J’en suis conscient, il y a des années qu’on vous bassine avec le Post Metal, au point que vous commencez certainement à en avoir un peu marre sur les bords. Mais que voulez-vous, c’est un signe des temps, et si les 90’s furent placées sous l’égide chaotique du Néo Metal, censé renouveler le genre, le nouveau millénaire lui va encore plus loin, et se propose donc d’aller au-delà du Metal et du Rock, voir ce qu’il en reste dans une dimension parallèle. De là, le débat tient la route. Fumisterie, habillage malhabile d’errances musicales lénifiantes de redondance, ou réelle exploration d’un genre qui finalement, n’a qu’une seule contrainte, celle de n’en supporter aucune. Difficile donc de poser des jalons et des barrières, puisque les groupes prennent un malin plaisir à les faire tomber, tout en s’enfermant parfois dans un carcan très réducteur, les condamnant à se répéter sans cesse, ou au contraire à prendre leurs distances avec l’agressivité, pour tenter de se démarquer. Et comme existent les bons et les mauvais chasseurs, il y a de bons et de mauvais post-metalleux, ceux qui confondent inspiration fade et créativité totale, dans un élan de lyrisme fatiguant et des abus de digressions stériles. Doit-on pour autant abandonner la lutte et cesser là toute recherche, au risque de passer à côté de moments de musique fabuleux, comme ceux que proposent les hongrois de PERIHELION ? Non, il convient d’être patient, et de faire le tri, même si ça demande des efforts, qui finalement, en valent largement la peine. La preuve, ce troisième longue durée (ce qui reste à prouver, au vu de la diversité de leur production qui parfois échappe aux restrictions du nom), Orveny, toujours chanté dans une langue natale qui ma foi, s’accorde fort bien aux pérégrinations de ces musiciens aussi ouverts qu’intègres.

Pas question pour eux de se contredire en reniant leur passé. Ce nouveau LP reste dans la plus parfaite continuité de leur travail, suivant les traces encore fraîches de Zeng, publié il y a déjà deux ans. La scène hongroise ayant cette discrétion centre-européenne qui la caractérise, autant profiter des rares effluves musicales qui en traversent les frontières, nous caressant les oreilles de ses mélodies éthérées, et de son onirisme de surface. C’est assurément ce qu’ont dû se dire les responsables de notre label national Apathia Records, en produisant et distribuant via Season of Mist ce splendide digipack s’ouvrant en trois volets, et renfermant une musique limpide et intrépide, à cent lieues des habituelles divagations balbutiantes de pseudo héros écorchés vifs se réfugiant dans l’ombre de l’inspiration. Ici, le Rock n’est pas qu’un simple prétexte de départ, il existe, il respire, vit, se meut, et ne ploie pas sous les couches d’arpèges et d’harmonies torturées qui d’ordinaire polluent les mesures des albums les plus condescendants. En choisissant le juste milieu entre Metal et Rock, les hongrois s’offrent encore une fluidité et une amplitude non négligeables, qui les rapprochent tout autant des deux références majeures citées par leur maison de disques, ALCEST et SIGUR ROS. Sans avoir le sens de la mystique des premiers, ni le culot de construction des seconds, le quartette (Gyula Vasvári – guitare/chant, Barna Katonka – batterie, Balázs Hubicska – guitare et Várkoly Tamás – basse) suit des pistes intéressantes pour nous convier à un voyage intérieur, qui nous apaise autant qu’il nous dynamise, de ses accents divers et versatiles, qui pourtant forment une symphonie en hommage à une liberté qui ne refuse pas les responsabilités. Et celle de faire plaisir à un public exigent n’est pas la moindre d’entre elles…

Inutile donc de vous attendre à une énième variation sur le thème du psychédélisme en son clair, bien que de temps à autres, les PERIHELION cèdent à la tentation, tout en y apportant leur talent. Mais dès l’intro « Kihalt Egi Folyosok », le ton est donné, et il est différent. Feedback incongru, percussions en renfort, up tempo trompe la mort, pour un morceau qui refuse le renoncement en délivrant un groove contagieux qui évoque une rencontre improbable entre les R.E.M. et SIGUR ROS, un soir d’Eurovision un peu plus festif que la moyenne. Riff direct mais puissant, guitare en carillon qui sonne subtilement les vêpres, mélodies cycliques qui ne tournent pourtant pas en rond, basse qui fait des bonds, et ambiance positive pour une prise de contact sympathique, mais ambitieuse. Tels sont donc les auspices d’un troisième album qui rentre dans le vif du sujet sans attendre, et qui place la barre à son niveau, contournant le problème d’une introduction toujours difficile à négocier sans trop en révéler. Outre le travail en commun de Gyula et Balázs, qui se complètent à merveille dans des registres différent, c’est l’osmose parfaite d’une section rythmique que l’on remarque dans l’instant, section qui ose briser le moule pour se fixer sur un Rock pas si déstructuré que ça, et surtout, diablement entraînant. Un bon point, qui se confirme au fil des minutes qui s’égrènent, et qui finit par se transformer en belle image gagnée au mérite.

Sans tomber dans le dithyrambe excessif et trop détaillé, en disséquant les morceaux linéairement, je peux quand même affirmer que les hongrois s’en sortent plus que bien dans tous les secteurs de jeu. Et si « Bolyongo » confirme à peu de choses près le constat dressé en amont, tout en préférant développer un instrumental plus aplani, c’est véritablement le choc « Orveny » qui créé la surprise en accolant le meilleur des mondes, toujours sur la lisère d’un Post Metal/Rock, qui se révèle dans toute sa richesse. En un peu plus de six minutes, les quatre instrumentistes se paient le luxe d’évoquer TOOL, DREAM THEATER, RUSH, THE OCEAN, SHIHAD, les AFGHAN WHIGS, mais aussi AGALLOCH, dans une combinaison de plans défiant la gravité de sa légèreté d’assemblage. Si l’humeur semble au prime abord maussade et ombrageuse, la bande sonore s’articule autour d’un crescendo incroyablement bien amené, qui finit même par titiller la fierté des NEUROSIS, qui auraient à n’en point douter goûté à cette soudaine charge monolithique de riffs en compression. Il est certain que sa suite immédiate « Rokomon » joue plus ou moins le même jeu, assez dangereux d’ailleurs, en reprenant à son compte ce rythme presque Power-Pop qui accepte très bien des guitares en couches de notes éparses et d’arrangements spatiaux pertinents. La production, excellente, permet d’apprécier tous les détails parsemés par les hongrois, qui pourtant n’en rajoutent pas niveau enrobage, histoire de laisser la musique parler d’elle-même. Le fantôme de SIGUR ROS plane bas au-dessous des nuages, même s’il faut y voir une inspiration inconsciente plus qu’un hommage, et le travail vocal, presque lyrique mais pudique apporte une énorme plus-value…   

Certes, et j’en conviens, parfois, les ficelles s’usent d’être un peu trop tirées, mais avec une durée plus que raisonnable d’une grosse demi-heure, Orveny évite le gouffre de la redite, et s’en sort avec les honneurs. D’ailleurs, il pourrait les partager avec la scène Post/Cold Wave des années 80, dont il emprunte certains accents sur le final « Bardo », qui réconcilie les CURE, WIRE et JOY DIVISION, en les invitant aux agapes de SOLSTAFIR. Basse claquante, toms qui percutent, voix qui se perd dans les cris, pour une ultime symphonie qui nous laisse sur une impression d’infini, à leur portée. Largement. Sans bousculer les codes du genre, les PERIHELION proposent une version très personnelle d’un Post aussi Rock qu’il n’est harmonieux, et aussi Metal qu’il n’est progressivement délicieux. Un trip pas forcément ultime, mais qui nous permet d’échapper à la réalité critique d’un style à l’agonie, qui peine à se renouveler.


Titres de l'album:

  1. Bolyongó
  2. Fényt!
  3. Örvény
  4. Romokon
  5. Ébredő Táj

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 24/11/2017 à 14:49
78 %    313

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Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


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