Condemned to Extermination

Tumourboy

15/01/2018

Autoproduction

Bon, je ne vais pas vous faire le coup du « ils sont arrivés à pied par la Chine », d’une parce que je ne suis pas Wayne Campbell, et de deux, parce que cette contrepèterie malheureuse ne servirait pas vraiment la cause de cette horde trashante qui nous en vient pourtant de Beijing. Et à vrai dire, ils servent leur propre cause mieux que quiconque, alors inutile d’abuser de formulations alambiquées pour parler de leur art consommé à nous dévaster de rythmiques accélérées et de riffs empesés. Le Thrash, cette non-inconnue ridiculisée par des 90’s avides de nouvelles sonorités serait donc la catharsis des nostalgiques, qui ne semblent pas s’y retrouver sans le dédale actuel de nouvelles tendances, qui d’ailleurs ne leur font pas oublier la provenance. Laquelle ? Celle d’un Metal non dilué, qui n’a pas oublié que la Bay Area n’est pas qu’une région ensoleillée, et que le short et les baskets ne sont pas que des accessoires de mode pratiques, mais bien une panoplie complète. Alors, on y va, et on ne fait pas semblant, puisque ces quatre-là se sont investis comme personne dans la réalisation d’un second LP qui vient confirmer la bonne impression du premier. Vous avez dit bio ? Vous avez bien fait, et je ne parle pas de légumes. A vrai dire, les TUMOURBOY l’ont très concise, puisque leur laïus introductif ne perd pas de temps en détails futiles. Ils se nomment, acceptent leur genre, et admettent des influences, celles éternelles des VIO-LENCE, ATROPHY, SLAYER, ANTHRAX, NUCLEAR ASSAULT, et même HAVOK, soit la crème des glaviots de l’ultraviolence made in 80’s, qu’ils accommodent à leur sauce en la crachant du balcon de leur Chine natale, qui n’a pas grand-chose à envier à l’Amérique ni à l’occident en termes de pamphlets bien méchants.

Nous avions quittés les lascars il y a deux ans, après avoir digéré les crises de colère d’un initial Damaged System, qui faisait suite à une premier EP assez corsé, Noise.Beer.Love, ne faisant pas grand cas de leurs affinités et de leurs vices mêmes pas cachés. Condemned to Extermination continue donc sur la même lancée, et se permet même quelques pics d’intensité, pour atteindre la folie furieuse des références énoncées, sans jamais chercher à s’en éloigner. La créativité n’empêche pas un certain formalisme, et il est évident que ce deuxième effort ne joue pas les mouches du coche en proposant des plans culottés ou des breaks inopinés. Ici, tout est fortement connoté, mais joué avec une énergie investie, et on se prend à apprécier le classicisme d’une formation qui a bien retenu les leçons, et qui les régurgite avec passion. Situés sur une frange assez extrême d’un Thrash enthousiasmé, les TUMOURBOY se complaisent dans les saccades agencées, les idées pesantes et les accélérations démentes, et nous livrent donc leur version d’un Thrash atomique, qu’on pouvait renifler via les essences de quelques acteurs de la série B, EXUMER, RECIPIENTS OF DEATH, et même SADUS à cause certainement de ce chant écorché et sardonique, qui permet au vocaliste/guitariste Jiashu Nighthunter de s’exprimer en toute exubérance, et de se reposer parfois sur une paire rythmique en avance, ossature Zhang Baixing (basse) et Zhang Yichi (des DYING SOULS, batterie). De son côté, le tricoteur Fuwen Young ne fait pas semblant, et triture ses cordes avec folie, sans pour autant occulter la brillance des interventions graves de Zhang Baixing qui laisse claquer sa basse comme au bon vieux temps des OVERKILL et NUCLEAR ASSAULT, sans pour autant laisser Condemned to Extermination chuter dans le fossé du Thrashcore ou du Crossover dilué. Et même si le feeling est parfois assez Punk dans le fond, l’air lui est purement Metal, et les compositions rapides et carton.

Ainsi, après la courte intro « Armageddon », « Cycle Of Human Violence » donne le ton, et distille les BPM comme un revendeur de bière refourgue ses bidons. On nage en pleine euphorie Thrash, en passant d’un tempo de démon à un mid plutôt béton, et les plans s’accumulent, sans chercher la porte de sortie puisque l’univers est bien balisé. Rien à signaler à part quelques chœurs bien Core qui jouent le corps à l’âme avec des soli en tous points remarquables (rapides mais incendiaires), et « Fatal Extermination » de confirmer que l’inédit n’a pas vraiment droit de cité, puisque c’est la tradition qui l’emporte sur l’innovation. Pourtant, le quatuor de Beijing ne manque pas d’ambition, mais sait rester efficace sans se perdre dans les méandres des illusions, et si les morceaux ne dépassent jamais les sacro-saintes quatre minutes, elles contiennent suffisamment d’humeurs pour nous contenter sans nous laisser le loisir de regarder l’heure. Les quarante ou presque minutes imparties passent donc très vite en cette bonne compagnie, et nous laissent le loisir de nous sevrer d’une bonne dose de Thrash serré et concentré, qui n’oublie pas pour autant de s’aérer, pour ne pas sentir le renfermé. Et d’intro brèves mais bien troussées (« Infected Thoughts ») à des accès de brutalité désespérés (« Command To Kill »), en passant par des intermèdes mélodiques planifiés (« After Earthquake »), Condemned to Extermination joue la carte de la franchise, sans demander de remise. Et inutile de rendre la monnaie de leur pièce, puisque les TUMOURBOY ont toujours l’appoint, même si quelques petites blagues parsèment leur chemin (« Kiss My Ass »). Mais lorsque les quatre acolytes perdent tout sens de la mesure, la cadence frise parfois l’usure, pour un instant de démence totale que « Reign By Tyranny » entérine de sa rythmique nucléaire épidermique. Les retombées radioactives nous menacent donc de leurs particules fines, et l’hiver nucléaire n’est pas qu’une lointaine crainte, tant le champignon provoqué par l’explosion de « Run For Your Life » évoque une puissance terminale décoiffante associant la pertinence d’OVERKILL avec la fluidité des VIO-LENCE.

En conclusion, une petite reprise ludique (« Push It To The Limit », de Paul « Scarface » Engemann), qui transforme la Pop la plus consensuelle en bourrée Hardcore au chant pas vraiment modéré, et nous en voilà donc à célébrer les aventures d’un groupe qui nous la joue à la dure, mais qui sait rester suffisamment léger pour nous permettre de digérer. Rien de nouveau sous le soleil qui se lèvera toujours à l’est, mais une bonne dose de Thrash factuel, et suffisamment caustique pour laisser une impression pérenne. Mais Beijing, Los Angeles, Berlin, ou Santiago, peu importe le pays pourvu que se plante le bon drapeau. Celui d’un Thrash sans repos, qui sans chercher en dehors de sa gamelle des restes avalés depuis longtemps, ne se contente pas de la remplir de croquettes pour rassasier le tout-venant.


Titres de l'album:

  1. Armageddon
  2. Cycle of Human Violence
  3. Fatal Extermination
  4. Executed
  5. Infected Thoughts
  6. Acid Rain
  7. After Earthquake
  8. Command to Kill
  9. Kiss My Ass
  10. Reign by Tyranny
  11. Run for Your Life
  12. Push it to the limit (Paul Engemann Cover)

bandcamp officiel


par mortne2001 le 05/02/2018 à 14:20
78 %    491

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Nile + Krisiun + Grave + Ulcerate 2009

RBD 03/03/2021

Live Report

Killing For Culture - Tome 2

mortne2001 23/02/2021

Livres

Voyage au centre de la scène : MASSACRA

Jus de cadavre 21/02/2021

Vidéos

Killing For Culture - Tome 1

mortne2001 15/02/2021

Livres

Moonspell 2007

RBD 04/02/2021

Live Report

Olivier Verron _ Interview Conviction

Simony 27/01/2021

Interview

Voyage au centre de la scène : ASSHOLE

Jus de cadavre 17/01/2021

Vidéos

Eluveitie + Korpiklaani 2010

RBD 08/01/2021

Live Report
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Trooper666

J'ai en vinyl. Acheté sur la commune Cour-Cheverny en Loir et Cher, là ou les deux protagoniste se sont rencontrés. 

06/03/2021, 18:36

Jus de cadavre

Je trouve ça excellent en tout cas !

06/03/2021, 17:58

Gargan

Marrant, ça me fait penser par moments à du Hakuja, la thématique étant nipponne, ça colle.

06/03/2021, 13:20

Seigneur FRED

Un album généreux ! Seigneur Fred - METAL OBS

06/03/2021, 10:57

Arioch91

Killers fut mon premier Maiden aussi. Avec un pote, on était fan de leur zique autant que de leurs pochettes. Eddie dans les 80's, c'était une sacrée mascotte !J'ai découvert le premier un peu plus tard mais j'ai adoré aussi. En fait,(...)

06/03/2021, 10:21

Moshimosher

Je viens enfin de découvrir (et d'acheter cet album)... quelle tuerie ! Un pur chef-d’œuvre !!! Vraiment de très bonnes sorties sur ce label !

05/03/2021, 23:00

Moshimosher

C'te pochette !!! Ah !!! Pas étonnant que Killers soit le premier album de la Vierge de Fer que j'ai acheté ! Probablement leur meilleure (même si j'en adore plein d'autres dont celle de Powerslave) ! 

05/03/2021, 22:36

Meuleu

J'ai fait la date sur Caen et vlà la baffe que j'ai pris sur Ulcerate, c'était énorme !

05/03/2021, 16:18

Gargan

L'horrible phoque humanoïde de Riot, brrrrr...

05/03/2021, 09:04

Saddam Mustaine

Megadeth, Ugly Kid Joe, Manowar les principaux en effet, qui ont un personnage qui suit le groupe, j'en oublie... 

04/03/2021, 19:15

Saddam Mustaine

Megadeth, Ugly Kid Joe, Manowar les principaux en effet, qui ont un personnage qui suit le groupe, j'en oublie... 

04/03/2021, 19:15

L\'anonyme

@ metalrunner: tout à fait d'accord avec toi.Je pense qu'Iron Maiden a beaucoup oeuvré dans le metal en ce qui concerne les pochettes d'albums. D'abord parce qu'ils ont instauré une forme de rituel que certains ont repris en gardant le mê(...)

04/03/2021, 18:18

Bones

Mouais, sommaire très moyen... mais la couv claque. :-)Sont malins, les p'tits salopiots, ils savent que ça va générer de l'achat compulsif. :-D

04/03/2021, 17:04

Arioch91

Suis plus abonné.Je verrai à l'occasion si je le vois en kiosque mais bon.

04/03/2021, 13:26

metalrunner

Quelle pochette je pense quelle ont bcp aide maiden  

04/03/2021, 07:44

Ragnar56

Je viens d'apprendre la nouvelle via un commentaire sous une vidéo YouTube

03/03/2021, 22:55

MorbidOM

Une double provocation assez géniale ?Les true métalleux le prennent pour un guignol depuis longtemps et la ménagère Polonaise le vois sans doute comme le rebelle de salon indispensable à ce genre d'émission, une sorte de JoeyStarr

03/03/2021, 04:08

Bones

Ca fait une publicité maousse autour de Behemoth et leur donne la "crédibilité" qu'ils recherchent.Faire le buzz => vendre des disques.Je ne m'en fais pas pour Nergal, ce petit malin fait bien parler de lui et c'est l'objectif.

02/03/2021, 18:47

RBD

Nergal est un provocateur né, comme bien des artistes surtout dans des sociétés conformistes. Le fait d'aller cachetonner et se montrer dans une émission de télé-crochet est une double provocation assez géniale, autant envers les true mé(...)

02/03/2021, 16:07

Jus de cadavre

Message pas posté entièrement... bizarre...Du coup suite :"Nous en sommes à une période charnière" là je suis d'accord. Quand sur un site comme ici les gens commencent à defendre le christianisme c'est (...)

02/03/2021, 09:30