Obéir à l’Antéchrist. Mais lequel ? Damien ? Donald Trump ? Monsanto ? Kim Jong-un ? Parce que depuis le temps qu’on nous bassine avec le retour de Lucifer sur terre, il serait temps de lui trouver une identité viable et stable. Et à force d’invoquer tous les esprits malins de la création, on va se retrouver avec un diablotin lubrique aux commandes du pouvoir et de l’enfer sur terre, et on l’aura bien mérité. Quoique la situation ne soit pas dénuée d’un côté ludique assez alléchant dans les faits…Vous imaginez notre planète en terrain de jeu destructeur géant, véritable lupanar hédoniste sur lequel les chairs se vautreraient dans un orgasme cosmique ? J’en serais prêt à abandonner mon ascétisme de conviction pour m’adonner aux joies d’un hédonisme débridé, c’est dire…D’autant plus volontiers si ces originaires de Singapour en assurent la bande-son en arrière-plan, histoire de faire remuer nos arrière-train au rythme de rythmiques atomiques et de vomi vocal aux injonctions assez obscures. Mais le message est clair, et célébrons donc le retour pas si inopiné que ça de la bête fourchue asiatique, qui depuis la fin des années 90 a mis un point d’honneur à jouer l’horreur d’un extrême de gaudriole assez porté sur les décibels et les BPM qui s’affolent. Car le point de départ de cette histoire ne date pas d’hier, et trouve son origine à la charnière des deux siècles, en 1999. D’abord porté sur un Thrash assez anodin, puis sur un Death pas vraiment malin, les trois affolés du bulbe rachidien de DEMONIFICATION (Fai Marwan - chant/guitare, Thoth Khalafein - basse et Black Ash - batterie) ont fini avec le temps par trouver la recette fatale correspondant admirablement bien à leur vision d’une sauvagerie débridée et assumée, depuis la parution de leurs deux derniers LP en date, Hell Will Be Yours en 2014 et Espionage of His Messengers un peu plus tôt en 2012.

Et Obey The Antichrist ne propose donc aujourd’hui aucun changement dans la continuité, puisqu’on retrouve avec plaisir nos trois musiciens/apprentis démonologues toujours aussi accrochés à leur Thrash blackisé, s’articulant autour d’une brutalité de ton qui toutefois concède une certaine latitude à la mélodie. On connaît la tendance asiatique à sombrer dans la parodie d’un Noise qui transforme en brouet indigeste tout ce qu’il mélange, mais force est de reconnaître que nos amis de DEMONIFICATION n’ont pas perdu la main pour composer de véritables hymnes épiques au mal et au Thrash bâtard, sans pour autant abandonner toute prétention ou ambition, comme en témoigne la longue suite « God-Less », qui de ses sept minutes en dit long sur le chemin parcouru. Transpercé de soli plus vrais que nature, ce titre place la barre très haute et confirme que les amis de Singapour ne sont pas les amuseurs publics que leurs détracteurs voient en eux, mais bien des instrumentistes accomplis et des compositeurs capables, toujours aussi obsédés par la vilénie des VENOM, SODOM et autres références plus contemporaines. Difficile de ne pas craquer pour ce mini-opéra long comme le bras, qui se permet un paquet d’idées, tout en restant percutant, et en se laissant même aller le long de parties d’une rare sauvagerie, rapprochant de fait le combo d’une esquisse de BM assez pure dans le rendu. Mais pas de soucis à avoir, toutes les formes conviennent à ce trio dément, et le format court leur sied d’ailleurs à merveille. Nous pouvons ainsi déguster bouillant des brulots comme « We Are Demons », qui de son Speed à tendance Thrashcore nous ramène en territoire conquis de 80’s damnées, et qui assemble des riffs en barbelés à des rythmiques crucifiées, histoire de garder la couleur locale. Et ça fonctionne à plein régime et convertit les masses, puisque les malandrins ont le mérite de prêcher leurs messes noires en utilisant des parties de guitare vraiment séduisantes, et des breaks un peu groovy sur les bords qui tranchent.

Car si nous étions en droit d’attendre du fils de Satan réincarné une blitzkrieg digne de sa réputation, le fourbe est bien plus malin que ça. Il prend en effet le temps d’instaurer un climat de confiance et une ambiance de séduction, qui trouve ses origines dans les débuts du Speed à tendance Thrash, histoire de ne pas effrayer les plus facilement effarouchables. Et c’est ainsi que dans son entreprise de conquête, le démon utilise des armes différentes pour parvenir à ses fins, combinant à dessein l’entame Speed de l’orée américaine du genre, et la bestialité typiquement sud-américaine, qui allait faire des ravages via SARCOFAGO et SEPULTURA quelques années plus tard (« Obey The Antichrist », hymne fatal pour campagne électorale infernale, avec des breaks que le grand fourchu SLAYER n’aurait pas reniés). Et entre de gigantesques coups de queue qui prennent par surprise (« Chaos Death Destruction », ou comment sonner la semonce en toute franchise), et des techniques d’aveu travaillées et développées (« Torture The Slaves », Heavy sale et suintant de haine, lourd comme un débarquement de RUNNING WILD, mais méchamment violent comme une tornade RECIPIENTS OF DEATH), la méthode semble éprouvée, et à même de garantir un trône vacant à un prince des ténèbres plutôt avenant. Oscillant toujours entre trois et quatre minutes, les psaumes déviants de ce quatrième opus charmant taillent dans le gras en expurgeant des bas morceaux, proposant de bonnes tranches de carpaccio humain au tranché fin mais au délicieux parfum (« Satanic Deadly Warriors », ou comment réconcilier le Thrash de papa et le Black de tata), mais aussi un petit clin d’œil prononcé aux maîtres de la révérence avouée. Ainsi, la relecture tout à fait respectable du classique de SODOM, « Outbreak of Evil » trouve un nouvel écho, et un surplus de puissance le rendant parfaitement terrassant. Et c’est là qu’on comprend très vite (mais je crois que c’était déjà fait) que les DEMONIFICATION sont bien plus qu’une simple horde de fourchus gentiment bourrins et légèrement crétins, et qu’ils connaissent le vocabulaire Thrash à tendance bestial sur le bout des ongles.

En se permettant de la finesse dans la méchanceté, le trio nous la joue fine et à l’envers, et minaude tout en persuadant. C’est une technique tout à fait efficace à défaut d’être cautionnable, mais après tout, lorsqu’on veut ramener sur terre le descendant d’un ange déchu, tous les moyens sont bons. Et finalement, plus qu’un simple délire orgiaque de plus, Obey The Antichrist à des airs de campagne triomphale rondement menée, qui risque d’attirer plus d’un votant dans les urnes pour le remplacer par un diablotin rouge aux grosses burnes. Celles des DEMONIFICATION sont plutôt trapues et charnues, et leur permettent d’éjaculer leur haine beaucoup plus loin que prévu. Une faciale musicale en forme de bukkake bestial. L’image n’est certes pas romantique, mais l’apocalypse n’a cure d’une quelconque mesure.


Titres de l'album:

  1. Invoke Demons (Intro)
  2. Chaos Death Destruction
  3. Torture The Slaves
  4. God-Less
  5. We Are Demons
  6. Obey The Antichrist
  7. Satanic Deadly Warlords
  8. Fatal Vendetta (Outro)
  9. Outbreak Of Evil (Sodom cover)

Bandcamp officiel

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par mortne2001 le 04/03/2018 à 18:20
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