Pour des raisons évidentes - du moins pour la plupart d’entre nous qui avons eu la chance d’avoir une enfance heureuse - nous avons toujours envie d’en retrouver les sensations. Parcourir à nouveaux le rues si familières, sentir les effluves s’échapper de la cuisine familiale, retrouver les spots d’antan avec la même bande de copains, and so on…Et ce qui s’applique à un degré humain premier s’applique aussi à un niveau sensoriel et culturel, les artistes ayant marqué notre plus jeune âge étant amenés à devenir de véritables tuteurs, des guides spirituels, et des niches de tendresse lorsque la vie est un peu trop rude. De fait, on nostalgise…On réécoute les albums d’origine, évidemment, mais on tombe aussi sous le charme d’autres artistes qui en copient les sonorités, avec plus ou moins de talent et de recul par rapport au plagiat, et c’est pour cette raison que les veufs/veuves affectifs des BEATLES sont tombés sous la coupe d’ABBA, de SUPERTRAMP et ELECTRIC LIGHT ORCHESTRA dans les années 70…Etant trop jeune pour avoir vécu cette première vague, mais aussi la seconde, je ne pourrais citer d’exemple précis illustrant ma propre expérience, mais je ne peux m’empêcher de penser que si des groupes comme KINGDOM COME, BADLANDS, ou GRETA VAN FLEET sont devenus si populaires en leur temps, le hasard n’avait aucun rôle à jouer. Qui en effet, se prétendant fan de Rock depuis les années 60 n’a pas élu LED ZEPPELIN meilleur groupe de sa génération ? Et c’est ce sentiment de manque qui pousse à rechercher ce que l’on n’entendra plus d’inédit chez d’autres artistes, qui savent si bien imiter le son d’un dirigeable au décollage, mais aussi en plein vol. Prêtez attention à mes propos, les musiciens du jour ne sont pas qu’une simple copie carbone du ZEP. Mais on retrouve dans leur musique tellement d’éléments typiques qu’il est impossible de ne pas remarquer les ressemblances, ressemblances que le trio admet lui-même dans sa bio. Et en écoutant « Secrets in the Sunset », impossible d’ignorer le parallèle. Le mimétisme est si troublant qu’on se prend à rêver d’un Robert Plant jeune, feulant sur une bande abandonnée du groupe durant les sessions de IV…Sauf qu’en plus de Robert, GOODBYE JUNE a des héros qui n’en font pas moins partie de son patrimoine ancré dans ses gènes.                                

GOODBYE JUNE est donc un trio (Landon Milbourn, Brandon Qualkenbush, Tyler Baker), dont le nom de baptême fut inspiré d’une tragédie. Celle de la perte du frère de Tyler, June, d’où ce nom en forme d’hommage. Et partant du principe que les trois musiciens sont cousins, cette analogie de mort et de musique familiale n’est évidemment pas sans rappeler le décès des membres de LYNYRD SKYNYRD, ce qui n’est pas totalement incongru dans le contexte de Community Inn…Outre la notion de communauté familiale, le titre de ce deuxième né de la portée (après Magic Valley en 2017) fait aussi référence à une communauté musicale d’idées et de fusion des genres, puisque les allusions au Rock sudiste sont multiples, et fortement marquées. Originaire de Nashville, GOODBYE JUNE se tourne donc plus volontiers vers le Rock londonien des seventies et la slide de Floride que vers la Country locale, et nous offre avec Community Inn un petit bijou de Hard Rock incandescent, certes tout sauf innocent au niveau des emprunts, mais complètement sincère au niveau de l’interprétation et de la composition. Sous une production claire comme de l’eau de roche, mais aux reflets analogiques, ces douze morceaux passent en revue le patrimoine des seventies avec un tel naturel qu’on en reste bluffé, malgré les coups de coude répétés au répertoire national et européen. Du vintage donc, comme vous l’aurez compris, mais d’une telle qualité qu’on en oublie le côté redondant dans la production actuelle, et le manque d’initiative créatif. Ce manque d’initiative se fait surtout ressentir lorsque le ZEP le plus caractéristique pointe le bout de son inspiration sur des morceaux comme « Be Yourself », qui n’en ont pas moins le mérite d’oser des chœurs gospel, des arrangements purement southern, et des entremêlements de voix transpirant de Soul et de Blues. Là est l’art de ce groupe, de parvenir à mélanger les courants sans se noyer dans des eaux troubles, et de nous offrir bien plus qu’une pale resucée des idoles d’antan. Chose extraordinaire, chaque titre à sa propre raison d’être, que l’orientation soit sudiste et suintante de stupre bluesy (« Lonely Beautiful People », aux astuces de cordes qui auraient ravi John Paul Jones), ou plus volontiers syncopée et boogie jusqu’aux doigts de pied (« Rolling Off My Tongue »). Presque une collection de hits singles sortie des caves seventies les mieux gardées, Community Inn module, varie, évoque le snapping de la Stax mais aussi la souplesse rythmique sexy de la scène alternative US des années 2000 (« Switchblade Heart »), se fige sur un rythme bondissant pour laisser une basse élastique sauter au-dessus d’un nuage de guitare (« Joan & Dylan », au mantra proche des GRETA, mais en version plus adulte), et ose l’émotion brute sur fond de slide cajoleuse et d’acoustique moelleuse (« I Don't Mind »).

Et objectivement, il devient de plus en plus difficile au fur et à mesure de l’avancée de l’album de tenir rigueur à ces trois musiciens d’afficher leurs modèles sur leur t-shirts sans aucune honte. Parce que malgré des riffs somme toute convenus, des rythmiques déjà entendues, des transitions en déjà-vu, la fluidité est telle que la confiance globale le confine à la morgue pleine de classe, surtout lorsque les cousins s’éloignent un peu du schéma pour se rapprocher de nineties plus enragées (« Natural »). Et même en tournant le problème dans tous les sens, en accumulant les pièces à charge (« Live in the Now », qui vit plutôt dans le passé du ZEP, mais qui lâche quand même des gimmicks plus typiques du Progressif anglais), on ne peut que succomber au charme d’un album décomplexé, spontané, et témoin d’un réel amour plus que d’une envie de se faire remarquer pour les qualités d’autrui. Alors bien sûr, certains aimeront parce que ça leur rappelle quelque chose, d’autres rejetteront pour la même raison, mais en faisant fi de quelques évidences, et en acceptant le fait que terminer sur « Free Child » cligne des paupières en direction du « Free Bird » de qui-vous-savez, Community Inn est un disque superbe, aux compositions soignées, à l’interprétation impeccable (mention spéciale à la guitare de Tyler Baker, dealer parfait de soli quadragénaires), et qui mérite vraiment les lauriers qu’il va récolter. Dommage cependant que la bio du groupe ne fasse que trop référence à des placements divers (ESPN, NFL, NHL, Need for Speed…), ce qui gâche un peu la fête, mais la musique - le plus important - vous ramènera directement à cette enfance/adolescence chérie qui vous manque tant…Et ça, ça n’a pas de prix. Ou juste celui d’un album…   

   

Titres de l’album :

                           1. Rolling Off My Tongue

                           2. Universal Mega Love

                           3. Secrets in the Sunset

                           4. Be Yourself

                           5. Lonely Beautiful People

                           6. Natural

                           7. Joan & Dylan

                           8. Anywhere the Wind Blows

                           9. Switchblade Heart

                           10. Live in the Now

                           11. I Don't Mind

                          12. Free Child

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par mortne2001 le 24/11/2019 à 14:52
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