Cursed to the Pyre

Slaughter Messiah

21/02/2020

High Roller Records

A force de traiter de cas de groupes se vautrant dans la fange old-school, je manque de matière en termes d’images, de comparaisons et de métaphores. J’ai bien écouté le premier album des Belges de SLAUGHTER MESSIAH, et je l’avoue, la seule image qui me soit venue est celle d’un DESTRUCTION des premières années gambadant joyeusement dans la campagne infernale de Satan main dans la main avec le KREATOR de Endless Pain. Oui, je sais, pas terrible et manquant d’originalité, mais c’est comme ça. Sauf qu’au bout de quelques minutes de ballade, Mille fout un doigt dans le cul de Schmier, comme ça, émoustillé à cause de le désir bruyant et totalement teutophonique. C’est trivial, quelque peu bestial mais ce premier jet qui nous éclabousse comme une mousse renversée à la fête de la bière est de ceux qui maculent des oreilles encore plus salement qu’une saillie d’un pervers Thrash dans un scénario Speed. Le décor est planté, les acteurs nommés, le son enrobé, il est maintenant temps de détailler. SLAUGHTER MESSIAH est donc un quatuor belge qui a vu du pays (Ath, Namur…), fondé en 2008, mais qui a patiemment attendu une bonne décennie avant de nous briser les tympans avec un barouf longue-durée. Ce qui n’a pas empêché ces sagouins de nous déranger régulièrement avec des EP, dont trois de suite entre 2013 et 2016, qui posaient déjà méchamment les bases de leur approche. Dix ans et pas mal de témoignages, ces malandrins ont donc largement eu le temps de peaufiner leur bestialité pour qu’elle sonne encore plus tartare, et c’est avec plaisir que nous les retrouvons sur le label de passionnés High Roller, qui prend toujours son pied en remuant la boue du passé. Ainsi, Cursed to the Pyre s’apprécie tel quel, baignant dans son jus encore chaud, entouré de marauds qui apprécient autant que vous les effluves d’une nostalgie non révolue.

Formé autour de musiciens expérimentés, actuels plein de trucs et anciens encore plus de trucs (HEINOUS, ex-GODSEND, ex-HORACLE, ex-SLANESH, ex-DYING CORPSE, SABATHAN, ex-DISTANT WARNING, ex-ENTHRONED, ex-DAWN OF CRUCIFIXION, ex-MORBID DEATH, CERRO BLASFEMO, DESTRUKT, HEINOUS (encore), SPERMAFROST, MURDER ONE, BURIAL GROUND, GAE BOLGA, NOCTURNAL…), SLAUGHTER MESSIAH est l’incarnation même de la traditionnelle méchanceté des eighties remise au dégoût d’un nouveau siècle un peu trop porté sur son héritage. La recette est toujours aussi simple, prendre un morceau de chaque tranche d’extrême d’il y a trente ou quarante ans (Thrash, Speed, Heavy), blackiser le tout pour le rendre encore plus féroce, mais surtout, y croire dur comme ferme et en fermant l’enclos des chèvres derrière soi. Comme je le disais plus haut, c’est donc du côté de la tendre Germanie qu’il faut chercher les influences de ces quatre amateurs de stupre (Lord Sabathan – chant/basse, Rod Iron Bitch Desecrator – guitare, Thomas Exhumator – guitare et John Berry – basse), qui semblent fermement plantées dans la terre autrefois foulée par le KREATOR le moins complaisant. On retrouve donc pas mal de ces premières et jeunes années allemandes dans ces morceaux sans pitié, mais aussi d’autres références, plus occultes et denses, dont SLAYER et POSSESSED furent un temps les uniques dépositaires. En écoutant ces hymnes à la débauche, on pense aussi à EXUMER, à BULLDOZER, à DESTROYER 666, soit un lien entre les époques, mais surtout, à une exubérance qui fait plaisir à entendre, parce que faire du bruit c’est bien, mais le faire quand on sait jouer et composer, c’est mieux.

Certains reprocheront aux belges de tout faire pour. Pour sonner comme si, pour ressembler à, mais c’est justement cette honnêteté dans le propos qui séduit, avec un discours d’une franchise rare. Et de sa pochette à sa production, de ses intitulés de morceaux aux musiciens et leurs pseudos, tout est fait pour, et on se laisse prendre au jeu. Parce qu’à contrario de nombre de leurs collègues moins rigolos, les belges proposent de longs titres ambiancés, avec intro, développement, refrain en plein dans les dents, solo hystérique et break dynamique, pour ne pas se contenter d’un minimum de mimétisme. L’ambiance est d’ailleurs si bien travaillée et développée que Cursed to the Pyre a de faux airs de film d’horreur pour les oreilles, avec ces chansons qui naviguent entre Speed/Thrash occulte et Blackened Thrash qui bute. Il faut dire que SLAUGHTER MESSIAH a utilisé tous les ingrédients dont peuvent disposer les groupes vintage pour créer. De l’angoisse Doom aux clôtures purement Heavy en passant par les riffs tournoyant du Speed de 84/85, tout en usant d’un chant sardonique qui fait sonner Paul Baloff comme un clone de Donald passé à l’hélium. Prenez par exemple le miraculeux « The Hammer of Ghouls », puisque tout y est. Le côté catchy n’lusty du Speed et ses accroches gluantes, les ténèbres bon enfant du Doom à la CANDLEMASS piqué au SAB, l’atmosphère confinée et gothisée des DEATH SS italiens, l’aspect rudimentaire et sauvage des premières réalisations Thrash européennes, le tout emballé dans un enthousiasme laissant pantois les hordes les plus sauvages.

Produit par le groupe lui-même, mais mixé par Chris Menning (aka Mersus, qui a déjà bossé avec ATTIC, KETZER ou DESTRÖYER 666), Cursed to the Pyre est donc une bouffée d’air frais vicié que l’on hume à pleins naseaux. Le groupe, affuté, n’est jamais à une surprise près, et nous assomme de blasts intempestifs, tout en célébrant la gloire d’un Heavy vraiment solide et sombre (« Fog of the Malevolent Sore »). D’ailleurs, ce premier LP a parfois de faux airs d’ancêtre du Black Metal tant il use des astuces les plus diaboliques des premières années du genre. Sans rien inventer, mais en transcendant tout ce qu’ils peuvent approcher, les belges livrent leur propre version de la nostalgie, et imposent dès « From the Tomb Into the Void » une cadence d’abattage conséquente et frénétique. En combinant des thématiques de guitare volubiles et piochant allègrement dans le bestiaire Death, Black, Thrash et Speed, et des rythmiques atypiques (le son mat de la batterie est particulièrement délicieux et crédible), SLAUGHTER MESSIAH invente la juxtaposition totale, et se permet même des morceaux qui dépassent allègrement une durée raisonnable, sans manquer de jus ou de piment (« Mutilated by Depths », « Hideous Affliction »). Certes, parfois le mimétisme avec le KREATOR le plus juvénile est assez troublant, spécialement lors des tempi les plus symptomatiques et lorsque la voix de Lord Sabathan baisse dans les tours, mais l’un dans l’autre, et l’un en dehors de l’autre, ce quatuor parvient à synthétiser tout ce qu’on a aimé de bestial et total dans les années 80, nous offrant en prime quelques riffs inédits bien poisseux comme le poisson. Talent de composition, foi indéfectible, ambiance putride, pochette superbe et production casher, Cursed to the Pyre est comme une joyeuse malédiction qui revient du fond des temps pour nous hanter un soir durant. Mais sent ton doigt Mille. C’est de la bonne non ? Ah Namur, toujours Namur…      

                 

Titres de l'album :

                               01. From the Tomb Into the Void

                               02. Mutilated by Depths

                               03. Pouring Chaos

                               04. Hideous Affliction

                               05. Descending to Black Fire

                               06. Pyre

                               07. The Hammer of Ghouls

                               08. Fog of the Malevolent Sore

Facebook officiel

Bandcamp officiel 


par mortne2001 le 24/06/2020 à 18:42
80 %    914

Commentaires (2) | Ajouter un commentaire


NecroKosmos
membre enregistré
26/06/2020, 21:15:43
Il y a comme qui dirait un soupçon de SADISTIK EXEKUTION dans cette pochette...

KaneIsBack
membre enregistré
26/06/2020, 21:31:41
Bah vu qu'elle est signée Rok, c'est un peu normal :-)

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Anthems Of Steel VI

Simony 24/05/2024

Live Report

Pessimist + Demiurgon

RBD 14/05/2024

Live Report

Voyage au centre de la scène : ARGILE

Jus de cadavre 12/05/2024

Vidéos

Mercyless + Nervous Decay + Sekator

RBD 08/05/2024

Live Report

Birds in Row + Verdun

RBD 02/05/2024

Live Report

Hexagon Doom Tour

Simony 29/04/2024

Live Report

Midnight + Cyclone + High Command // Paris

Mold_Putrefaction 24/04/2024

Live Report

DIONYSIAQUE + JADE @La Chaouée

Simony 23/04/2024

Live Report
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
PTT

Je trouve que DPD a raison. Et paradoxalement, je compose de la zique plutôt moyenne, on sort des albums qui sont certainement dispensables, 90% de nos "fans" sont nos potes. Mais je continue. Parce que j'aime ça, parce que sinon il ne me restera plus que d(...)

27/05/2024, 23:38

Johnny grossebite

Allez, après les boomers hivy mitol, voici venir les goudous en colère. De mieux en mieux

27/05/2024, 22:12

DPD

@LeaJ'exprime mon avis tout le monde me tombe dessus je défend mon point de vue et voilà tout. Il y a toujours quelqu'un pour remettre une pièce dans la machine, pour moi j'ai effectivement tout dit du coup je m'amuse un peu que voulez-vous.

27/05/2024, 16:40

DPD

Je vois pas l'homophobie, je réalise les souhaits d'un homosexuel, j'essaye d'aider, tu veux quoi, j'y vais direct au Talmud ?

27/05/2024, 15:49

Lea

DPD je ne comprends pas du tout pourquoi tu t'acharnes comme ça, on a bien compris tes messages. Tu te fais plaisir à cracher sur tout et n'importe quoi, je vois pas trop le délire, tu t'emmerdes ?

27/05/2024, 12:50

Cämille

Vous pouvez pas virer cette merde homophobe ? Histoire de remonter le niveau. Merci

27/05/2024, 12:19

Gargan

Merci pour ce live report étoffé, va vraiment falloir que je me bouge les miches pour le prochain !

26/05/2024, 21:48

Gargan

Y’a pas de batteur ? J’aurais du mal à comprendre un changement de style..

26/05/2024, 20:55

NecroKosmos

26/05/2024, 19:13

NecroKosmos

J'y étais dès le jeudi et c'était vraiment top !! Mes coups de coeurs sont, dans l'ordre d'apparition, SWAMP LORDZ, WITCHES, VENEFIXION, ABYSMAL GRIEF et SKINFLINT. Quelques déceptions (musicales) mais peu importe. Quel bon festival !! J'ai bie(...)

26/05/2024, 18:59

Humungus

Putain d'affiche c'est clair...Ne serait-ce déjà que pour ABYSMAL GRIEF.Je dois les voir dans un peu plus d'un mois en Belgique... Et ta critique Simony me fout l'eau à la bouche bordel !!!Pis DESTRUCTION... Totalement d'accord av(...)

26/05/2024, 11:02

DPD

J'y peux rien si cette interface de clodo m'empêche d'éditer mes messages, habituellement j'écris très vite je poste et je me relis ensuite.Donc ouais, Bescherelle dans ton cul je sais que t'aimes ça pé(...)

25/05/2024, 16:19

DPD

Je vais te foutre un Bescherelle dans le cul va, ça te rappellera des souvenirs!

25/05/2024, 16:16

Steelvore666

Atrocia (les copains !!!!!), Skelethal, Venefixion... quelle affiche !!!!!!Et dire que j'avais gagné un pass pour m'y rendre...

25/05/2024, 10:30

Humungus

Buck Dancer je t'aime... ... ...

24/05/2024, 21:00

MorbidOM

"si je le ferais ce serait un album culte mais j'ais autre chose à foutre."Consulter un Bescherelle ?

24/05/2024, 03:50

DPD

Ceci dit si je le ferais ce serait un album culte mais j'ais autre chose à foutre.+ metallica c'est de la merde depus longtemps, rien à foutre de Slayer, pareil pour Iron Maiden. Les nostalgiques devraient dégager-

24/05/2024, 01:06

DPD

On aura au moins pu constater que DPD>UPS.

23/05/2024, 10:56

DPD

@UPSJe peux brancher ma guitare avec mon pc jouer avec une boite a rythme et sortir quelque chose de merdique en 1 semaine, est-ce que ça en vaut la peine? tellement de sorties polluent la scène.Je suis absolument contre l'idée que faire quelque (...)

23/05/2024, 10:54

Buck Dancer

Franchement, je ne m'attendais pas à un album aussi bon. Quelques morceaux peuvent vite devenir des classiques et surtout le groupe semble avoir son identité. Bien sûr c'est similaire  à Motley Crue.... euh Slayer, mais c'est pas un simple copi&eacut(...)

22/05/2024, 21:11