OK, si j’ai bien pigé, Göteborg est devenu le Los Angeles des années 2010 ? Non parce que la production locale atteint des proportions dantesques, un peu l’équivalent de la Californie des années 87/89, avec chaque semaine son lot de groupes sortis de nulle part, qui en un seul album se posent en référence…Je ne vais pas m’amuser à compter le nombre de combos suédois étant devenus des équivalents de leurs homologues américains des années 80, et de toutes façons, le compte serait loin d’être bon. Mais il est par contre certain que le bouillonnement créatif californien d’il y a trente ans a trouvé un sérieux écho dans l’histoire musicale, et ça n’est pas le second LP des AERODYNE qui viendra contredire cet état de fait. Fondé à la fin du printemps 2016, ce combo haut en couleurs a d’abord dispensé son savoir-faire électrique au travers d’un EP, avant l’année suivante de nous gratifier d’un premier longue-durée, Breaking Free, sponsorisé par les transalpins de Street Symphony. Ayant épuisé leur stock de cinq-cents copies en trois semaines, et après avoir entrepris une tournée en Italie, AERODYNE s’est donc forgé une enviable réputation, avant de se remettre au travail le plus rapidement possible pour capitaliser sur cette réussite, et c’est donc deux ans plus tard qu’ils nous en reviennent avec Damnation, cette fois-ci confié aux bons soins de Rock Of Angels Records, label grec qui a toutes les raisons de se frotter les mains sur le contrat, puisque les suédois sont passés à la vitesse supérieure, avec la ferme intention de graver pour la postérité une bonne dizaine d’hymnes à reprendre en chœur. Poussant la recette plurielle qui les avait immergés dans la lumière, les musiciens ont donc peaufiné leur son et leurs compositions, pour délivrer un message de Hard Rock très clair : les suédois sont les meilleurs et il va falloir vous y faire.

Et c’est vrai que ces satanés scandinaves ne ralentissent pas la cadence, bien au contraire. Rois de la vague nostalgique qui inonde l’Europe depuis plus d’une décennie, ils parviennent toujours à trouver un angle d’approche différent de leurs confrères, allégeant la puissance d’une touche de synthétisme New-Wave et Synth-Pop, ou au contraire, durcissant le ton pour se rapprocher d’un Power Metal light, mais convaincant. C’est cette deuxième optique qui avait révélé les AERODYNE au monde entier, eux qui s’amusent beaucoup de cet entre-deux qui se voit toutefois plus nuancé sur ce second LP. En effet, le quintet (Marcus Heinonen - chant, Johan Bergman & Daniel Almqvist - guitares/chœurs, Thomas Berggren - basse/chœurs, Christoffer Almqvist - batterie/chœurs) a semble-t-il adouci légèrement sa musique à quelques exception près, et nous présente un cocktail chargé, mélange entre la gouaille du Glam et la franchise virile du Hard Rock, pour un mélange d’influences assez intéressant dans les faits. Oscillant constamment entre la légèreté d’un Rock durci et l’emphase d’un Heavy couillu, les originaires de Göteborg ont gagné en efficacité ce qu’ils ont perdu en fraîcheur, mais impossible de ne pas craquer pour cette nouvelle bordée d’hymnes à rendre les BLACKRAIN et THE LOCAL BAND fous de jalousie. La voix de Marcus Heinonen s’est voulue plus Sleaze, avec ces intonations aigues si caractéristiques qui enjolivent des structures instrumentales plus classiques, mais toujours aussi percutantes. Nous en avons la démonstration la plus probante dès « Out For Blood », le véritable coup de semonce de l’album, qui de son tempo Speed et de son riff rageur met la pression dès les premières secondes. Le quintet n’a pas voulu jouer la surprise, et cavale dès le coup de pistolet sur un rythme Hard Rock up tempo, direct, sans fioritures, mais avec toujours cette science exacte du couplet qui tue et du refrain qui sue. De son côté, « Kick It Down » en immédiate suite joue la mutation MOTORHEAD/VAN HALEN, avec cette vitesse expurgée de toute démonstration trop virile, pour garder cette posture adolescente si particulière. On pense au VULCAIN le plus joyeux, mais on headbangue au son de cette provocation au ton soyeux, avec l’assurance que ce second album sera au moins aussi bon que le premier.

Aussi bon, voire meilleur. Car les erreurs de jeunesse ont été gommées au professionnalisme exacerbé, et même les inserts les plus pesants bénéficient toujours d’un surplus d’allant. Ainsi le riff de l’empesé « March Davai » rappelle le meilleur de la vague Glam coupante de la fin des années 80, tandis que « Murder In The Rye » se fait plaisir en citant le premier SKIDROW dans le texte, citation replacée dans un contexte de NWOBHM très prononcé, ce qui a le don d’offrir un trait d’union entre les époques. Carrés, en place, les suédois font feu de tout bois, osant même le riff saccadé à la SAXON/MAIDEN pour célébrer l’hédonisme suédois de la nouvelle génération, se plaçant aux côtés du JUDAS PRIEST le plus aiguisé pour mieux le provoquer d’un brin de folie anglais à la WRATHCHILD. Et sans vouloir vous influencer, c’est sans conteste « Damnation », le title-track qui offre le premier pic de créativité de cet album éponyme, avec son intro à la « Hells Bells » et son ambiance AC/DC garantie puriste en crise d’admiration. Cavalant comme des dératés, prenant position dans les tranchées, assurant la fête sans se faire marcher sur les pieds, les AERODYNE se posent en maîtres de cérémonie absolus, capables dans tous les secteurs de jeu, et plus profonds qu’il n’y parait. La fin de l’album nous réserve d’ailleurs de belles surprises, avec les morceaux les plus développés, malgré un lapidaire « Kill Or Be Killed » qui fait monter la température Speed au-delà du raisonnable. On aime cette énergie qui ne se dément pas mais qui n’est pas un but en soi, et cette foi en une musique formelle transcendée par une implication de rebelles. Avec quelques tierces qui traînent de ci et de là, des mid tempo appuyés qui rejoignent le point de vue passéiste mais pas triste, un « The Nihilist » qui croit nous tromper de son titre mais qui affiche ses convictions comme un étendard, Damnation est un condensé de rage juvénile mise en musique, et le meilleur moyen de résumer la scène suédoise dans sa globalité.

Métonymie ? C’est une possibilité, puisque le final « Love, Eternal » élargit encore les horizons, citant le LIZZY, mais aussi MAIDEN, pour un épilogue aussi agressif que bon enfant, et une salve de chœurs travaillés dans la grande tradition Hard mélodique/Sleaze léger. Sans rien révolutionner, les AERODYNE aiment bousculer sans blesser, et remettre en question la hiérarchie suédoise. Des leaders de demain ? Je n’en sais rien, mais des héros d’aujourd’hui en tout cas.  

   

Titres de l’album :

                          1. Hellsiah

                          2. Out For Blood

                          3. Kick It Down

                          4. March Davai

                          5. Murder In The Rye

                          6. Under The Black Veil

                          7. Damnation

                          8. Kill Or Be Killed

                          9. The Nihilist

                          10. Love, Eternal

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par mortne2001 le 19/01/2020 à 18:04
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