Vous êtes jeune, vous squattez chez votre grand frère pour le week-end ou les vacances, et dans un élan oisif intense, vous fouillez dans sa collection de tapes qui traîne dans les cartons depuis dix ans. Vous écrémez la découverte, mettant de côté les trucs dupliqués et les albums connus, lorsque vous touchez du doigt un boitier un peu plus froid que les autres, poussiéreux, à l’iconographie digne d’une Xerox des années 80. Et là, le Graal, la vie éternelle, la surprise mortelle, vous êtes persuadé d’avoir déniché le trésor absolu, la démo que personne n’a connue, dont personne ne se souvient, exhumée des cavernes du passé par un hasard heureux. Délecté par l’odeur alléché, vous glissez la pépite dans la boom-box fatiguée mais toujours vaillante pour peu qu’on lui fasse manger quatre nouvelles piles, et vous vous voyez conforté dans votre certitude, celle d’avoir mis la main sur un groupe unique, fondé entre 1983 et 1985, et que le destin  a remisé sur les étagères de l’oubli. Tout, de la jaquette aux pseudos des musiciens, en passant par leur apparence, et surtout, en s’arrêtant sur la production et la composition vous conforte dans l’idée que ce quatuor s’est perdu en route, et que le temps et la chance ont fini par rattraper. Et vous aurez quelque part raison, même si vous avez tort. Raison, parce que tous les indices laissés vous entraînaient sur la piste de la nostalgie morbide. Tort, parce que factuellement, le groupe en question n’existe que depuis trois ans, et que cette fameuse démo tape n’a été distribuée qu’en 2017, par les moyens du bord, et à une échelle plus que réduite. Là est donc le tour de force accompli par les NECROGOSTO, qui des entrailles de leur enfer sud-américain sont parvenus à nous duper de leur époque et de leurs références. Et faites-moi confiance, un tour pendable pareil n’est pas donné à tout le monde.

La vague old-school actuelle, qu’elle se concentre sur le BM, le Death, le Thrash ou autre chose, n’a qu’une idée en tête. Nous faire croire que, nous laisser à penser que, malgré que. Et si parfois, le tour de passe-passe vintage marche à plein régime, la plupart du temps, personne n’est dupe et tout le monde sait faire la différence entre l’inné et l’acquis. Et si Nuclear War Now se frotte les mains de son opération tromperie, c’est à juste titre, puisque leur nouvelle réalisation risque fort de feinter les spécialistes de la cause extrême, pour peu que ces derniers soient un peu étourdis quant à la date de sortie du produit. Sorti il y a un an et demi à compte d’auteur, au format bande et à soixante-six exemplaires, cette première démo des brésilien de NECROGOSTO est une petite merveille d’authenticité à elle seule. Entendons-nous bien sur le propos, les louanges énoncés en amont ne sont dus qu’à cette force de persuasion temporelle, et à ce mimétisme culturel, et non aux qualités intrinsèques d’un combo que rien ne vient différencier des plus modestes vociférateurs de l’histoire. Mais pour peu qu’on ferme les yeux sur les informations prodiguées par le label, on pourrait facilement croire que cette cassette a été à l’époque signée sous licence par Cogumelo Records, et rééditée en CD aux alentours de la fin des années 80. Et les quatre bestiaux se servant comme ils peuvent de leurs instruments ne cachent en rien cette fascination pour les exactions de leurs aînés, puisqu’ils en reconnaissent la paternité sur leurs pages officielles. C’est donc avec grand plaisir que nous acceptons d’être introduits (pas trop profondément quand même…) à Tom Nuctemeron Perpetual Disorder (basse), BB Crazy (batterie), Perversor of the Holy Order (guitare) et Bestial Goat of Abominations and Reverbered Chaos of Morbid Screams (chant, bravo), qui avec force grimaces et un corpsepaint à faire sortir Dead de sa tombe nous enthousiasment de leur Thrash blackisé ou de leur Black thrashisé (selon les options), le tout en cinq véritables morceaux et deux intermèdes ambiancés.

Je parlais de références et d’influences, les leurs sont une évidence. Elles sont écrites en lettres de sang virtuelles sur leur page Facebook, et les SARCOFAGO, BEHERIT, MYSTIFIER, BLASPHEMY, HELLHAMMER, HOLOCAUSTO, MUTILATOR, IMPALED NAZARENE, TERVEET KÄDET, DARKTHRONE, VULCANO, RAZOR, NECROBUTCHER, BLOOD, INSULTER, MAYHEM, SODOM, SLAYER, BRIGADA DO ÓDIO, SEXTRASH et autres défenseurs de la cause animale de se disputer le parrainage d’un groupe qui leur doit tout, et qui assume. Outre donc un son à faire vomir de tristesse nostalgique les frangins Cavalera et Tom Angelripper de SODOM, une jaquette à faire sourire toutes les imprimantes laser de la création, et des sobriquets à donner des couleurs vives au faciès de n’importe quel fondateur du mouvement Black norvégien, les compositions qui animent les vingt petites minutes de cette première démo, pour l’instant sans suite, sont aussi des indices patent de l’amour que portent ces brésiliens à la vague extrême nationale des années 80. Loin d’être de pauvres manchots incapables de jouer autre chose qu’une croche mal placée et sous accordée, nos amis de São Paulo sont de véritables esthètes du mimétisme, et reproduisent à l’identique tous les plâtres déjà essuyés par les formations précitées. Riffs qui empestent les linceuls moisis, rythmique primaire qui souvent dégénère et qui manque quelques temps, grosse basse ultra-distordue qui pue du cul, et évidemment, un chant satanique mixé en arrière-arrière plan, ressassant des histoires d’horreur à deux sous, pour le plus grand frisson des vieux matous que nous sommes au fond de nous. Un genre de messe noire casher qui utilise les bons candélabres, le même vieux bouc défrisé, et la même iconographie à base de vulgarité et de vierges dénudées, pour un sabbat qui embaume l’espace-temps de sa crédibilité. Mais alors, finalement, que penser d’une démo qui s’évertue sur tout son timing à recréer des ambiances largement éventées depuis l’invention du solfège et du progrès ? Telle est la question à laquelle vous devrez répondre pour juger de la pertinence du projet.

Le groupe n’ayant pour le moment produit que cette unique cassette, impossible de se baser sur une quelconque évolution pour émettre une opinion. Mais en se référant aux chansons proposées, inutile de cacher que le concept d’imitation, aussi peu progressiste soit-il, est jouissif, tant il nous replonge dans les affres de l’orgasme du tape-trading, et des découvertes de groupes tous plus méconnus et méchants les uns que les autres. Véritable bain de jouvence en forme de gimmick d’outrance, Necrogosto est justement un deal conclu con gusto, qui se savoure chaud, et un secret qu’on partage entre initiés. Une façon sympathique de rétrograder sans rétropédaler, et de retrouver des sensations cachées. De fait, on se cogne de savoir si le groupe va insister, persister, ou bifurquer, puisqu’en tant que telle, cette démo vaut son pesant de pourri. Et outre cette sortie sur Nuclear Now, la bande est aussi disponible en CD via les Resistencia Bestial, ABC Terror & Resistencia Underground, et en doublon tape chez les polonais de Chapel Records. Un conseil, achetez-là, et faites le test avec un ami dans la cinquantaine, qui a connu en temps et heure les gloires nationales. Observez sa réaction. Le jeu peut en valoir la chandelle.   

 

Titres de l’album :

                           1.Intro

                           2.Ritual of Decay

                           3.Crush Salomon's Temple

                           4.Blasphemous Upheaval

                           5.Rise of Succubus

                           6.Paths of Abomination

                           7.Outro

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par mortne2001 le 14/03/2019 à 17:11
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