Une fin d’année est évidemment propice aux bilans, aux « top 10 », et à une analyse poussée des albums traités lors des douze derniers mois.

Autant vous dire qu’avec quelques centaines de chroniques à mon actif, ce dit bilan prend vite des allures de casse-tête, de labyrinthe dans lequel j’évolue à l’aveugle pour tenter d’en trouver une éventuelle sortie…Et comme en plus, le Grind, le Powerviolence, le Darkened Core, le Blackened Core, le Crust et le Fastcore sont mes genres de prédilection, m’y retrouver au moment de désigner l’effort ou les efforts de 2016 est une gageure presque impossible à relever.

Alors si en plus, un groupe de petits malins attendent le dernier moment pour tirer leur meilleure cartouche, la tâche devient kafkaïenne. Car il est fort possible que ce matin, mes oreilles se soient fortuitement posées sur un des EP/LP les plus meurtriers d’une année qui le fut tout autant, et qui va chambouler la donne des statistiques et autres idées reçues…

Mais il faut bien admettre que ce nouveau pamphlet des originaires de Greenville, Caroline du Sud peut aisément prétendre à monter sur le podium des réalisations extrêmes parues cette année, puisqu’en moins de vingt minutes, Heartache prouve sans ambages qu’il a de quoi rivaliser avec n’importe quelle sortie fabuleuse de la même période…

Avec ses attaches NAILS, ses crises de paranoïa PRIMITIVE MAN, et son assise TRAP THEM, boostées par une personnalité véhémente et assurément décalée, ce nouvel LP des maniaques de WVRM se hisse sans effort au niveau des grosses surprises récentes, et peut même penser damer le pion à bien des références déjà célébrées plus tôt….

Difficile en effet de résister à ce mélange explosif et misanthropique de Hardcore vraiment sombre, de Grind de l’ombre, et de Sludgecore poisseux comme un écoulement putride d’outre-tombe. L’équilibre malsain proposé par le quatuor de Greenville (Ian Nix – chant, Brett Terrapin – batterie, Dylan Walker – basse et Derick Caperton – guitare) est tout bonnement hallucinant et oppressant, et pose une réflexion de dernière minute.

Et si l’album de Chaotic Core à tendance Grind de l’année avait attendu le dernier souffle de celle-ci pour émerger et nous prendre à revers ?

C’est une éventualité à prendre au sérieux, tant ce disque est sale, grave, profond, vilain, animé de mauvaises intentions et surtout, incroyablement créatif dans la torture auditive…

WVRM et Heartache, la combinaison, c’est d’abord un son, un des plus massifs que j’ai pu entendre ces derniers temps. Une grosse caisse qui appuie sur le thorax, une guitare tellement sous-accordée qu’elle en devient presque basse, tandis que cette dernière cimente le tout au chant rauque de pulsations perceptibles à un niveau sensoriel et non auditif.

En gros, une osmose terrifiante pour un ballet de l’outrance qui se permet même de donner une accolade presque condescendante au phénoménal All Empires Fail de TOMBS, pourtant solidement accroché à mon Top 5 personnel depuis sa sortie…

Pour en arriver là, les WVRM n’ont pas changé leur optique d’un iota, et se fient toujours à leur instinct versatile, qui ose la juxtaposition de franches coudées Grind à des strates de lancinances rythmiques secouées de stridences parfois assourdissantes.

Mais ils ont atteint sur Heartache une telle perfection dans la démesure qu’on se demande presque si une suite reste envisageable ou tombe dans le domaine du fantasme.

Ils ne prennent pourtant pas en traitre, et commencent leur travail de démolition avec un « Death Erection » qui ne cache rien de leurs intentions, avec ses deux minutes et des poussières de blasts et autres écrasements soudains qui malmènent nos tympans. Difficile en effet de se fixer sur une direction tant celle-ci prend un malin plaisir à tergiverser, à bifurquer d’un Sludgecore vraiment nauséabond à un Crustcore dénué de raison, le tout manié par un quatuor qui choisit toujours l’option la plus dérangeante et crispante sans le sacrifier à l’efficacité.

Succession de morceaux lapidaires et de suites plus volontaires, Heartache fait en effet palpiter notre cœur, comme lors d’une ballade aérienne chaotique, qui nous colle au siège de ses quatre ou cinq G avant de nous faire piquer en vrille sans possibilité de redresser la trajectoire.

Dès lors, le corps même de l’album n’est qu’une accumulation de chocs violents, avec en arrière-plan un grondement assourdissant résultat d’un amalgame de sons graves qui grouillent, d’où émergent des plans rythmiques brutaux, quelques riffs maladifs, et une multitude de cris et hurlements assez peu fédérateurs.

On pourrait résumer l’affaire à ce « Only Suffering » qui de ses mots, ses maux et son feedback semble synthétiser tout le mal que les Américains nous souhaitent, mais il semble possible d’envisager le dossier sous un angle global en traitant du cas de ses deux derniers segments plus développés, qui eux aussi ne sont là que pour nous malmener encore plus.

En cinq minutes, « Sleep Paralysis » nous offre les sensations éprouvées par un corps attaché à sa couche, soumis à des crises d’effroi, incapable de bouger pour s’extirper d’un cauchemar éveillé, et se voulant métaphore d’un auditeur fasciné par ce qu’il écoute, et plaqué à sa platine, sans pouvoir sortir le CD du tiroir. Longues plages de faux silence dérangé par de constants pics de larsen, riff répétitif en arrière-plan, et soudaine déflagration Sludge vraiment traumatisante, que l’on retrouve en l’état sur le final « As Below », qui effectivement, ne semble regarder que vers le bas d’un Hardcore déjà abyssal, s’enfonçant pourtant encore plus dans la psyché dérangée de psychopathes de l’extrême…

Enrobé dans un sublime artwork de Matt Stikker, Heartache pose donc un problème existentiel pour le chroniqueur intègre que j’espère être.

Faut-il, dans les dernières limites renier tout ce que j’ai affirmé pendant des mois, et balayer du revers de la main une conclusion que je pensais définitive ?

Puis-je affirmer sans passer pour une girouette tenir le meilleur album de Blackened Core à tendance Grind de 2016 alors même que j’avais décerné ce titre à quelqu’un d’autre ?

Je le peux, et je le fais.

 Et sans vous souhaiter une bonne année.


Titres de l'album:

  1. Death Erection
  2. Night Collector
  3. Fucked
  4. Slow Strangle
  5. Low Life
  6. Only Suffering
  7. Sleep Paralysis
  8. As Below

Bandcamp officiel



par mortne2001 le 11/01/2017 à 14:46
95 %    359

Commentaires (2) | Ajouter un commentaire


Simony
membre enregistré
11/01/2017 à 15:30:26
Très juste Mortne2001, le mois de décembre devrait être réservé aux sorties des mauvais albums...

Jus de cadavre
membre enregistré
11/01/2017 à 18:11:10
La vache ! Le truc oppressant... En écoutant ce genre d'album on espère que les mecs ne sont pas aussi cinglés dans la "vraie" vie que ce que laisse penser leur musique... Parce que dans ce cas la...

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- J'ai effectivement entendu dire par quelques comparses qui eux avaient fait le déplacement que c'était l'année où il y avait le moins d'affluence. Bizarre au vu de l'affiche toujours aussi bandante.


Très beau récit, merci ! Cela donne envie. Je ne suis pas étonné de l'apathie du public Néerlandais, il paraît que ce sont les pires à travers toute l'Europe pour ça. Mais cela n'empêche pas de profiter.


Merci pour le report, ça donne envie d'y aller ! :)


Oui la pochette est superbe.