In The Hands Of An Angry God

Throes

19/07/2019

Holy Roar Records

Pic caniculaire aujourd’hui, plus de 41 degrés en début d’après-midi. Ce chiffre vous donne chaud ? Vous ne pouvez plus supporter ce soleil ? Tout vous semble étouffant, oppressant, désagréablement collant et gluant ? Parfait, car en bon petit sadique que je suis, j’ai exactement ce qu’il vous faut pour faire bouillir vos oreilles, les seules probablement épargnées par cette météo estivale éprouvante. Et d’ailleurs, c’est avec un plaisir masochiste non feint que j’ai retrouvé trace d’un groupe qui m’avait profondément marqué il y a quatre ans, en sortant son premier EP de nulle part, et en renaissant tel un phœnix de mauvaise augure… THROES et moi, c’est donc une longue histoire de perte de vue, mais de passion totale, puisque To Dust, leur premier effort m’avait convaincu de la capacité du Sludge à s’extirper de sa condition un peu trop monolithique, en agençant le bloc un peu différemment, et en l’aérant de petites touches d’Indus, de Hardcore et d’une attaque chaotique ne démentant pourtant pas les préceptes de lourdeur. In The Hands Of An Angry God, leur premier long rattrape donc le temps perdu inutilement, et confirme l’excellente impression que je m’étais faite d’eux, en accentuant encore plus le sentiment de puissance, de claustrophobie, et la vilénie ambiante le confinant à la psychose la moins avouable. Petit rappel des faits, THROES nous vient de Boise, Idaho, ville dans laquelle le groupe s’est formé sur les cendres de BONE DANCE et DOWNSIDED (une plus petite partie toutefois), prolongeant donc ses travaux antérieurs et continuant d’être obnubilé par l’agression sous sa forme la plus compacte. Du Sludge, ces cinq musiciens (Tyler Squire, Phillip Davis, Kasey Richardson, Morgan Mechling, Bryce Kresge) n’ont retenu que les principes les plus malsains, cette pesanteur excessive, ces vocaux semblant émaner d’un gosier trop usé par la vie et la colère, cette résignation dans le chaos qui tend vers le désespoir le plus absolu sans piocher dans les astuces du Doom, et cet unisson entre guitare/basse et batterie qui produit une déflagration énorme et laissant chancelant.

Sauf qu’à l’instar de To Dust, In The Hands Of An Angry God n’est pas que du Sludge, et loin de là. Et s’il n’en était que, il serait déformé, travesti, alourdi, épaissi, au point finalement de prendre de faux airs de In The Name of the Suffering de EYEHATEGOD, quelques décennies plus tard. On y retrouve cet instinct maladif qui privilégie les riffs les plus moisis et nauséeux, cette façon de traiter le Heavy comme s’il devait n’être qu’un paroxysme, ce goût pour les cassures soudaines qui contrastent avec les longues litanies plaintives, et cette manière d’arranger le tout comme un virus incurable qui vous purge de toute illusion. En gros et en détail, tout ce qu’une musique lourde et poisseuse devrait être pour rester dangereuse pour la santé mentale… Et en continuant le travail de sape entrepris sur l’EP précédent, les THROES nous balancent à la face un manifeste de haine repeint comme une vieille cabane de pêcheur mort depuis deux ans, mais dont la disparition n’inquiète plus personne. Avec des influences notables, BOTCH, ISIS, NEUROSIS, EYEHATEGOD, mais aussi les UNSANE, et le early SWANS dans les moments les plus hypnotiques, le quintet nous brosse donc un portrait de l’existence à la beauté inversement proportionnelle à cette sublime pochette (une constante chez eux, comme pour tamiser la laideur de beauté), et parvient à rendre le Sludge encore plus difficilement assimilable en plusieurs écoute répétées.

Pourtant, leur recette n’a rien de novateur. Les américains utilisent les itérations les plus irritantes, accentuent la portée de leurs riffs en appuyant sur la distorsion, se permettent des emprunts presque Ambient à la MEETHOOK SEED (« Disillusion », à la limite du Post, mais d’un seul pied et l’autre fermement ancré en terre Doom), et nous amadouent d’un morceau plus nerveux que la moyenne qui fait celle entre le Sludge et le Chaotic Core (« Bad Meat »). On pense en plusieurs occasions à une synthèse des courants mortifères de New-York et de Louisiane (un cocktail UNSANE/NOLA tout à fait infect, mais délicieux), à une dérivation des courants tumultueux de NEUROSIS (« They Never Spoke », mais en version moins centripète et plus centrifuge, les malins attirent mais ne partagent pas), et en définitive, à du vrai méchant, qui accélère, conteste, tempête, créé le tumulte pour mieux rendre mal à l’aise et virer presque sur la tangente Black (« Nothing New », Blackened Core pas du tout avoué, mais tangible dans les faits, et plus agressif que bon nombre de combos du cru). Pour en arriver à une telle efficience, rien n’est laissé au hasard, et toutes les astuces les plus probantes sont utilisées. La dissonance et les stridences qui s’opposent à des riffs encore plus massifs que du ISIS passé au ralenti (« Derelict », SUN O))) est encore loin, mais pas tant que ça), les rares mélodies qui sont torturées jusqu’à se plier sur elles-mêmes (« From Their Nails », ou comment visualiser une pauvre victime qui essaie de s’extirper de sa condition en se cassant les ongles sur les pierres de la cave), et les grooves qui sont aplatis pour laisser les guitares tout brûler à la ronde (belle performance du batteur sur le compressant « Ruin »).

Sans aller jusqu’à vous faire un dessin, vous aurez compris qu’ici, seules les ténèbres comptent, et que pour les mettre en valeur, on ne laisse filtrer que de rares rais de lumière. La vilénie instrumentale a donc trouvé un nouveau maître du jeu, ce que l’on pressentait déjà sur l’épiphanique To Dust. Mis à part que pendant quarante minutes, In The Hands Of An Angry God en ridiculise toutes les secondes de son assurance de serial-killer anonyme, tuant des victimes harmoniques avec une froideur incroyable, et renvoyant tous les apprentis-psychopathes à leurs chères études primaires. Et par extension, et après analyse à chaud, ce premier LP donne froid dans le dos, ce qui est plutôt bénéfique les jours de canicule. Des gouttes de peur qui ruissèlent sur le front, un écoulement acide sur les reins, et la terreur s’installe, oppressante, désagréablement collante et gluante.

   

Titres de l’album :

                           1.Bad Meat

                           2.They Never Spoke

                           3.Nothing New

                           4.Derelict

                           5.From Their Nails

                           6.Carrion

                           7.Disillusion

                           8.Ruin

                           9.Fang

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par mortne2001 le 06/10/2019 à 18:34
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