F.F.W.

Freaky Fukin’ Weirdoz

Ce truc-là, c’est comme un secret qu’on se refile entre initiés, un inclassable à qui on évite les catégories qu’il a lui-même inventé. Il faut dire que les musiciens sont plutôt des forts en gueule qui se revendiquent de l’invention du crossover, alors même que les D.R.I furent les dépositaires du concept dès 1987 sur album. Mais veuillez leur pardonner la méprise, ils ne parlent pas de la même chose, mais même dans ce cas, rappelons aux allemands que les BEASTIE BOYS, les RED HOT CHILI PEPPERS et autres FUNKADELIC, MOTHER’S FINEST se sont chargé de la question Fusion bien avant tout le monde. Mais on ne peut en vouloir aux tarés de croire en leur propre légende, et ces tarés-là se l’avouaient justement par le nom même de leurs création, FREAKY FUKIN’ WEIRDOZ. En remettant les pendules à l’heure, on peut a posteriori affirmer qu’ils n’étaient pas spécialement plus effrayants, plus Funky, plus malpolis, plus créatifs, plus étranges que les autres, mais autant dire qu’à l’époque de leur émergence, la scène allemande n’était pas habituée à supporter ce genre de fessée, se complaisant plutôt dans les relents gras d’un Heavy national, ou les effluves vieillots d’un Schlager chantant l’amour et la choucroute du dimanche. Alors, lorsqu’en 1989, et sur un petit indépendant sortit ce premier éponyme, le choc fut rude, et le Thrash assez lointain dans les faits. Il a suffi que quatre iconoclastes (Gringo - basse/chant/harmonica, Katharina Elmau - batterie, Rif Kif Ponikowski - guitare/chant et A.K.A - chant) sortent de l’ordinaire germain un beau jour de 1989 pour que le pays se rende compte que ses contemporains musiciens étaient capables d’autre chose qu’un recyclage de KRAFTWERK ou une paraphrase d’ACCEPT. Sans aller jusqu’à parler de Heino. Mais Heino (on rentre du boulot…) justement, aurait peut-être trouvé à son goût ces harangues un peu stupides mais Ô combien entraînantes, lui qui justement s’est essayé à la reprise Metal en son temps. Mais ne perdons pas le nôtre en explications, et plongeons nous dans le vif du sujet.

Si en 2020 un petit millier de personne suit le groupe sur sa page Facebook, alors que certains des confrères des flingués affolent encore des centaines de milliers de freaks, il y a une raison bien particulière. Aussi sympathique soit FREAKY FUKIN’ WEIRDOZ, il n’a jamais joué dans la même catégorie que FAITH NO MORE, MINDFUNK ou même MORDRED, THOUGHT INDUSTRY, PRIMUS ou autres références incontournables de cette scène que nous avons prudemment appelée Fusion. Leur musique, accrocheuse et joyeuse n’avait pas le même pourcentage de glue que celle de leurs concurrents les plus directs et indirects, ce qui ne les empêche guère de se proclamer parrains de certains groupes largement établis comme H-BLOCKX, SUCH A SURGE, DOG EAT DOG, EMIL BULLS ou les GUANO APES. D’ailleurs, le succès ne naîtra pas de ce premier album éponyme, mais bien de la suite des évènements, les allemands se retrouvant surfant sur la vague populaire et signant sur le respectable RCA. Ce qui leur permettra quelques folies supplémentaires, dont un légendaire duo avec la prêtresse Nina Hagen sur une reprise d’Ian Dury, via leur album le plus célébré Mao Mak Maa. Et en toute objectivité, cet album justement est largement supérieur à ce premier jet, qui posait timidement les bases, mais qui affirmait la conduite à tenir. Se servir dans tous les plats, en reprendre, doser un peu au pif, mélanger Metal agressif et Hip-Hop régressif, saucer le tout d’une nappe d’Electro, de Funk et de Pop, pour obtenir un cocktail léger, mais savoureux en bouche. Et avec seulement trente minutes au compteur et des morceaux ne dépassant jamais les cinq minutes, les bougres n’avaient pas trop le temps de développer le concept, mais l’amenèrent aux confins du Rock et du Punk, proposant à un public festif de quoi animer ses parties nocturnes jusqu’au bout de la nuit.

La quintessence du groupe pourrait être incarnée par un seul morceau, le miraculeux « My Donna », Funky comme un futur EXTREME, mais aussi méchamment entêtant de ses nombreux gimmicks. Basse évidemment en coups de boutoir, guitare qui riffe encore plus poilu que Jim Martin, et batterie qui sonne comme électronique, mais qui envoie assez de bois pour occuper Charles Ingalls jusqu’au printemps. Un peu trashy Funk sur les bords, le quatuor osait alors encore tout, et ne se préoccupait pas d’une quelconque homogénéité de la démarche. Il n’y avait qu’un seul impératif, donner des fourmis dans les pieds et ne surtout pas jouer comme les autres. C’est en tout cas ce qu’on comprenait en savourant la tranche de citron amer « Bitch Make Sandwich », et d’ailleurs, on attend toujours le sandwich que devait nous préparer cette catin. Avec ses accents à la « No Front » de DOG EAT DOG revu et corrigé « Give It Away » des PEPPERS, cette chanson d’ouverture avait tout pour donner le tournis, avec son chant juvénile aux accents stupides, son phrasé Hip-Hop à l’ouverture d’MTV aux radios Black, et sa rythmique répétitive calquée sur un riff démoniaque. Ça slappait comme un beau diable, loin des terres de talent de Flea évidemment, mais ça prenait le train en marche avec flair, et avec une rage délirante adolescente, nous ramenant aux premières heures des génies de BEASTIE BOYS…le génie en moins. Mais plus qu’un simple combo de Fusion presque en avance sur son temps, les FREAKY FUKIN’ WEIRDOZ incarnaient plutôt des libres penseurs, capables de jouer aussi Metal que n’importe quelle assemblée de furieux de la saccade (« Jack »), avant de se montrer sous un jour Pop-Rock-Sleaze à la FASTER PUSSYCAT vs BLACK CROWES (« I Man Ground »). Et de fait, F.F.W était une sorte de vide-garage organisé un peu au débotté, et prétexte à une fête entre voisins, qui n’achetaient pas forcément ce qui sortait du grenier, mais qui fourraient leur nez partout (« Peggy Sue », la rencontre entre les SKINNY PUPPY et Buddy Holly, en toute simplicité).

Il fallait faire vite pour choper le bon truc, les éléments les plus vintage coutant méchamment cher aujourd’hui. J’avais moi-même repéré à l’époque une vieille lampe en acajou de Pop-Punk (« Confusion »), et un vieux Blues en 78 tours rayé après la dix-neuvième seconde (« ? »). Et puis je me souviens qu’en serrant la main des mecs, j’avais vu passer Ozzy au loin, un peu torché, Mike Patton aussi, déguisé en DEVO, Mick Harris tapant sur des bambous, et que le tableau ne m’avait même pas surpris (« Selassie 1 Is Weirdow »). C’était une belle journée de 1989, l’année où tout semblait encore possible avant que la tempête n’arrive. Aujourd’hui, des relents de cette époque nous parviennent encore (le groupe s’est reformé à de nombreuses reprises pour des concerts et même des albums, les fous), mais ils n’ont plus l’odeur de douce folie de ce temps-là. Tant pis, après tout, on ne vit qu’une fois, et les disques sentent encore la transpiration d’un pogo sur le pouce. Disque certes pas encore indispensable, mais qui fait partie des gentilles curiosités d’une décennie incroyable.                 

   

Titres de l’album:

1. Intro

2. Bitch Make Sandwich

3. Jack

4. Hot Legs

5. I Man Ground

6. Peggy Sue

7. My Donna

8. Confusion

9. Voodoo Ripper

10. ?

11. Selassie 1 Is Weirdow


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par mortne2001 le 27/07/2020 à 18:54
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