Ce que le destin ne te donne pas aujourd’hui, il te l’offrira peut-être demain. C’est un peu la devise qu’ont fait leur les anglais de MORITZ, qui existent quand même depuis les années 80, mais qui fêtent aujourd’hui la sortie de leur troisième album depuis…2007. Il faut dire que tout avait plutôt bien commencé pour eux, avec la publication d’un EP à la réputation pas forcément usurpée, Shadows of a Dream. Mais ils l’avaient peaufiné depuis 1986, et ils avaient toutes les raisons de croire en son potentiel, puisqu’il devint sold-out en moins de temps qu’il n’en fallait à BON JOVI pour séduire une fan transie. Las, LE fameux contrat avec une major se fit attendre plus que de raison, et arriva le pire, les musiciens commencèrent à quitter le navire. Le sextette fondit alors comme neige au soleil pâle de l’Angleterre, et Peter Scallan rejoignit SAMSON, tandis que les deux guitaristes en chef Greg Hart et Ian Edwards, accompagnés du clavier Andy Stewart s’en allèrent former IF ONLY, aux côtés de Jackie Bodimead…

Pas de bol donc, et une éventuelle belle carrière brisée en plein élan, et que le temps allait enterrer, jusqu’à ce que certains mordus d’un Hard Rock mélodique couillu n’aillent acquérir pour des sommes déraisonnables le fameux 12’’ en question…Cette anecdote parvenant aux oreilles des anciens intéressés, un label se détacha (Harmony Factory) pour rééditer l’objet en question en CD, donnant alors des idées aux survivants des 80’s qui commencèrent à penser qu’une réunion n’était peut-être pas la pire des idées…

Et de fait, surgissant de nulle part, MORITZ traversa le brouillard, et défia le temps une nouvelle fois, la maturité et la lucidité en plus. Les musiciens connaissant bien le biz’, ils s’accordèrent en phase majeure sur la direction du navire.

Ce navire commença sa traversée, non du désert, mais bien de l’AOR musclé mais mélodisé, en offrant à son public une première escale, via leur véritable premier LP, Undivided, réussissant même le tour de force de réunir le line-up original…Galvanisé par des critiques enthousiastes et abondamment formulées, le sextette donna suite via S.O.S, qui loin d’être un appel au secours était plutôt du genre bond en avant, de ceux qui confirment les pas de géant d’un groupe sur de son allant. Las, les problèmes remontrèrent le bout de leur discorde, et certaines des individualités s’écartèrent d’elles-mêmes une nouvelle fois, obligeant la troupe restante à recruter. Et c’est donc en enrôlant Kenny Evans à la guitare et au chant en lieu et place de Greg parti fonder les nostalgiques CATS IN SPACE que les MORITZ parvinrent à rester à flot, suffisamment en tout cas pour filmer des vidéos, partir en tournée, et surtout, enregistrer leur troisième album, celui dont je vous parle aujourd’hui, About Time Too, qui de ses préoccupations temporelles nous oblige à réfléchir à la condition même d’un groupe auquel le temps a joué de vilains tours…

Mais visiblement, les anglais ne lui en veulent pas trop, puisqu’il n’a en aucun cas altéré leurs qualités de composition, qu’ils étalent tout au long des treize morceaux de cet effort, qui en fera beaucoup pour vous convaincre de ses accords…

On y retrouve tout ce qui a toujours fait l’essence de ce combo si atypique, constamment à cheval entre harmonies doucereuses et riffs de diva hargneuse, comme si la tendresse et l’agressivité étaient indissociables dans leurs idées. Ni totalement Heavy, ni fondamentalement AOR ou FM, MORITZ se situerait plutôt dans une jolie moyenne de Rock agressif européen, n’ayant pas oublié les enseignements américains. La patte n’a pas vraiment taillé ses griffes depuis la réunion de Undivided, et les tubes déroulent leur tapis rouge, sur fond de rythmique qui bouge, de guitares chauffées au fer rouge, de claviers en touches subtiles et de chant investi et gracile, qui domine de son timbre nuancé des titres affutés, peaufinés, mais encore assez sauvages pour impressionner. Impossible de ne pas penser à JOURNEY, à MAGNUM, ou à d’autres références du Rock radiophoniquement décomplexé, tant l’exubérance de ces musiciens d’un certain âge fait plaisir à entendre. Ils pourraient d’ailleurs donner des leçons à quelques petits jeunots enviant leur bouteille qui a su garder au goulot le parfum d’une adolescence de dévot, et leur expliquer comment composer un hymne aussi irrésistible que « Take It On The Chin », qui pourrait suggérer le meilleur RAINBOW, tout en titillant la corde sensible de DIO. Le tout accommodé à la sauce romantique d’un diner aux chandelles avec SHY par exemple, soit la crème des acteurs mélodiques d’une époque pas si révolue que ça, dont le sextette a connu quelques frimas…Il eut été dommage qu’ils ne bénéficient pas d’une seconde chance, tant ils l’ont mis à profit, en sublimant leur Heavy (« One More Beautiful Day »), pour le faire passer à la télé le samedi, en version hit qu’on écoute et regarde l’air béat mais se sachant béni (« To The Moon And Back »).

Ne le cachons pas, About Time Too est le genre d’album qui il y a trente ans, aurait fait un véritable tabac. Mais loin de répéter des recettes largement usitées, les anglais jouent justement le double jeu d’une carrière bien remplie, en combo ou en solo, pour aérer leur Hard Rock d’influences captées dans l’espace et le temps. On trouve de quoi rassasier toutes les faims sur les treize tranches de ce festin, que cette faim soit légère et bluesy à la TESLA/MR.BIG acoustique de fin d’après-midi (« Forever Is », et son orgue qui s’évapore), ou plus nourrie et adepte des en-cas bien fournis (« Long Long Gone », son clavier ludique et son mid tempo classique). Les ballades ne sont évidemment pas sacrifiées au profit d’une virilité en excès, mais « You Don't Know What Love Is » se rapproche plus de PROCOL HARUM que d’un FOREIGNER de demi-saison. Le feeling est palpable, comme le niveau instrumental, et les chansons déroulent et déboulent sans interruption, assurant la cohésion au travers de la diversité, en swinguant futé entre Heavy bien asséné (« Run ») et AOR ciselé (« Dreamland », sublime de pureté), ou en jouant l’épure fragile de claviers et cordes étouffées (« Own Little World » qui explose enfin au son d’un Hard-Rock carton). En gros, un talent exploité toutes affaires cessantes, pour prendre enfin sa revanche, et s’imposer comme l’un des groupes les plus attachants, mais difficile à classer au demeurant…S’agit-il de Heavy brulant, de Hard saignant, ou d’AOR chantant ? Les trois à la fois my queen, et c’est bien ce qui rend les MORITZ si importants, puisqu’ils manient les trois avec un charme et un flegme bluffants.

En cadeau, deux bonus-tracks, au cas où la pièce principale ne vous suffirait pas, et emballé c’est pesé…Avec About Time Too qui gère avec brio le virage un peu chaud du troisième volet, le sextette made in UK s’impose une fois encore en haut de l’affiche, et signe l’un des disques les plus séduisants de cet automne déjà charmant. Un disque de musiciens qui semblent remercier le destin de leur avoir tendu la main, et de n’avoir jamais oublié ce qu’ils auraient pu être si le temps n’avait pas été aussi pointilleux. 

Et par extension, ce qu’ils sont aujourd’hui.


Titres de l'album:

  1. About Time Too (Intro)
  2. One More Beautiful Day
  3. To The Moon And Back
  4. Chance Of a Lifetime
  5. Dreamland
  6. Forever Is
  7. Take It On The Chin
  8. Run
  9. Love Long Gone
  10. Own Little World
  11. You Don't Know What Love Is
  12. There's Something About (Intro)
  13. Unwanted Man

Site officiel


par mortne2001 le 21/10/2017 à 14:02
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Quand on sait que j'ai débuté ma carrière Métallique en me plongeant corps et âmes dans AC/DC, c'est donc à mon sens tout bonnement indispensable.


Tellement mauvais et tellement drôle à la fois qu'on leur accorde l'indifférence avec mansuétude.


"quand on veut écouter du vieux Death Metal qui schlingue la gerbe et la bile, on se coltine un vieil INCANTATION, un des premiers BOLT THROWER, et vogue la gerbe le long du canapé"
:D !


Ah et puis Sieur Simony, je n'ai pas pu attendre votre fameux crédit à si faible taux...
Ma pré-commande est déjà passée.


Titre plus que prometteur en effet !