En clair, combien de fois vous a-t-on fait le coup du groupe haut en couleurs, provocateur mais gentiment hâbleur, misant presque tout sur l'outrance de son look et pas grand-chose sur la qualité de sa musique ? Trop souvent pour se souvenir de tous les exemples, et autant dire que la plupart du temps, ces « artistes » n'en sont que de nom, et ressemblent plutôt à des VRP du mauvais goût, ou à des vendeurs à la criée affirmant que leur poisson, aux teintes verdâtres est pourtant plus frais que celui de leur voisin. Je n'ai foncièrement pas grand-chose à reprocher à ces clowns qui parfois savent se montrer drôles, mais à une seule condition. Que leurs ambitions artistiques et musicales soient plus ou moins à la hauteur de leur sens du visuel. Sinon, c'est la catastrophe, d'une ampleur digne de Vianney se travestissant en David Bowie pour reprendre « Life On Mars » sur le plateau de Patrick Sebastien. Alors, la fiesta, oui, mais le pouet-pouet et la pantalonnade cheap, non. Heureusement pour nous, le concept CROSSON n'appartient pas à cette catégorie, mais bien à l'autre, celle des amuseurs publics qui n'en ont pas pour autant oublié de composer un véritable répertoire, solide mais fun, et à la croisée des chemins temporels. Fondé par le très fardé Jason Crosson du côté de Sydney, CROSSON, le groupe, se veut hommage aux party-bands qui depuis les années 70 nous enchantent de leur esprit bon enfant et de leurs hymnes teenage débordant de gaieté et de joie. On connaît le truc depuis la nuit des temps, un look qui en jette, une chevelure bouffonnée par une tonne de laque généreusement appliquée, mais surtout, un sens du spectacle bien aiguisé, et une certaine générosité dans les refrains, histoire de faire se lever les mains. C'est d'usage, éprouvé, mais lorsque ça fonctionne, c'est à peu près aussi jouissif que David Johansen reprenant « La Vie en Rose » déguisé en Grace Jones. Et pour être totalement honnête, même si la musique des australiens du jour n'est pas exempte de défauts et d’approximations, son pouvoir de séduction est suffisamment élevé pour vous contaminer et vous donner envie de pousser les meubles pour vous éclater.

Si l'on en croit la presse, toujours prompte à dégainer les punchlines pour attirer l'attention, CROSSON serait un mix osé entre le classicisme de MÖTLEY CRÜE, la tradition de KISS, l'esprit potache mais harmonique de THE DARKNESS, et les blagues salaces de STEEL PANTHER, tout du moins d'un point de vue musical. L'analogie n'est pas dénuée de sens, même si les deux premières références servent plus de caution historique que d'influences symptomatiques. Il est certain que ce groupe qui semble plus destiné à véhiculer l'image festive de son leader se rapproche plus des pleasure-bands les plus contemporains, même si l'ombre des SWEET et de SLADE plane parfois au-dessus de ses hymnes pour adolescents turgescents. Les australiens nous avaient donc quittés en 2016, nous laissant du temps pour digérer leur effort précédent, Spreading The Rock ‘N’ Roll Disease, qui avait suffisamment attiré l'attention pour qu'on se sente motivé à suivre la suite des aventures. Et cette suite se présente donc sous la forme d'un nouvel LP, cet Invincible au titre gentiment évocateur, dont l'ambition est de mettre le monde de la fête Glam à genoux en lui dispensant quelques cours de Hard Rock exubérant et de Sleaze dégoulinant. De ce point de vue-là, la tâche est remplie avec brio, puisque les dix nouveaux morceaux de cette bande chamarrée font admirablement bien le job. On y retrouve tout ce qui a fait le succès précédent du concept, des riffs marqués du sceau Glam N'Hard, des mélodies prononcées et surtout des refrains martelés, histoire de bien faire passer le message. Mais tout cela tient il debout au final ? Oui, parce que le groupe lui-même y croit, et parce que les chansons en question tiennent méchamment bien la route, et n'ont pas besoin de comparaison pour vous contaminer à la maison. Certes, on est plus proche de l'esprit paillard'n'roll que du panard en Rolls, mais la bonne humeur affichée et l'absence totale de complexes permettent de nous fédérer, même si quelques petits défauts empêchent encore de suivre aveuglément. Le principal grief qui reste en suspens concerne la voix de Jason, encore un peu light pour vraiment transcender, et un peu trop fluctuante pour persuader. Mais heureusement l'homme doit être conscient de ses faiblesses, et laisse souvent des chœurs détonnant le soutenir en arrière-plan, ce qui permet de fermer les oreilles sur les approximations de tonalité...

Niveau production, le boulot est évidemment béton, puisque assuré par une paire de cadors à qui on ne saurait dire non. Mixé par le légendaire Duane Baron (Ozzy OSBOURNE, MÖTLEY CRÜE, Alice COOPER), et masterisé par la légende US Dave Donnelly (AEROSMITH, KISS, WHITESNAKE), Invincible a bien sûr fière allure et se montre gonflé aux entournures, garantissant un confort d'écoute maximal. Mais une production béton ne serait rien sans une grosse palanquée de hits carton, et sous ce point de vue, le contrat est rempli haut la mèche. Morceaux pétaradant adaptés à une pochette à la discrétion maison (c'est à dire aucune), répondant à des principes de construction d'une simplicité désarmante, entre hymnes Rock et débauche N'Roll, pour une party all night long qui ne lésine ni sur les cotillons ni sur l'alcool de saison. S'il est certain que l'accolade STEEL PANTHER est manifeste, on retrouve aussi dans cette musique des réminiscences de la scène Glam du Royaume-Uni, avec des traces patentes de TIGERTAILZ et des WRATHCHILD, dans une version moins âpre, spécialement lorsque la folie générale louche plus vers l'Europe que les Etats-Unis (« Back To Hell »). Rentre-dedans autant que séduisant, ce nouvel album ose même le petit jeu de l'émotion entre les câlins polissons, via un duo moyennement savoureux entre Jason et la belle Jessica WOLFF. « Unconditional Love », le morceau en question est d'ailleurs l'un des plus légers de l'ensemble, la voix un peu flottante de Jason ayant du mal à s'accommoder aux arrangements un peu préfabriqués et à la mélodie assez stéréotypée. Le son de clavier n'étant pas non plus des plus solides, tout ça sent un peu le mièvre réchauffé, et a tendance à handicaper le projet. Heureusement pour nous, il n'est qu'une anecdote vite oubliée dans un océan de Glam déculotté, et entre la déclaration d'intention initiale « Rock Warrior », échevelée et décoiffée, et l'allégeance à la scène FM des années 80 via une déviation du KISS le plus légendaire (« Never Give Up »), le tableau est complet, et la soirée emballée. On ne perd pas de temps en considérations inutiles, et on cherche toujours le plan qui frime, titillant les POISON (« Hero ») pour mieux provoquer les DANGER DANGER (« Broken »), le tout dans une ambiance gentiment débraillée.

Invincible n'est peut-être pas l'album le plus emblématique d'un genre qui ne supporte pas la modération, mais il y apporte une solide contribution. En osant parfois des références culottées aux SISTERS OF MERCY, qui se retrouvent entraînés de force dans un concert Sleaze improvisé, les CROSSON continuent sur leur lancée sans lasser, mais sans non plus nous séduire sans retenue. Une formule qui aura du mal à résister au temps, si l'auteur/concepteur ne varie pas un peu plus ses penchants.


Titres de l'album:

  1. Rock Warriors
  2. Never Give Up
  3. Success Needs No Apologies
  4. Hero
  5. Unconditional Love (feat. Jessica Wolff)
  6. Broken
  7. Invincible
  8. Rebel Train
  9. Livin' The Life
  10. Back To Hell

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par mortne2001 le 13/05/2018 à 14:22
77 %    175

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Juste
@193.239.220.249
14/05/2018 à 10:15:53
Atroce...

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