Ubiquitous Falsehood

Cavernlord

26/02/2018

Namtaräum Productions

Il est parfois très difficile de différencier le génie de la fumisterie. A l’écoute de certains albums, on se demande parfois si l’on est trop stupide pour appréhender la portée artistique d’une œuvre, ou si celle-ci nous prend pour des imbéciles en tentant de faire passer des idées erratiques et aléatoires pour des accomplissements avant-gardistes. Mais de temps à autre, on reste tellement dubitatif qu’on en devient incapable de formuler un avis final, laissant notre cerveau errer dans les limbes du doute, sans entrevoir une porte de sortie viable…C’est un peu le sentiment qui m’étreint ce matin après l’écoute du second album du one-man-project CAVERNLORD, qui s’il mérite bien son nom, ne se livre pas pour autant au petit jeu de l’aveu explicite. Et pour cause, puisque l’homme responsable de ce projet terre son inspiration dans la proverbiale et allégorique caverne, faisant preuve d’une misanthropie ultime, et protégeant son secret avec conviction, comme s’il était révélateur d’une vérité ultime que peu sont à même de comprendre. Dans les faits, CAVERNLORD n’est rien de plus ou de moins qu’un des concepts tordus de Nathaniel "Namtaräum" Leveck, activiste au sein du principal NATANAS, et qui régulièrement se permet quelques infidélités lorsqu’il s’estime trop fécond.  

Ce qui est assurément le cas depuis quelques années, puisqu’on retrouve l’homme et son pseudo derrière des formations comme HYDROGEN SULFIDE, KHYÆGHÜRR, SANDWICH FULL OF FUCK, TELERUMINATION et quelques autres aussi anecdotiques. Nathaniel est donc un musicien pas vraiment autodiscipliné, qui se répand en exactions toutes aussi brutales qu’étranges, dont CAVERNLORD incarne un genre d’acmé de bizarrerie et d’incongruité, en prônant le principe déviant de Heavy Psychedelic Sludge, s’apparentant parfois plus à une engeance très déformée de Doom psychédélique typé années 70, ou comme un genre d’Indie lo-fi biscornu, qu’un Nick Cave en cure dans un sanatorium aurait pu produire au plus haut de ses hallucinations nocturnes (« Lotion’s In The Bucket », qui ressemble à s’y méprendre à une alliance entre les tarés de FLIPPER ou de HALF GENTLEMEN en goguette avec des VIRGIN PRUNES encore plus azimutés que d’ordinaire…). 

Difficile de voir en cet essai une tentative de musique construite et agencée. Il faut plutôt y déceler le « génie » maléfique d’un instrumentiste/compositeur laissant divaguer son inspiration où bon lui semble, rassemblant à postériori les morceaux pour tenter d’y apporter une cohésion. C’est indéniablement étrange, parfois glauque, souvent nonsensique, et les « what the fuck ??? » risquent de fleurir à votre bouche une fois que vos oreilles auront trempé dans ce marigot poisseux. Trop lent pour être Black, trop rapide pour être Doom, trop libre pour se targuer d’une quelconque puissance Sludge, cet Ubiquitous Falsehood faisant suite à un premier effort éponyme à peu près du même tonneau surprend, dérange, irrite, agace, mais se veut unique en son genre, un peu dans une relation amour/haine avec le psychédélisme des 70’s qui se prendrait la tête avec une forme très larvée de Doom évanoui des années 80. On sent un léger parfum sudiste dans l’affaire, des accointances macabres (« Pink Slip », troublant sur sa fin de ses vocaux malsains)une palanquée de riffs à l’état larvaire qui parfois jouent la fausseté pour encore plus nous les briser (« Sorrow », si la tristesse est une rime dans le vide, alors la détresse vient de trouver son incarnation ultime), pour un résultat global aussi amateur qu’hypnotique. La question reste alors en suspens, à savoir si tous les musiciens du monde doivent à un moment donné brider leur inspiration pour se recentrer sur des thèmes un peu plus abordables, ou s’ils doivent s’expurger d’un trop plein d’idées pour passer à autre chose. Et les réponses ne se bousculent pas au portillon, spécialement lorsque l’absurde s’invite au banquet, offrant à certains titres des conclusions complètement à côté de la plaque, et aux antipodes de leur introduction. On a même parfois le sentiment assez désagréable d’avoir manqué un épisode, passant d’une litanie discordante à la BECK bourré (celui de ses albums autoproduits qui ne se sont jamais encombrés d’une quelconque logique), à un feulement agonisant d’un ABRUPTUM plus souffreteux que réellement menaçant… 

Et les litanies se répandent dans un air vicié, sans que l’on puisse vraiment savoir si la suffocation est due au manque d’air, ou au sadisme d’un tortionnaire qui ne nous épargne rien du début à la fin. Entre des complaintes vocales à faire passer un fantôme de Westminster pour un gentil diablotin de foire, et des arrangements spartiates qui confondent expérimentation avec jeu de hasard (« Lungs Of Swamp »), la valse avec beaucoup d’hésitation nous enivre comme un mauvais vin, même si la sincérité du bonhomme n’est pas à mettre en doute. Parfois, l’autodidacte se reprend un peu, et tente des choses un peu plus évolutives et ambiancées, comme ce bizarre « Man was the Lord of the Fire », presque incantatoire, qui découle sur un genre de cérémonie funèbre en apparat de messe noire, via « Caffeine and Boredom » qui sans le vouloir (ou peut-être que si…) symbolise à merveille les réactions suscitées par cette musique qui n’en est pas vraiment une… Ubiquitous Falsehood finalement se termine comme il avait commencé, par un « Bury The Dead » au Doom atmosphérique plus pénétrant que le reste des gestes, et qui pourrait laisser présager d’un avenir sombre propice à séduire les plus branques des amateurs de lenteur et d’oppression. Mais après avoir subi tant de douleur et de tergiversations, il est difficile de se raccrocher à cette ultime promesse, qui ne résume pas vraiment tout ce qui l’a précédé…Et par conclusion, j’en reviens donc à mon débat d’introduction, à savoir cette difficulté à dissocier le foutage de gueule du génie abstrait…Je me garderai bien d’opposer un jugement définitif à cette interrogation, et je vous laisserai maîtres de votre propre destin et opinion. Toujours est-il qu’entre trois défauts, Nathaniel "Namtaräum" Leveck laisse apparaître fugacement la moitié d’une qualité, et qu’il restera pour moi une énigme impénétrable, tout comme sa musique échappe à tout classement trop ferme dans le verbe.


Titres de l'album:

  1. Simple Cloven
  2. Penny for Your Thoughts
  3. Love Tunnel
  4. Lotion's in the Bucket
  5. Pink Slip
  6. Sorrow
  7. Lungs of Swamp
  8. Man was the Lord of the Fire
  9. Caffeine and Boredom
  10. Bury The Dead

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 14/03/2018 à 18:07
60 %    412

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Little Monsters

mortne2001 30/06/2020

Complicated Mind

mortne2001 15/06/2020

Dossier spécial Bretagne / LA CAVE #5

Jus de cadavre 15/06/2020

Screams and Whispers

mortne2001 12/06/2020

Cosmogony

mortne2001 09/06/2020

One Small Voice

mortne2001 07/06/2020

Concerts à 7 jours
Pendrak + Insane Order + Nervous Impulse + Unsu 04/07 : La Brat Cave, Lille (59)
Trepan Dead + Nervous Impulse + Unsu 05/07 : Mcp Apache, Fontaine L'evêque ()
Demonical + Mystifier 08/07 : Le Klub, Paris (75)
Demonical + Mystifier 09/07 : L'usine A Musique, Toulouse (31)
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Simony

Pour en revenir au bouquin, je pense que les photos doivent dégager une certaine atmosphère bien plaisante. Je me laisserai peut-être tenté... on verra

02/07/2020, 22:15

Saddam Mustaine

Si j'ai trouvé ça.

"Je te le dis franchement, j’ai voulu tuer cet enfoiré à la fin. Imagine que quelqu’un que tu penses être ton ami rentre chez lui et trouve un autre ami qui s’est suicidé, et décide de prendre des photos de son cadavre. Qui de sensé aurait pu faire une c(...)

02/07/2020, 20:00

Saddam Mustaine

Ou vous avez les infos sur "le personnage" Necrobutcher ?
Moi je trouve rien sur lui sur le net...

02/07/2020, 19:48

Saddam Mustaine

Ou vous avez les infos sur "le personnage" Necrobutcher ?
Moi je trouve rien sur lui sur le net...

02/07/2020, 19:48

Saddam Mustaine

J'ai pas le film sous la main donc je sais pas perso.

02/07/2020, 19:46

Humungus

"Based on truth and lies"... ... ...

02/07/2020, 14:25

youpimatin

"When the Moment of Death Arrives" est une reprise de Sentenced, le tout 1er titre de "Shadows of the Past" sorti en 1992.

02/07/2020, 10:32

Pomah

Marrant tout de même, il est indiqué sur plusieurs sites que c'est le prod. de Tormentor qui est vendu un fragment du crane de Dead, pour 3.500 boules. Je ne trouve rien sur le fait que ce soit Necrobutcher qui confirme t'es dires. Cela dit les preuves sur net parfois ...

02/07/2020, 03:55

Pomah

Hahahaa "mon ptit gars", un peu de respect tout de même, Je suis surement pas ton petit gars ;). j'en ai rien a foutre que le gars revende des bout d'os de poulet. "Renseigne toi", je viens de te dire que c'est ce que je vais faire, MON propre opinion, y'a de quoi que tu comprends pas dans ce que j(...)

02/07/2020, 03:13

Satan

@ : Un jugement de valeur arbitraire? Ce sont des faits mon petit gars, pas une invention de mon esprit farfelu. Je récidive : renseigne-toi. Qui plus est, ce Mr a dit et répété pendant des années qu'il avait été outré par le collier collectant les os de Dead, alors que l'année passée il f(...)

01/07/2020, 21:57

Pomah

Maybe, mais je préfère me faire mon opinion moi même que de suivre bêtement un jugement de valeur très arbitraire.

01/07/2020, 00:01

Satan

L'indice est : "Helvete".

30/06/2020, 22:17

Satan

@ Pomah : Si tu te renseignais un peu, tu trouveras exactement ce que je mentionne dans des interviews récentes du Mr.

30/06/2020, 22:16

RBD

Vu en 2012, bon souvenir, le report a été exhumé il y a quelque temps si vous suivez...

30/06/2020, 20:14

Saddam Mustaine

Les mecs de Darkthrone qui rencontrent Euronymous ?

C'est là qu'ils laissent le Death pour faire du Black.

30/06/2020, 18:53

Pomah

Vous semblez le connaitre mieux que quiconque... Chapeau bas.

Hâte de perdre mon temps à le lire alors.

30/06/2020, 14:00

Arioch91

Pas transcendé par cet extrait mais j'attends l'album.

30/06/2020, 08:40

NecroKosmos

Lui (ou elle), je l'attends comme le messie !! Un groupe extra trop peu reconnu.

30/06/2020, 06:29

Buck Dancer

Le plus important c'est qu'il se porte bien et continue de chanter le plus longtemps possible.
Simplement dommage pour Goatess.

30/06/2020, 01:57

Saddam Mustaine

Mdr.

Necrobutcher c'est le gentil de classe qui est pote avec les voyous mais qui fait rien et se barre en courant des qu'il y a une bagarre.

29/06/2020, 23:03