. Ainsi, si l’ouverture « Inside a Dream » présente un visage aux traits connus et au sourire blanc comme les nuages, il ne faut pas attendre très longtemps pour saisir les subtilités d’un ensemble qui souhaite se démarquer. Les sempiternelles comparaisons avec les cadors de HEAT, ECLIPSE ou PRETTY MAIDS sont donc plus à prendre comme des balises promotionnelles pour cibler un peu plus le public et lui permettre de s’y retrouver, mais « Game Of Love » d’entrer en faux avec ces assertions de sa rythmique élastique et de sa guitare ombrageuse. Des refrains qui évidemment fédèrent, mais des motifs vraiment fouillés, des arrangements travaillés, qui font parfaitement la jonction entre l’Amérique des eighties et la Suède de ce nouveau siècle. Beaucoup de choses sont donc proposées pour éviter la linéarité d’un simple album de Hard Rock mélodique, et de toujours garder une main tendue vers une sorte de Néo-AOR aux contours pas si nets qu’ils n’en ont l’air (« The Desire »). Bien sûr, les figures imposées ne sont pas toujours évitées, mais elles se trouvent toujours sous le feu d’un traitement plus personnel et contemporain, qui suggère un Heavy allégé, mais pas aseptisé (« Burned Alive »). Avec ses cinquante minutes, Afterglow reste toujours intéressant et pertinent, taquinant le fantôme d’un Power Metal light (« The Answer »), pour mieux hanter les nuits romantiques des amoureux du Rock radiophonique d’il y a quelques décennies (« Devilstorm »).

En résulte un album surprenant, qui évite les clichés les plus englués, supporté par une production qui elle aussi ne joue pas la franchise la plus totale. Quelques chœurs qui évidemment évoluent parmi les anges (« Auburn Skies »), quelques accointances avec la scène canadienne des nineties et le souvenir d’un HAREM SCAREM toujours pas détrôné, et un troisième LP qui se présente sous son meilleur jour. Le groupe d’AOR le plus Heavy ? JD MILLER mérite mieux que cette image issue du cerveau pas si fécond de la presse nationale, et se veut ineffable, en demi-teinte, mais efficace. En espérant que ces mots trouvent écho dans votre mémoire, et que pour une fois, vous daigniez vous approcher d’un peu plus près et laisser votre indifférence au placard.               

           

Titres de l’album :

                           1. Inside a Dream

                           2. Game Of Love

                           3. Inception

                           4. Icarus

                           5. Light Your Fire

                           6. In The Afterglow

                           7. The Desire

                           8. Burned Alive

                           9. The Answer

                           10. Devilstorm

                           11. Auburn Skies

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par mortne2001 le 18/10/2019 à 14:41
80 %    156

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Lynott
@2.4.126.44
20/10/2019 à 18:39:42
T'inquiètes, t'es pas tout seul. Cet album vaut le déplacement.

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Moi ça me va à 100 %


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Ouais c'est bourré de feeling ce morceau je trouve. Cette légende (si ce n'est LA légende) du sludge n'empêche ce mec ! Et ce look de loubard qui va bien :D !


@stench: Je fais encore un paquet d'échanges à l'étranger, l'underground s'arrête pas à ta région, voir à la France :)
Tu parles de split tapes de VACARME?


Le premier extrait est vraiment intéressant, Kirk en a encore dans le ventre !


La date prévue à Barcelone dans la première version de cette tournée a carrément sauté. Ils doivent être dégoûtés.


"Pas de date pour la France".....


Putain "Noose" sur la compile Metallian n°3 je crois... outch le flashback fait mal là...