Au départ, des allemands, chantant en allemand. Bon, la surprise n’était pas de taille, les KRAFTWERK étant déjà passés par là, tout comme les EINSTURZENDE NEUBAUTEN, et une poignée d’autres dont Heino, mais aucun n’avait choisi de le faire en proposant une musique ouvertement commerciale. Commerciale, dans le sens le plus vil du terme, louchant sur des ventes possiblement énormes, voire pharaoniques, chose qui pouvait paraître étrange au regard du style choisi. Je me souviens très bien de ce premier album publié par XIII Bis, responsabilité endossée après le refus de Polygram France de distribuer un truc pareil. Excusez la major, mais une pochette ou six mecs torse-nu sortant d’une salle de gym posent muscles saillants et regard fixe sur fond de jolies fleurs, ça avait de quoi faire un peu peur, promotionnellement parlant. D’ailleurs, il n’a pas fallu attendre longtemps pour que la controverse se déchaîne face à ces (surement) néo-nazis, chantant des (présumées) horreurs sur les juifs et la guerre, devenant la cible idéale des bien-pensants de tout poil. Sauf que pas de chance, les mecs ne parlaient pas de race et ne cramaient pas sur la place publique artistique les étrangers, mais abordaient l’amour, l’humour, et surtout, le sexe, la liberté, et l’histoire, à leur façon. Depuis, ce petit sextette sorti de nulle part n’y est jamais retourné, devenant la machine de guerre live la plus efficace de la scène Indus Metal, loin devant MAIDEN, METALLICA, et même MANSON ou SLIPKNOT. A quel prix ? Celui d’une créativité allant décrescendo, d’albums de plus en plus épars, faisant montre de moins en moins de culot et d’ambition. A la rigueur, juste des prétextes pour partir en tournée avec du matériel neuf, sinon novateur. Et osons l’affirmation pleine d’assurance. RAMMSTEIN n’a plus rien produit de fertile depuis Mutter, il y a presque vingt ans. La preuve, les hits incontournables in situ sont tous extraits de ces trois premiers albums qui sont devenus de véritables classiques. Le reste a été plus dur, plus erratique, et surtout, plus inconstant. Alors, dix ans après la dernière offrande, Liebe Ist für Alle Da, le groupe a-t-il encore des choses à dire ? Non, mais il en a à répéter vous répondront les plus sceptiques.

Pourtant, en cherchant bien, la rupture est bien là. Effective d’abord, puisque pour la première fois de son histoire, le groupe a coproduit l’album en compagnie d’Olsen Involtini, et sans Jacob Hellner, leur Dieter Derks à eux. Et à l’instar de SCORPIONS se séparant de son gourou, RAMMSTEIN a donc affirmé sa volonté de casser le moule en séparant les routes, et en offrant les plus belles échappatoires graphiques de l’histoire de la musique depuis le White Album des BEATLES. Pas de titre, pas de nom de groupe non plus, juste un symbole, mais pas n’importe lequel. Une allumette, renvoyant directement aux obsessions incendiaires du sextette, qui cette fois-ci, ne nous impose rien, et nous laisse la voie libre. Allons-nous y voir l’étincelle d’une seconde partie de carrière, un feu de forêt échelle maximum qui va tout brûler sur son passage, un désir de retourner aux sources de la musique, ou juste un petit objet de bois et de souffre que nous allons utiliser pour nous curer les dents ? La question est d’importance, et l’allusion tout sauf anodine. Mais bien sûr, le groupe savait avant tout le monde de quoi son septième album en vingt-cinq ans serait fait et attendait donc avec délectation de constater les effets produit par cette épure sur son public. Son public justement, risque d’évoluer. Les fans hardcore continueront de vouer un culte, les plus éloignés abandonneront l’affaire, et de petits nouveaux feront leur apparition. Ceux-là même qui tomberont sous le charme de compositions qui n’ont pas grand-chose à voir avec le patrimoine du groupe, et que les détracteurs commencent déjà à pointer du doigt. Et comme les mastodontes de METALLICA avec toutes leurs œuvres post …And Justice, comme SLIPKNOT après The Subliminal Verses, RAMMSTEIN ne mettra personne d’accord, et renverra la balle dans chaque camp, ne désirant jamais donner le coup de pied initial. La guerre ? Elle est déjà commencée, depuis les premières allusions sur la toile, et pis encore, mais très logiquement, depuis les premières images diffusées.

Il serait toutefois très injuste de réduire les six musiciens à leurs vidéos dantesques, même si sur ce terrain-là, ils sont imbattables, et l’ont encore prouvé. Qui autre que Michael Jackson ou Mylène Farmer aurait eu l’envergure pour produire un court métrage de la trempe de « Deutschland » ? Un quart d’heure de délire visuel excitant pour les yeux, peut-être moins pour les oreilles, qui une fois expurgé de son contexte graphique, se voit concentré en un nouveau tube de cinq minutes. L’introduction parfaite, puisque tout le monde connaît, mais aussi, le trompe l’œil le plus sarcastique et ironique de la bande. Enchaîné au trépidant « Radio », le second single, puis enfilé à l’immédiat « Zeig Dich », nous tenons-là le triptyque le plus hypocrite d’un groupe qui a toujours misé sur son sens de l’humour borderline. Et avec un son à la Cecil B. DeMille, ces trois morceaux constituent l’ouverture parfaite pour un nouveau LP de RAMMSTEIN, mais aussi le paravent le plus fourbe à tout ce qui se cache derrière. Des dessous qui traînent, des souvenirs d’aventures d’une nuit, des échappatoires, des envies d’ailleurs, et surtout, un peu de maladresse dans l’envie, une tendance à la complaisance parfois, mais une belle façon de poser la boite d’allumettes sur la table sans laisser de consignes. Au regard des standards habituels, la moitié du contenu de cet album sans nom ne respecte pas le cahier des charges des allemands. Moins de folie, moins de ténèbres, plus de lumière, plus d’air par les fenêtres ouvertes, moins d’emphase sur les riffs faciles et le chant exhorté comme un homme politique en campagne à ses dévolus. Plus de biais, plus de méfiance, plus de romantisme, et un sang qui coule plus rouge que noir, loin des tabliers de boucher et des frous-frous d’occasion pour entrer sur scène. On sent tout ça dès que les interstices permettent de voir, et d’entendre, et « Ausländer », « Sex », « Puppe » de bien souligner le fait que chacun a parcouru son chemin dans un coin pendant une décade, spécialement Till  avec son projet pas si annexe LINDEMANN.

Rien n’aurait été envisageable il y a encore une décennie, et pourtant, « Ausländer » est amusant de ses boucles synthétiques dignes d’une boîte un peu trendy du cœur de Berlin. « Sex » est d’une lénifiante évidence, et singe OOMPH!, mais aussi le révérend MANSON avec son groove lubrique qu’on croirait sorti de Mechanical Animals, et « Puppe », malgré son apparente fragilité, à la force des plus gros hits des allemands, avec sa césure à l’hémistiche qui force la guitare à sortir du bois après une première moitié douce et caressante. C’est donc de cette façon que le groupe a choisi de provoquer pour mieux ne pas rassembler, en tassant ses morceaux les plus inhabituels au sein de ce Rammstein décidément plus choquant qu’on aurait pu le penser. Plus grande sensibilité, plus grand sens de la nuance sans perdre la démesure, et un « Was Ich Liebe » qui malgré sa distorsion effective plaque les sens sur les enceintes sans rendre sourd. Et loin de s’arrêter à ces quelques ficelles somme toute assez évidentes, « Diamant » joue l’acoustique pour incarner le pinacle de fragilité. Qu’ils sont loin les « Seemann » et les « Klavier », sincèrement fardés face à cette épure de cordes qui volent avec discrétion dans un ciel beaucoup moins enflammé que d’habitude. Rangés les lance-flammes, sortis les mouchoirs, mais posés avec beaucoup de pudeur sur une table de nuit pour ne pas que les yeux s’humidifient trop vite. Certes, la lourdeur subsiste, mais en demi-teinte, et saupoudré de synth-pop sur « Weit Weg », bien sûr « Tattoo » retrouve les tics d’antan et cette rythmique en mode industrie de la danse, mais en choisissant de ne pas choisir et en laissant la porte ouverte via l’ambivalent « Halloman », RAMMSTEIN va jusqu’au bout de sa démarche, et assume ses prises de position plus que déviantes et sinueuses.

Choisir, ne pas choisir, continuer sa route, produire des albums caution pour rameuter les masses lors de black celebrations striant la nuit d’éclairs de flammes et de pyrotechnique envahissante…Ou alors, s’asseoir en rond, réfléchir, et proposer enfin quelque chose de plus qu’un répertoire de plus en plus prévisible, au risque de heurter la sensibilité des plus accros à l’overdose… RAMMSTEIN, trop intelligent pour s’en remettre à sa légende, et trop fier pour laisser les autres décider à sa place, a donc opté pour un choix vraiment osé, et le pari s’est avéré payant. Le consensus n’aura donc pas lieu, une fois encore les eaux vont se déchirer et les critiques flamber, mais est-ce vraiment si important que ça ? Oui et non à la fois, car si vous avez toujours possibilité de ne pas voir cette allumette posée sur la table, et de la faire tomber avec le reste de miettes du repas, vous pouvez aussi la craquer pour embraser le ciel de la médiocrité d’un des plus beaux cris de revanche de l’histoire de la musique.     

 

 Titres de l’album :

                           1.Deutschland

                           2.Radio

                           3.Zeig Dich

                           4.Ausländer

                           5.Sex

                           6.Puppe

                           7.Was Ich Liebe

                           8.Diamant

                           9.Weit Weg

                          10.Tatoo

                          11.Halloman

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par mortne2001 le 08/06/2019 à 17:47
90 %    229

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


totoro
@91.164.180.131
16/06/2019 à 22:59:27
J'avais peur après "LIFAD" que je n'aime pas (trop facile, pas assez martial, aux chansons loin d'être inoubliables, à part "Waidmanns Heil"). Rassuré par l'énormissime "Deutschland" et "Radio", c'est désormais tout l'album qui me fait plaisir. Rammstein ne change pas vraiment mais a trouvé un regain d'inspiration. C'est bien simple, à part "Weit Weg" et "Diamant", je ne trouve rien à jeter sur ce disque. Du classique en béton armé de la triplette introductive et "Tattoo" qui donne envie d'envahir la Pologne, au tube de l'été dégénéré "Auslander", en passant par le glauquement réussi "Puppe" ou les mélodiquement imparables "Was Ich Liebe" et "Hallomann", je retrouve le Rammstein puissant et barré de "Mutter" et "Reise Reise". Je regrette le prix des places de la nouvelle tournée, vraiment prohibitif, car les nouveaux morceaux vont bien passer le cap de la scène ! Content de lire une critique positive de ce disque, finalement pas si conspué. Le temps sera un bon juge de paix.

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