Into Oblivion

Eradicator

09/03/2018

Green Zone Music

Une fois encore, j'aurais pu gloser sur le volume conséquent de sorties Thrash vintage, style hautement nostalgique qui semble reprendre du poil de la bête depuis quelques semaines...Et alors que je déplorais sa raréfaction de janvier/février, ont débarqué les sorties tant attendues, qui m'ont rassuré sur l'adhésion des musiciens à la cause...Nouveaux groupes, confirmations, surprises, déceptions, le menu était copieux, et nous pouvons dès à présent y ajouter une nouvelle entrée, puisque d'Allemagne nous vient le quatrième LP d'un quatuor confirmé, qui assoit un peu plus sa suprématie déjà fort peu contestée. Avec son suffixe restrictif d'usage, ERADICATOR est bien connu des amateurs de Thrash franc et fin, et c'est depuis 2004 que nous suivons le parcours de ces originaires de Lennestadt. Après une première démo en 2007 qui nous avait bien plongés dans le bain d'acide, le gang n'a pas vraiment chômé, et a capitalisé sur son savoir-faire pour accumuler les longue-durée, jouant toujours le sempiternel jeu des références, mais le pratiquant avec toujours plus de dextérité. Et ça n'est pas un hasard si la presse virtuelle d'outre-Rhin s'accorde à dire que cet Into Oblivion ne risque pas de les plonger dans l'oubli. The Atomic Blast en 2009, puis Madness Is My Name en 2012, avant Slavery en 2015, un parcours quasiment sans-faute pour un quartet (Sebastian "Seba" Stöber - guitare, chant, Robert "Robb" Wied – guitare, Sebastian Zoppe - basse et Jan - Peter "Pitti" Stöber – batterie) qui aujourd'hui encore prouve que le Thrash allemand à un bel avenir devant lui, pour peu qu'il n'oublie pas son glorieux passé...Mais toute l'ironie de la chose est de constater que les germains s'accordent un regain de crédit en tournant le dos à leurs propres us et coutumes, en jouant un Thrash purement américain dans le fond et la forme, ce qui ne manque pas d'ironie...

On le sait, dans les années 80, les USA et l'Allemagne se tiraient la bourre, les uns dégainant METALLICA, SLAYER, ANTHRAX, MEGADETH et EXODUS, l'autre ripostant avec KREATOR, SODOM, DESTRUCTION, provoquant l'agacement des premiers qui lançaient une nouvelle salve de TESTAMENT, HEATHEN et DEATH ANGEL, déclenchant chez le second un tir de barrage TANKARD, DEATHROW, HOLY MOSES et ASSASSIN. Finalement, et malgré la quasi antériorité admise des premiers, le combat tourna au match nul tant les deux nations pouvaient se vanter d'avoir co-inventé et développé un style unique, aux deux facettes malléables. D'un côté, la technique ricaine, fluide, assassine, de l'autre, la franchise allemande, légèrement brutale sur les bords, et un peu gauche mais sincère. Sauf que depuis ce temps-là, les choses ont évolué, et les deux factions ont piqué à leur adversaire quelques techniques pour avancer, ce qui n'a fait que combler le fossé qui les séparait. Et de fait, Into Oblivion pourrait bien être l'album le plus typiquement US de tous les combos allemands en fonction actuellement. On y ressent tout ce qui a fait le charme et la légende de la Bay Area, ces riffs puristes et ces rythmiques raisonnables, ces claques de basse surprenantes et ce chant mordant mais intelligible, et surtout, cette façon d'agencer des morceaux comme de vraies chansons, et pas seulement comme des crises de colère juvénile impossibles à gérer. D'aucuns appellent ça le professionnalisme, d'autre, une simple optique, mais en admettant les deux possibilités, ce quatrième LP des ERADICATOR est un modèle du genre, et certainement leur plus affiné jusqu'à lors.

Affiné, mais pas forcément le plus personnel. Et pour être honnête, dans un désir de l'appréhender avec honnêteté, il convient d'y voir une sorte de melting-pot géant unissant dans un même creuset d'imagination celles de DEATH ANGEL, ANTHRAX et TESTAMENT, sans pour autant que le tout n'exhale un désagréable fumet de plagiat mal réchauffé. Mais impossible de passer à côté de ces références, et autant dire que de titre en morceau, on ressent l'impact rythmique de la paire Benante/Ian, la fluidité mélodique précise de Skolnick/Peterson, et la roublardise groovy harmonique de Cavestani/Pepa, techniques assimilées et régurgitées avec un indéniable panache, mais avec une trademark qu'il est impossible de gommer. Autant dire que les allemands n'ont pas pioché dans le pire du répertoire classique pour avancer, et on se demande même parfois si l'ARMORED SAINT le plus inspiré ne se serait pas satisfait de certaines idées proposées, notamment celles qu'on retrouve développées sur le radical mais amical “Into Oblivion”, que John Bush aurait pu entonner de sa voix puissante. Impression durable donc, mais pas désagréable pour autant, puisque le quatuor germain manipule ses instruments avec fermeté, et place avec une régularité désarmante des plans d'une totale efficacité. Refusant constamment de sombrer dans la brutalité de leurs glorieux et nationaux aînés, les quatre horsemen tracent leur route sans se soucier d'un quelconque héritage à revendiquer, et nous étalent leurs œuvres les plus peaufinées, qui se voient catapultées par des guitares déchaînées et des rythmiques enchaînées. Privilégiant souvent un mid tempo qui leur sied, les compositions au classicisme formel se voient transcendées par la voix pugnace de Sebastian "Seba" Stöber, qui profite d'une production étonnamment claire signée Martin Buchwalter, certainement la meilleure dont ils ont pu bénéficier, pour imposer des thématiques limpides, mais réellement intrépides. Et dès l'ouverture/profession de foi “Moshproofed”, le ton est donné et le Mosh est roi. Riffs circulaires en trampoline, batterie brutalement divine, changements de tonalité, pour une allégeance déclarée aux kings d'ANTHRAX. De la bel ouvrage, et la confirmation que les ERADICATOR sont bien devenus une valeur sure de cette vague nostalgic Thrash d'outre-Rhin.

« Doomsday » ne marque aucunement le pas de sa guitare un peu acide et dissonante, mais nous réoriente vers un Heavy agressif et incisif, tandis que « Wake Up To War » ne fait pas de quartier avec ses chœurs méchamment entonnés. On retrouve une fois de plus des traces de l'ANTHRAX époque John Bush, mais loin d’écœurer, cette constante affiliation n'a de cesse de nous enthousiasmer, d'autant que le quatuor la corse d'une attitude frondeuse à la FORBIDDEN. Version mid ou speed, le groupe convainc, et même si l'album ne tient pas forcément son intensité à bout de bras sur la durée, la première moitié d'Into Oblivion vaut largement le détour opéré. On conviendra que le relâchement de fin n'est pas illégitime, au regard de la somme d'informations communiquée (les morceaux frisent la plupart du temps les cinq minutes), et la pâleur et la redondance ineffective chronique d'un “ Drown The Truth” évoque plus volontiers les errances les moins excusables de Dave Mustaine que l'outrance en démence d'OVERKILL, mais heureusement pour nous, le final endiablé de “Weaponized” redresse la barre au dernier moment, pour nous laisser sur une impression de brutalité beaucoup plus adaptée. Manque de concision au moment de brider l'inspiration, tel est le seul reproche formulable à l'égard d'un album impeccable, et qui se veut témoignage de la crédibilité d'un combo qui n'a jamais relâché ses efforts. Mais les ERADICATOR peuvent être fiers de leur productivité, et avec quatre LP en quatorze ans d'existence, la leur est clairement validée. Peut-être pas l'album de revival Thrash du mois, mais l'un des meilleurs, et surtout, l'occasion une fois de plus de se replonger dans l'excitation de l'émergence de la Bay Area, dont personne ne semble pouvoir se lasser.


Titres de l'album:

  1. Moshproofed
  2. Doomsday
  3. Wake up to War
  4. Overcome the Blackness
  5. Read Between the Lies
  6. Into Oblivion
  7. Decadence Remains
  8. Paint the White Flag Black
  9. Drown the Truth
  10. Weaponized

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par mortne2001 le 27/03/2018 à 18:03
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