Attention, ceci n’est pas une chronique, c’est une déclaration d’amour adressée à l’un des groupes qui a bercé mon adolescence de son audace et de son talent. Mais veuillez pardonner à l’auteur de ces lignes de s’éloigner d’une quelconque éthique qu’il respectera quand même, au regard d’une passion fondée et tout à fait justifiée. Il en va des sentiments comme des souvenirs, certains restent enfouis dans le subconscient, prêts à ressurgir au moindre stimulus, alors que d’autres sont constamment présents, faisant partie d’un quotidien lié au passé, qui trouve résurgence à la moindre occasion. Et si je n’ai jamais pu oublier le choc énorme que fut la découverte du monumental et inimitable Dimension Hatross de VOÏVOD, c’est tout simplement parce que la marge de progression affichée par le groupe à cette époque semblait si énorme que même leur univers ne semblait pouvoir en définir les limites. On parle souvent d’ailleurs des canadiens avec le respect presque pédant réservé aux artistes maudits, qui n’ont jamais gagné la reconnaissance qu’ils méritaient, sans aller jusqu’à parler d’un succès musical promis aux artistes de masse. Trente ans en arrière, ce disque faisant suite à trois longue-durée aussi bruts que francs avait des allures de chef d’œuvre improbable, s’adressant plus aux fans du FLOYD époque Syd Barrett, de CAN, de KRAFTWERK et des PUBLIC IMAGE LIMITED qu’aux maniaques d’un Thrash efficace et cru, certainement aussi déçus de cette orientation psyché que des délires baroques de Thomas Gabriel Warrior sur Into The Pandemonium. Et au-delà de la percussion énorme aux répercussions gigantesques, c’est surtout la suite des évènements qui nous laissa sur le carreau. Car entre un Nothingface qui officialisait justement cette fascination pour Barrett avec sa reprise de « Astonomy Domine », et un Angel Rat jouant les rongeurs de l’os Rock jusqu’à la lie LSD des années Haight-Ashbury, le doute n’était plus permis. VOÏVOD était le groupe majeur des allumés les plus pointilleux de notre génération, comme Zappa le fut avec les anti-babas, ou MAGMA avec les enchainés de la cause arty moderne.

Depuis, le parcours, faute d’être impeccable, fut remarquable d’intégrité. Entre un aparté Eric Forrest bien décidé à revenir brûler les terres Thrash jusqu’au bout du staccato, et des relances diverses aux guests intéressants, dont un featuring de luxe de Jason Newsted, les albums s’alignaient, sans vraiment faire exploser l’étincelle, mais en conservant la flamme à l’abri du souffle de l’oubli. Mais les héros, les vrais, même dans l’ombre ne rendent jamais les armes, et ne sont jamais aussi forts que lorsque la situation l’impose, et face à une production discographique toujours plus stérile de ne pas oser s’aventurer en dehors des terrains balisés de la nostalgie ou de l’ubertechnique, les quatre cavaliers du froid de l’espace ont donc décidé de faire les choses en grand, et sauver l’humanité des affres d’une prévisibilité insupportable, et d’une routine ne l’étant pas moins. Mais soyons franc, et en dehors d’un cercle très restreint de fans fidèles à la foi indéfectible, combien étions-nous à croire que VOÏVOD était encore capable de se montrer aussi aventureux que par le passé glorieux, et de sortir un album apte à faire passer le reste de sa discographie pour une simple mise en jambes sans prétention ? Peu. Très peu. Car aussi sympathiques furent Katorz, Infini, ou Target Earth, ils restaient encore au milieu d’une échelle dont les premiers échelons semblaient trop haut eut égard aux efforts à fournir. Sauf que comme son titre l’indique, The Wake est un réveil. Et plus qu’un réveil, c’est une renaissance d’un phœnix aux ailes brûlées, mais toujours capables d’envoler ce corps au-delà de la concurrence. Mais le pire, c’est que ce clin d’œil stellaire reste d’une humilité exemplaire. Car encore une fois, VOÏVOD est très éloigné de toute fanfaronnade. The Wake n’oppose pas aux suiveurs éventuels une fin de non-recevoir de flagorneurs, mais semble leur dire « Ne nous imitez pas. Non que nous sommes les meilleurs, mais nous sommes juste différents ». Et la différence est en effet énorme.

Admettons que Daniel Mongrain n’ait pas fait exprès. Qu’il ait composé la musique sans arrière-pensée, désirant simplement sortir de sa guitare et de son esprit les sons les plus homogènes mais inhabituels possibles. Tentons de nous persuader qu’il a mélangé des ingrédients jazzy, industriel, Thrash et psychédélique par besoin, et par essence, et non par persuasion. Son travail est de fait admirable, tant il a phagocyté les aspects les plus personnels du jeu du regretté Denis D'Amour, tout en gardant cette approche personnelle qui le transforme en éponge créative qui absorbe tous les vecteurs du jeu parfait d’un guitariste atypique. Admettons maintenant le cas de figure inverse, que « Chewy » ait raisonné avec le passé en tête, et les réussites en ligne de mire. Son boulot n’en est que plus pertinent, tant ses riffs, ses soli, ses arpèges semblent piocher allègrement dans la carrière de son groupe d’adoption, sans jamais verser dans la redite. Car les morceaux composés pour ce nouvel album relèvent la double gageure d’être essentiels et originaux par eux-mêmes, mais aussi ancrés dans un conscient collectif que nul ne peut occulter. Il n’est pas difficile en effet de relier l’entame « Obsolete Beings » à une référence plus qu’appuyée à « Experiment » qui ouvrait le bal prophétique de Dimension Hätross. Même déroulé soft en progression de stridences, même mélodie triturée pour ne pas sonner comme une mélodie, même chant sournois et goguenard de Snake…Snake, qui depuis 1982 aura malmené ses cordes vocales pour leur faire épouser les rimes intersidérales de son complice Away, toujours aux commandes graphiques et aux scenarii dystopiens. Snake qui chante comme jamais, et qui tutoie les sommets de John Lydon, de Dave Brock et de Cronos, modulant son inspiration au gré des pérégrinations de sa créature diabolique, et qui se veut acteur de l’impossible sur un script à tiroirs comme « The End Of Dormancy », ce que le groupe a probablement écrit de plus poussé à ce jour.

Pourtant, chaque morceau de cet énième roman sci-fi est un chapitre essentiel d’une saga qui laisse à rêver bien des ensembles beaucoup plus honorés, mais beaucoup moins inspirés. Ecoutez donc pour vous en convaincre la basse à la Paul Raven de « Orb Confusion » traquer le tempo Rock, le débusquer pour le transformer en espèce d’hybride Proto-Punk à la souplesse aussi raide qu’un tube de KILLING JOKE en pleine descente de speed Post-Wave. C’est exemplaire, et nous aide à comprendre pourquoi l’écoute de VOÏVOD peut à loisir rappeler au bon souvenir de PRONG, des DEATHSPELL OMEGA, de SPINA et autres MASTODON. Parce que tous ces groupes, et bien d’autres, sans vraiment l’avouer ont un jour été influencés par des canadiens en dehors de toute catégorisation. Pourtant, sur The Wake, la facilité a été remisée au placard au profit de l’innovation, de la prise de risques, du retour en arrière pour célébrer le futur, et impossible de ne pas s’en rendre compte lorsque « Iconspiracy » cite dans le texte les restes de « Macrosolutions to Megaproblems » tout en explosant la nostalgie d’une touche de brutalité que Phobos ou Killing Technology avaient prônée en leur temps. Mais loin de se contenter d’inserts destinés à un public d’initiés, le quatuor ose le break opératique, dans une tentative désespérée d’échapper à l’enclave historique, et signe l’un des morceaux les plus troublants de sa carrière, laissant libre champ à ce fantasque guitariste de signer l’une des interventions en solitaire les plus Metal de la carrière des autres. Mais ne sont-ils pas tous unis et indivisibles ? Si puisque telle est leur philosophie.

Avec des durées franchement déraisonnables, les chansons de The Wake s’exposent pourtant aux soupçons et autres méfiances de cour. Pourtant, pas d’intrigue de royaume, puisque Daniel semble avoir été touché par la grâce d’une muse mutine, lui susurrant ses idées sous une nuit étoilée, et constellée de mélodies alambiquées et d’harmonies dissonantes…Des idées en perspectives, en « Spherical Perspective », qui une fois encore brouille les pistes, et se veut délibérément 2K alors même que la structure de son déroulé n’en appelle qu’à la liberté progressive des sacro-saintes 70’s. Progressif, le mot est lâché, et VOÏVOD ne l’a jamais autant été, dans le sens le plus noble du terme. Ici, ce sont les thématiques qui se meuvent, qui mutent, comme une bestiole lâchée dans l’espace et dont la physionomie change selon l’attraction, la pression, et l’abandon du vide. Et lorsque ce vide permet une accélération, la machine ne se prive pas pour mettre les gaz, et lâcher un aveu de mobilité, sur « Always Moving » qui prouve justement que VOÏVOD va toujours de l’avant, sur le côté, mais surtout, dans toutes les directions où on ne les attend pas. Sorte de danse tribale d’un cyborg amoureux de son espace vital, ce morceau est une fois encore situé aux confins d’une galaxie unique, en convergence des univers Thrash, Psychédélique, Jazz, Post-Punk et tutti quanti, tout pourvu que ça sonne…différent. Et le néophyte, ou même le fan averti de se surprendre du timing étonnement étiré du final « Sonic Mycelium », explosion en pleine stratosphère de tous les complexes et de toute la retenue pour provoquer la plus gigantesque déflagration synthétique qui puisse exister, se montrant allusive envers toutes les étapes passées pour poser des questions sur le futur d’un groupe toujours en décalage avec son époque. Et si l’on disait il y a plus de trois décennies que Dimension Hatröss avait trente ans d’avance sur la sienne, aucune assertion n’a jamais été plus fausse, tout comme le seront celles prononcées à l’égard de The Wake. Car Dimension Hätross, et The Wake n’ont pas trente, quarante ou cinquante ans d’avance sur la timeline d’usage, pour la simple et bonne raison que les canadiens évoluent dans une dimension parallèle, pas si atroce que ça et dans laquelle le temps et l’espace ont des systèmes de quantification différents. Et s’ils ont mis deux ans à enregistrer cet album, et si cinq le séparent de Target Earth, ces laps n’ont aucune importance pour des musiciens vivant sur une autre planète, dans un autre univers. Et même en acceptant le fait que la production de Francis Perron aux RadicArt Recording Studio a apporté au groupe sa profondeur d’âme la plus probante en liant leur période arty et leurs réflexes Thrash, le travail accompli par les quatre musiciens méritait bien cet écrin qui est plus qu’une vitrine, un polissage brut qui permet aux morceaux de transcender leur originalité intrinsèque pour les transformer en chansons à l’efficacité redoutable.

Mais attention, comme je l’ai signalé en préambule, ceci n’est pas une chronique, c’est une déclaration d’amour adressée à l’un des groupes qui ont bercé mon adolescence de leur audace et de leur talent. Et veuillez vraiment pardonner à l’auteur de ces lignes une ultime déclaration tout sauf à l’emporte-pièce. Mais avec si avec The Wake, VOÏVOD n’a peut-être pas sorti le meilleur album de son parcours, il nous a offert le meilleur album de cette année 2018. Peut-être du vingt-et-unième siècle aussi. Mais le temps n’a pas d’importance, il n’est qu’une donnée quantifiable comme une autre. Un proverbe québécois dit d’ailleurs que « le temps passe et ne revient plus ». Mais les chefs d’œuvre sont éternels…   

 

Titres de l'album :

                           1.Obsolete Beings

                           2.The End Of Dormancy

                           3.Orb Confusion

                           4.Iconspiracy

                           5.Spherical Perspective

                           6.Event Horizon

                           7.Always Moving

                           8.Sonic Mycelium

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par mortne2001 le 27/09/2018 à 16:41
100 %    386

Commentaires (5) | Ajouter un commentaire


Arioch91
@195.115.26.249
28/09/2018 à 09:05:52
Une excellente surprise que cet album pour moi ! Je connais mal Voivod (2-3 albums, pas plus) mais celui-ci, je ne le quitte plus depuis qu'il est sorti !

Et il me donne même envie de me plonger dans la discographie du groupe.

jefflonger
@90.51.23.41
28/09/2018 à 18:23:58
C'est une belle déclaration d'amour, elle donne envie de se plonger dans ce nouvel album.

Buck Dancer
@79.87.138.218
29/09/2018 à 00:38:00
Ma connaissance de Voivod s'arrête pour l'instant à Target earth, que j'aime beaucoup, et je vais me procurer ce nouvel album. J'ADORE les trois morceaux en écoute sur le net.
Voivod un groupe a part et à moi de vite écouter le reste de leur discographie.

S. Nefarious
@109.218.91.10
06/10/2018 à 06:01:42
Pour moi, VOIVOD est le meilleur groupe du monde de tous les temps, tous styles confondus. Autant dire que je m'agenouille devant 'The wake' qui est sublime !! De toute façon, tous leurs albums sont fantastiques. Et sur scène (vu récemment à Nantes), c'est le bonheur total. VOIVOD = dieu !!

Buck Dancer
@79.87.138.218
27/10/2018 à 13:14:18
Je reviens pour confirmer ma première impression.
Excellent album. Seul peut-être "Sonic mycelium" en forme de medley des meilleurs moments de l'album n'apporte au final pas grand chose, excepté dans sa dernière partie. Sinon c'est un bonheur metallique permanent avec une mention spéciale à " The end of dormancy".
Meilleur album de l'année pour le moment ? Je dis oui !

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ouais c'est clair ça tabasse toujours autant, et comme a chaque sortie je me demande si un jour ils vont revenir en europe...


C'est sûr qu'avec une pochette comme cela, on a tout de suite envie d'acheter l'album...


Très sympa, j'aime beaucoup !


C'est pas tous les jours qu'un aussi bon album est chroniqué sur Metalnews, ne boudons pas notre plaisir. Un bon 8.5/10 pour ce thrash war metal.


On ne peut plus classique, mais toujours aussi efficace...


Merci pour le report, vieux Jus, ça donne presque envie :)
On se retrouve à DisneyHell en Juin


Exactement le même avis que toi concernant REVENGE et MGLA sur scène !
Pour le public amorphe, à mon avis il devait y avoir pas mal de Hollandais dans la salle :D !


La reprise Autumn Sun est de Deleyaman...le nom du groupe est mal écrit dans l'article ;)


Je te rassure : le "désormais" n'existe pas pour moi puisque je n'ai jamais aimé Korn et consorts (hormis durant ma prime adolescence... donc au temps jadis).