The Culture of Fear

Bloody Engine

15/01/2017

Autoproduction

Pendant ce temps-là, à Santiago du Chili…Ben justement, quoi pendant ce temps-là ? Et bien les choses suivent leur cours, un peu comme partout ailleurs d’ailleurs, et pour le cas qui nous intéresse, les thrasheurs thrashent, les mosheurs moshent, et tout le monde se retrouve pour une belle sarabande en riffs massifs et rythmiques majeures, un peu pour suivre la tendance, mais surtout pour exhorter une saine colère envers un monde de plus en plus corrompu, injuste, et qui permet aux plus nantis de s’en mettre plein les poches pendant que le peuple souffre et peine à se rebeller.

Comment exprimer dès lors cette haine de l’autre ? Simple, en choisissant le créneau d’un Thrash Metal old school de celui qui nous déverse sa bile avec une régularité déroutante depuis une dizaine d’années.

Vintage Thrash ?

Vintage Thrash et vous l’auriez parié j’en suis sûr, puisque un bon quart de mes chroniques s’attachent justement à vous permettre de suivre l’avancée du mouvement.

Mouvement qui nous emmène ce matin du côté du Chili donc, pour y faire la connaissance d’un quatuor local se repaissant des émanations de la Bay Area des années 80.

En substance, les BLOODY ENGINE n’ont rien de plus, ni rien de moins que la plupart de leurs homologues du genre.

Formé en 2014, et auteur d’un premier EP en 2015, The Mind Disease, ce quintette (Nicolás Oyarce, Alvaro Perez, Jaime Lepe, Claudio Miranda et Diego Medina) nous offre avec son premier longue durée un joli survol de la thématique, en usant des codes en vigueur depuis trois décennies, et en les maniant à sa guise sans leur manquer de respect.

En ce sens, The Culture of Fear, de ses thématiques à son instrumental ne joue pas les provocateurs, mais suit les enseignements des anciens, en y apportant sa touche personnelle qui permet à l’auditeur potentiel de passer de longs plans en mid tempo à de subites accélérations pas si éloignées du Thrashcore qu’on aurait pu le penser. Tout ceci est très formel et imprégné de culture US épicée d’une petite touche de violence sud-américaine, mais reste assez modéré dans l’agression sans tomber dans le Heavy Thrash encore tiède alors qu’il vient juste d’être réchauffé.

Néanmoins, cette attitude ambivalente emprunte de formalisme radical n’est pas dénuée d’une certaine folie Hardcore symptomatique des groupes d’Amérique du Sud, comme le démontre un morceau aussi essentiel que « The Right To Decide », qui en moins de cinq minutes, compile l’approche mélodique de METAL CHURCH, la puissance de TESTAMENT, en jouant son va-tout lors de breaks impromptus flirtant avec les limites de vitesse des CRYPTIC SLAUGHTER et autres ASSASSIN. Et si l’entame « Still Alive » se plaît à nous introduire à l’univers des BLOODY ENGINE via des nappes acoustiques que le BLACK SABBATH de « Planet Caravan » n’aurait pas reniées, elle tombe vite dans un Metal mordant et sautillant mixant l’ironie rythmique de MEGADETH aux guitares mutines et tranchantes d’un LAAZ ROCKIT, moins complaisant qu’à l’habitude.

Les intonations vocales du chanteur de BLOODY ENGINE font penser à un mix de gorge entre la sourdine de HEXX et les médiums de David Wayne, et sur un morceau de la trempe de « The Last Link In The Chain », tout en contretemps, le mélange opère à plein régime, sans pour autant sortir des sentiers battus.

Pour cela, il faut plutôt s’orienter vers « Femicide », l’un des brulots les plus efficaces et ciselés du lot, qui après une très belle intro de plus d’une minute, concasse des riffs à la MORTAL SIN, avant d’accélérer le tout pour faire atteindre à l’intensité une vitesse de croisière tout à fait honorable.

Saccades précises, up tempo entraînant, chant qui gagne en agressivité, le cocktail s’agrémente de chœurs très bien placés et d’un refrain efficace et endiablé, et s’avale d’un trait, comme un classique de HOLY TERROR en pleine envolée.

Mais les Chiliens sont aussi capables d’être plus directs et concis, et l’enchaînement du diaboliquement catchy « Schizoul » et sa folie à la SEPULTURA/INDESTROY, alternant les broncas supersoniques et les écrasements Heavy/Core, et « Killing Flaites » et sa démence Thrashcore est imparable, et relance l’intérêt d’un album décidément pas avare de surprises.

Grosse basse qui claque, pluie de guitares en gouttes ordonnées qui se désassemblent soudain pour se concentrer en déluge plombé, chant vindicatif et concis qui exhorte ses textes à l’esprit revanchard, les quarante minutes de The Culture of Fear sont savamment exploitées, et parfois d’un feeling Speed savoureux (« Liquid Hell », aux mélodies malicieuses et à la rythmique très joueuse), ou au contraire d’un allant progressif ambitieux.

Le son plutôt sec sert parfaitement des compositions qui refusent l’esbroufe et préfèrent laisser parler la musique plutôt que les effets, ce que confirme le surpuissant « The Mind Disease », qui multiplie les plans tout en restant cohérent et d’une progression logique, rappelant de plus en plus le très mésestimé EP Quest For Sanity de HEXX, dans une version beaucoup moins linéaire.

« Bloodsucker » termine plus ou moins le travail de sape tel qu’il avait été entamé sur « Still Alive », mais en profite pour semer quelques accroches et autres gimmick qui dynamisent cette conclusion et nous laissent sur une très bonne impression.

Efficace, concis mais ne crachant pas sur quelques fantaisies, les BLOODY ENGINE affirment leur personnalité, et finissent par séduire sans astuce tape à l’œil, mais en se reposant sur des morceaux intelligents et sautillants, sans jamais tomber dans la mièvrerie ni la redite insipide.

Et dans un registre brutal couvrant un spectre intégral (Speed, Thrash, Thrashcore, Heavy Metal), et accumulant les changements de ton, The Culture of Fear se taille une jolie place au soleil d’un Thrash glouton et permet à ce sympathique ensemble Chilien de se faire un nom.

Un nom qu’on retient, et qui donne envie d’en savoir plus.


Titres de l'album:

  1. Still alive
  2. The Last Link In The Chain
  3. The Right To Decide
  4. Femicide
  5. Schizoul
  6. Killing Flaites
  7. Liquid Hell
  8. The Mind Disease
  9. Bloodsucker

Site officiel


par mortne2001 le 27/04/2017 à 17:41
75 %    521

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Voyage au centre de la scène : ASSHOLE

Jus de cadavre 17/01/2021

Vidéos

Eluveitie + Korpiklaani 2010

RBD 08/01/2021

Live Report

Sélection Metalnews 2020 !

Jus de cadavre 01/01/2021

Interview

Welcome To My Nightmare

mortne2001 26/12/2020

From the past

IXION : entretien avec Julien

JTDP 16/12/2020

Interview
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Bones

Très beau message. Mais si le tissu économique et culturel d'un pays peut-être sacrifié au nom de l'incurie à avoir su prévoir/gérer une pandémie, ce ne sont pas les soubresauts d'un festival, qui plus est de Metal, qui vont fa(...)

18/01/2021, 22:45

KaneIsBack

TL; DR

18/01/2021, 20:14

Gargan

j'ai lu "grand raoult musical". 

18/01/2021, 20:13

Simony

Oui c'est le genre de missive qui ne sert à rien. Après ils se battent pour leur job, c'est très bien mais il n'y aura rien en 2021 et même 2022 est trèèèèès hypothétique. Il faut bien comprendre que ça va (...)

18/01/2021, 18:35

metalrunner

Du vent tout ca le résultat sera clair rien nada nothing peau de zob avec une lettre ou mille;

18/01/2021, 18:27

Jus de cadavre

Clair et précis, c'est bien. Même si la ministre (ni même personne en fait) ne sera capable de répondre quoique ce soit d'utile pour le moment hélas...

18/01/2021, 18:16

Gargan

Il va être dans les listes des meilleurs albums 2021 celui-ci haha ! Le sieur Helwin aux fûts, soit dit en passant.

18/01/2021, 09:53

LeMoustre

Sympa, cette vidéo ! D'ailleurs je recommande la compile de Asshole, très complète et d'un bon niveau. Plein d'anecdotes justes comme celle sur la Fnac, par exemple. 

18/01/2021, 09:06

Bones

Vidéo très sympathique et intéressante ! Dans la bande son des années lycée, ce CYTTOYLP.  Je me vois encore trimbaler ma grosse malette de matos d'arts plastiques dans les transports en commun, sur laquelle j'avais reproduit au feutre(...)

17/01/2021, 22:07

Simony

Excellente vidéo comme d'habitude. Avec les documents d'époque, on replonge encore plus au cœur de la bête.

17/01/2021, 18:43

yaccio

bof aussi plat que d'hab'

16/01/2021, 21:13

RBD

Excellente découverte, d'un mid-tempo lourd qui fait penser aux vieux Death, à Morgoth, à Massacre et à toute la vieille Floride en général et à toutes références de Death Metal un peu lent mais inexorable. Un début de ce (...)

16/01/2021, 19:16

Meuleu

Excellent, The Crown comme je l'aime !

16/01/2021, 17:40

Jus de cadavre

Superbe artwork en tout cas !

16/01/2021, 12:43

Seb

Jle trouve vraiment cool ce morceau.Ca fait un bout de temps que j'avais entendu un morceau aussi bon de leur part !

15/01/2021, 18:24

Moshimosher

Bon, ben, là, ça me fait carrément envie !!! A défaut de la fève, je veux bien la couronne !

15/01/2021, 17:18

Humungus

THE STRUTS ???Mortne2001...WTF ???

15/01/2021, 11:53

Humungus

Mais qu'est-ce que c'est que cette pochette putain ???

15/01/2021, 11:50

Gargan

J'attendais de voir ce nom passer. Totalement adhéré à l'ambiance qui s'en dégage (belles lignes de basse qui plus est), achat direct. kling !

15/01/2021, 08:23

Buck Dancer

100% d'accord avec la chro et Jus de cadavre ! Dans mon top 5 de l'année 2020. Du death metal qui se veut transgressif et repoussant, comme à la grande époque. Et moi, ça me mets en joie... 

15/01/2021, 00:16