Vous connaissez un peu le principe des mises en bouche, ces mignons petits toasts qu’on vous sert en ouverture d’un banquet ou d’une noce. On mélange les saveurs, sucré, salé, doux, corsé, light, épais, le but étant de picorer suffisamment de variétés différentes pour multiplier les sensations, tout en atteignant un doux état proche de la satiété sans se couper la faim. Autrement dit, bouffer comme un goret tout en gardant de la place dans l’estomac pour le reste du repas. Sauf que la plupart du temps, ça ne fonctionne pas, puisqu’on engloutit tout en picolant, et qu’on finit la panse prête à éclater alors même que l’entrée est encore dans les frigos de la cuisine. Mais c’est sympa comme tout ce concept d’offrir une diversité de saveurs…comme un carrousel de goûts qui dansent la gigue dans votre système digestif, vous faisant passer de la douceur du citron au corsé du canard poivré. Musicalement, le concept est déjà plus difficile à transposer, à moins de graver une compilation de vos morceaux préférés pour passer dans votre autoradio avant de partir en vacances. Peu sont les groupes capables de proposer une carte variée sans se perdre en route ou sonner comme un groupe de balloche qui ressert le songbook de ces trente dernières années histoire de faire danser les invités. Et le principe est encore plus difficile à traduire en termes de Hard-Rock, genre qui est peu amène de diversité dans l’unité. Généralement, quand on tient une idée ou un riff, on la tient jusqu’à la fin et on l’use jusqu’à la corde, sauf quand on s’appelle PRIMUS ou FAITH NO MORE. Ou I’LL BE DAMNED, la dernière sensation en vogue au Danemark, et bientôt dans le reste du monde.

Le nord, encore ? Non, le nord toujours, puisque cette fois-ci, nous tenons la perle de l’hétérogénéité absolue en la personne de cinq personnes, qui ont un jour décidé de jouer ce qui leur semblait bon, et rien d’autre. Un quintette à la folie douce (Stig Gamborg Hansen - chant, Boris Tandrup & Kristian Sloth - guitares, Mathias Pedersen Smidt - batterie et Jens Lunde - basse), déjà responsable l’année dernière d’un éponyme introductif qui avait laissé une grande partie du public sur son séant, alors qu’il devait le remuer céans. Le genre d’assemblée de barges notoires, instrumentistes fantasques et compositeurs fantastiques, bien décidés à explorer tous les sous-genres possibles pour créer le leur. Après découverte de l’œuvre en question, on pariait sur le coup, l’overnight sensation incapable de reproduire celui fourré du premier album déguisé en paquet cadeau bigarré. Sauf qu’on oubliait en route que les trublions en question avaient beaucoup trop de classe et de talent pour s’arrêter là. Et que de fait, Road to Disorder serait une tarte encore plus puissante dans la tronche, enrobée dans un maximum de chantilly. Alors, voilà, voilà, il est là le temps des postulats, alors postulons, et postillonnons pour crier à la planète cette bonne nouvelle en forme de fausse surprise. Ce second album des I’LL BE DAMNED est une pure tuerie, de celles qui honorent une décennie en une ou deux occurrences. Et en plus, ils l’ont fait exprès, puisque les deux tueries leur sont imputables à ces increvables. Une réputation live au-dessus de tout soupçon ? Tu m’étonnes, mais qui pourrait imaginer le combo autrement qu’épileptique et euphorique sur scène avec un répertoire pareil. Mais quel répertoire ? Attendez un peu.

On ne commence pas une suite à un point de départ avec un morceau de la trempe de « Stephen Hawking Talking » lorsqu’on hésite à rentrer dans le lard, et pas dans les rangs. On ne singe pas l’attitude Punk de la scène nordique en lâchant un brulot que les HELLACOPTERS auraient pu pondre dans une crise d’hystérie sans une solide connaissance de la culture locale. Et le burner de cramer les nappes et les oreilles de son énergie folle, avant que le chaland lambda ne se dise qu’il est encore tombé sur un groupe de Hard high on energy, sans autre argument que sa propre folie. Sauf que le pauvre néophyte perdu dans ses certitudes devra les revoir en tombant tout sauf par hasard sur « The Entire Universe », pamphlet pur Stoner/Sludge/Doom, que les QOTSA, BLACK SABBATH et MASTODON auraient pu se partager à l’occasion d’un banquet. Et le pauvre se sentira encore plus paumé lorsque ses oreilles seront atteintes du priapisme de « You Are The Young », hymne parmi les hymnes, plus Punk Pop que les semelles de Jack White, et plus direct qu’une drague lourdingue dans un bar.  De là, il se demandera vraiment où il est tombé, et s’il n’a pas mis les pieds dans une centrifugeuse destinée à lui faire perdre ses repères. Mais pas le Nord. Parce que le Nord finit toujours par gagner, quoiqu’en dise le Sud. Mélanger les frangins Young, KIX, les AIRBOURNE, mais aussi la scène Néo-Punk suédoise, pour trois minutes et trente-trois secondes de tornade Rock qui sue et sans puer, c’est un tour de force que seuls les danois pouvaient tenter. Et ça continue comme ça, pendant presque cinquante minutes. Une alternance de courts moments de tuerie et de longs segments d’infamie. On passe du coq MOTORHEAD à l’âne KYUSS sans transition, mais avec cohésion. Et la recette de la salsa n’est pas prête d’être révélée, croyez-moi. Peut-être une simple créativité débridée, ce qui est encore le plus logique.

Sinon, comment expliquer la boucherie « Pigburner », avec ses cris porcins et son ambiance méchamment Death sans vraiment en être ? Un machin un peu sombre, avec une basse énorme à la FETISH 69, des lignes de chant qui se superposent sur une sorte de Proto-Doom-Death que Mike Patton validerait de suite après avoir serré la main des musiciens ? Impossible de trouver autre justification, en tout cas, j’ai abandonné. J’ai choisi de suivre leur route sans me poser de question même si elle me mène à la destruction. Celle d’un monde qui ne supporte plus son propre poids, et encore moins celui de ses pêchés. Mais les I’LL BE DAMNED sont de toute façon damnés alors, ils s’en cognent, tout ce qu’ils veulent, c’est faire la fête une dernière fois, coincés entre Andrew W.K et Josh Homme, dans une ambiance Bluesy de l’enfer (« Luck Could Change »), ou pliés de rire des facéties de Nicke Andersson qui leur explique par A + B que le Rock finalement, c’est juste une affaire d’épaisseur et de hurlements de faucheur (« Flag Follows The Money »). Et entre des boogies sensuels marqués au fer rouge (« Keep Warm Burn The Rich ») et des balancements aussi Heavy qu’ils ne sont crazy (« Just Ain’t Right »), l’Armageddon semble plus proche que jamais, et prend la forme d’une catastrophe musico-écologique de premier plan, à faire passer les pires prédictions de 2012 pour de gentilles galéjades maya du dimanche après-midi. Ampleur des guitares, mélodie des refrains, interprétation hors-pair, production soignée mais bien compacte, tout pour célébrer notre dernier jour dans un ultime élan d’optimisme un peu béat.

Concrètement, et parce que les formules toutes faites ne suffisent pas à expliquer le succès mérité d’un disque, admettons que les I’LL BE DAMNED ont réutilisé toutes les recettes de leur premier album, en les poussant à un paroxysme de déconstruction et d’exagération. Certes, et en étant objectif, ça s’essouffle un peu au deux-tiers du métrage, mais heureusement, la longue outro « Arrow Of Time (Road To Disorder) » remet les pendules à l’heure, celle de l’atmosphère un peu glauque, et nous délivre un message progressif et bluesy qui n’a qu’un seul sens valable. Le temps file, à toute vitesse, et inutile de vous prendre la tête. Vous n’en sortirez pas vivant. Alors, plutôt que de vous morfondre, remettez l’album au début, recommencez l’expérience, en mélangeant les morceaux pour rendre l’expérience plus furieuse qu’un coup de shaker. Et Road to Disorder de devenir moins cryptique qu’au départ, dans son déroulé de faits qu’on énumère comme on essaie de compter ces satanés petits fours qu’on a déjà avalés. Mais après tout, pourquoi compter quand on aime ?    

      

Titres de l'album :

                            01. Stephen Hawking Talking

                            02. The Entire Universe

                            03. You Are The Young

                            04. Pigburner (Feat. Baest)

                            05. Luck Could Change

                            06. Flag Follows The Money

                            07. Keep Warm Burn The Rich

                            08. Just Ain’t Right

                            09. A Hanging Job

                            10. Arrow Of Time (Road To Disorder)

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par mortne2001 le 17/09/2018 à 16:41
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Ravi de lire un report sur Aura Noir


J'ai jamais vraiment écouté Cancer, pourtant je fais partie de cette génération des 90's qui a découvert( le death metal avec ces sorties majeures. Très efficace ce titre , va falloir que je rattrape quelques lacunes.


commandé


Le metal selon les Grammys... Vaste blague.


Candlemass c'est pourris depuis la première séparation des années 90...Avant c'était génial et sombre.


Rien d'autre a faire que d'aller au Botswana ?


Donc Ici on ne peut pas être anti-fa, et vegan sans être aussi une cible...


Les antifas sont effectivement aussi fascistes que ceux qu'ils dénoncent. Pitoyable histoire...


Si Jeff est aussi insipide dans MDB qu'il ne le fut dans Paradise Lost, ça promet de sombres catastrophes. Je me souviens encore de la manière dont il détruisait "As I die" sur scène...


Très très curieux d'entendre ça, surtout avec le retour de Langqvist.


Faut voir le résultat, je suis très méfiant avec CANDLEMASS qui n'a rien proposé de bandant depuis fort longtemps ! Mais sur le papier... oui c'est la classe ultime !


C'est exactement ce que je me disais... La classe !


"Mais aussi que Toni Iommi (ex-BLACK SABBATH) apparaissait sur le titre "Astorolus - The Great Octopus" le temps d'un solo".
Si ça c'est pas la grande classe... ... ...


Malheureusement même "critique" que la dernière fois Mold_Putrefaction...
Quoi qu'il en soit merci pour tout ce temps pris.


Ecoutez Chiens, ce groupe est vraiment excellent dans le grindcore, il en vaut vraiment la peine !


De toute façon, les "antifas" sont des "fascistes", y a pas vraiment besoin d'aller plus loin... bon courage à UADA !