Pic caniculaire aujourd’hui, plus de 41 degrés en début d’après-midi. Ce chiffre vous donne chaud ? Vous ne pouvez plus supporter ce soleil ? Tout vous semble étouffant, oppressant, désagréablement collant et gluant ? Parfait, car en bon petit sadique que je suis, j’ai exactement ce qu’il vous faut pour faire bouillir vos oreilles, les seules probablement épargnées par cette météo estivale éprouvante. Et d’ailleurs, c’est avec un plaisir masochiste non feint que j’ai retrouvé trace d’un groupe qui m’avait profondément marqué il y a quatre ans, en sortant son premier EP de nulle part, et en renaissant tel un phœnix de mauvaise augure… THROES et moi, c’est donc une longue histoire de perte de vue, mais de passion totale, puisque To Dust, leur premier effort m’avait convaincu de la capacité du Sludge à s’extirper de sa condition un peu trop monolithique, en agençant le bloc un peu différemment, et en l’aérant de petites touches d’Indus, de Hardcore et d’une attaque chaotique ne démentant pourtant pas les préceptes de lourdeur. In The Hands Of An Angry God, leur premier long rattrape donc le temps perdu inutilement, et confirme l’excellente impression que je m’étais faite d’eux, en accentuant encore plus le sentiment de puissance, de claustrophobie, et la vilénie ambiante le confinant à la psychose la moins avouable. Petit rappel des faits, THROES nous vient de Boise, Idaho, ville dans laquelle le groupe s’est formé sur les cendres de BONE DANCE et DOWNSIDED (une plus petite partie toutefois), prolongeant donc ses travaux antérieurs et continuant d’être obnubilé par l’agression sous sa forme la plus compacte. Du Sludge, ces cinq musiciens (Tyler Squire, Phillip Davis, Kasey Richardson, Morgan Mechling, Bryce Kresge) n’ont retenu que les principes les plus malsains, cette pesanteur excessive, ces vocaux semblant émaner d’un gosier trop usé par la vie et la colère, cette résignation dans le chaos qui tend vers le désespoir le plus absolu sans piocher dans les astuces du Doom, et cet unisson entre guitare/basse et batterie qui produit une déflagration énorme et laissant chancelant.

Sauf qu’à l’instar de To Dust, In The Hands Of An Angry God n’est pas que du Sludge, et loin de là. Et s’il n’en était que, il serait déformé, travesti, alourdi, épaissi, au point finalement de prendre de faux airs de In The Name of the Suffering de EYEHATEGOD, quelques décennies plus tard. On y retrouve cet instinct maladif qui privilégie les riffs les plus moisis et nauséeux, cette façon de traiter le Heavy comme s’il devait n’être qu’un paroxysme, ce goût pour les cassures soudaines qui contrastent avec les longues litanies plaintives, et cette manière d’arranger le tout comme un virus incurable qui vous purge de toute illusion. En gros et en détail, tout ce qu’une musique lourde et poisseuse devrait être pour rester dangereuse pour la santé mentale… Et en continuant le travail de sape entrepris sur l’EP précédent, les THROES nous balancent à la face un manifeste de haine repeint comme une vieille cabane de pêcheur mort depuis deux ans, mais dont la disparition n’inquiète plus personne. Avec des influences notables, BOTCH, ISIS, NEUROSIS, EYEHATEGOD, mais aussi les UNSANE, et le early SWANS dans les moments les plus hypnotiques, le quintet nous brosse donc un portrait de l’existence à la beauté inversement proportionnelle à cette sublime pochette (une constante chez eux, comme pour tamiser la laideur de beauté), et parvient à rendre le Sludge encore plus difficilement assimilable en plusieurs écoute répétées.

Pourtant, leur recette n’a rien de novateur. Les américains utilisent les itérations les plus irritantes, accentuent la portée de leurs riffs en appuyant sur la distorsion, se permettent des emprunts presque Ambient à la MEETHOOK SEED (« Disillusion », à la limite du Post, mais d’un seul pied et l’autre fermement ancré en terre Doom), et nous amadouent d’un morceau plus nerveux que la moyenne qui fait celle entre le Sludge et le Chaotic Core (« Bad Meat »). On pense en plusieurs occasions à une synthèse des courants mortifères de New-York et de Louisiane (un cocktail UNSANE/NOLA tout à fait infect, mais délicieux), à une dérivation des courants tumultueux de NEUROSIS (« They Never Spoke », mais en version moins centripète et plus centrifuge, les malins attirent mais ne partagent pas), et en définitive, à du vrai méchant, qui accélère, conteste, tempête, créé le tumulte pour mieux rendre mal à l’aise et virer presque sur la tangente Black (« Nothing New », Blackened Core pas du tout avoué, mais tangible dans les faits, et plus agressif que bon nombre de combos du cru). Pour en arriver à une telle efficience, rien n’est laissé au hasard, et toutes les astuces les plus probantes sont utilisées. La dissonance et les stridences qui s’opposent à des riffs encore plus massifs que du ISIS passé au ralenti (« Derelict », SUN O))) est encore loin, mais pas tant que ça), les rares mélodies qui sont torturées jusqu’à se plier sur elles-mêmes (« From Their Nails », ou comment visualiser une pauvre victime qui essaie de s’extirper de sa condition en se cassant les ongles sur les pierres de la cave), et les grooves qui sont aplatis pour laisser les guitares tout brûler à la ronde (belle performance du batteur sur le compressant « Ruin »).

Sans aller jusqu’à vous faire un dessin, vous aurez compris qu’ici, seules les ténèbres comptent, et que pour les mettre en valeur, on ne laisse filtrer que de rares rais de lumière. La vilénie instrumentale a donc trouvé un nouveau maître du jeu, ce que l’on pressentait déjà sur l’épiphanique To Dust. Mis à part que pendant quarante minutes, In The Hands Of An Angry God en ridiculise toutes les secondes de son assurance de serial-killer anonyme, tuant des victimes harmoniques avec une froideur incroyable, et renvoyant tous les apprentis-psychopathes à leurs chères études primaires. Et par extension, et après analyse à chaud, ce premier LP donne froid dans le dos, ce qui est plutôt bénéfique les jours de canicule. Des gouttes de peur qui ruissèlent sur le front, un écoulement acide sur les reins, et la terreur s’installe, oppressante, désagréablement collante et gluante.

   

Titres de l’album :

                           1.Bad Meat

                           2.They Never Spoke

                           3.Nothing New

                           4.Derelict

                           5.From Their Nails

                           6.Carrion

                           7.Disillusion

                           8.Ruin

                           9.Fang

Facebook officiel

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 06/10/2019 à 18:34
90 %    43

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Jd Miller

Afterglow

Acid Reign

The Age Of Entitlement

Babymetal

Metal Galaxy

Numen

Iluntasuna Besarkatu Nuen Betiko

Mister Misery

Unalive

Goatess

Blood And Wine

Laetitia In Holocaust

Fauci Tra Fauci

Vhs

We're Gonna Need Some Bigger Riffs

Municipal Waste

The Last Rager

Magic Pie

Fragments of the 5th Element

Metallica

S&M 2

Spread Eagle

Subway To The Stars

Eggs Of Gomorrh, Sarinvomit

Encomium of Depraved Instincts

Klone

Le Grand Voyage

The Neptune Power Federation

Memoirs of a Rat Queen

Hatriot

From Days Unto Darkness

Throes

In The Hands Of An Angry God

Enforced

At The Walls

Exhumed

Horror

Sekkusu

Satyromania

Violent Instinct

Simony / 15/10/2019
Roman

Bloodshed Fest 2019

Mold_Putrefaction / 13/10/2019
Crust

British Steel Saturday Night VIII

Simony / 13/10/2019
Heavy Metal

Interview ABBYGAIL

JérémBVL / 11/10/2019
Abbygail

Concerts à 7 jours

Chaos E.t. Sexual + Moonskin + Barabbas

19/10 : Le Klub, Paris (75)

+ Gutalax + Spasm

21/10 : Le Glazart, Paris (75)

Photo Stream

Derniers coms

Oh putain ! "Seconde B" quoi...


Super nouvelle ce retour de The Old Dead Tree. Mais j'ai bien peur qu'il ne s'agisse que d'un one shot malheureusement...


Des réponses sans langue de bois, comme on pouvait s'y attendre avec Shaxul. Un personnage !
En tout cas chapeau pour le travail accompli. La scène underground c'est uniquement grâce à des mecs comme lui qu'elle vit (même si c'est difficile aujourd'hui oui...). Le constat est sombre cert(...)


Oui, superbe album. Surtout que c'est le vieux fan que je suis qui parle. Certes, c'est moderne et différent mais la réussite est totale !!


Sur les extraits clippés présentés, je leur trouve un (gros) côté AVATAR aussi, non ? En tout cas, c'est efficace, aussi bien visuellement que musicalement !


Pareil que Kerry King, je reste sur Burn My Eyes (vus pour ma part avec Emtombed début années 90) et The Blackening qui reste un excellent disque. Pour le reste, je passe mon tour, mais live, ça sonne différemment en fonction de l'orientation de l'album en promotion. La tournée Locust fut bien (...)


Pareil vinyle d'époque et compile d'Agressor sortie il y a peu pour la version CD. Bon, les morceaux inédits, ce sont les démos ?


Ils ont pas dû aimé Secondé B...


C'est parce que j'ai loupé cette tournée à l'époque que j'ai la motivation dès que le Flynn Band passe dans mon périmètre.

Machine Head est en pleine refondation. C'est un moment très ressemblant, en plus important, à la période de gestation de "Through the Ashes...". Ce titre(...)


Morceau pas terrible voire assez ridicule, mais je serai à Lyon et pourtant j'ai bien plus de 25 ans. Ça me rappellera leur tournée avec meshuggah et mary beats jane.


J'aime et j'aime pas Machine Head suivant les albums, mais en live c'est très bon.


Très belle pochette.


Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


Excellente nouvelle


Arrêtez, merde, je me prends un sale coup de vieux à cause de vous ! ^^


Il était meilleur dans VIO-LENCE, c'est clair...


Achat obligatoire !! Même si je l'ai en vinyle d'époque, hé, hé...


AH AH AH !!!
Superbe vanne de quarantenaires effectivement...


Buck Dancer + 1.