Sincèrement, si j’avais vu une pochette pareille en 85/86, j’achetais l’album directement sans même l’avoir écouté. Regardez-moi ce graphisme vintage adapté aux désirs actuels, et bavez, tout y est. Le succube aux seins proéminents, les pentagrammes à la MÖTLEY de Shout At The Devil, les teintes sombres aux bleutés reluisant, le lettrage d’époque et le titre qui colle parfaitement à l’éthique. De quoi donner le vertige aux apprentis metalleux des années 80, et des suées aux fidèles ayant adhéré à la cause à l’orée de la même décennie. Et si d’aventure, j’avais acquis l’objet en question sans en référer à mes oreilles, il est certain qu’elles auraient approuvé ma décision à l’aveugle sans poser de question. Car ce premier LP des californiens de POUNDER est une petite bombe à retardement, synthétisant le meilleur d’il y a trente ans pour l’adapter à la vague vintage actuelle, faisant preuve de diversité et de fidélité, pour ne pas se contenter de ressasser les méthodes de la NWOBHM bêtement et sans recul. Il faut dire que si le groupe n’est pas forcément né de la première pluie, les musiciens qui le composent ne sont pas des bleusailles, loin s’en faut. On retrouve donc au casting de ce trio de L.A Matt Harvey au chant et à la guitare (EXHUMED, GRUESOME, et EXPULSION), Alejandro Corredor à la basse (NAUSEA LA, VALLENFYRE) et Tom Draper à la guitare (CARCASS, ex-ANGEL WITCH, CROWNING GLORY), soit trois types au CV bien chargé, et qui connaissent bien la chanson modulée malgré leur parcours plus ou moins brutal. Et après avoir entamé les hostilités sous la bannière de Shadow Kingdom, via un premier EP au caractère corsé (Faster Than Fire, cette même année), les américains nous en reviennent donc avec leur premier long, cet Uncivilized, qui sans rentrer dans le rang reste suffisamment civilisé pour ne pas choquer les âmes les plus sensibles. Si les ingrédients restent les mêmes depuis leur démo initiale Heavy Metal Disaster, ils sont ici portés au paroxysme de la perfection, transformant ce premier essai en réussite globale qu’il faut souligner, puisqu’elles deviennent plutôt rares dans le créneau. Les cousins américains chercheraient-ils à contester le leadership scandinave dans le domaine ? C’est une éventualité, et autant dire que les POUNDER sont en ce cas l’arme fatale qu’il leur faut.

Car si la plupart des groupes versés dans la nostalgie d’un Metal pur se cantonnent souvent à piller les influences notables en s’arque boutant sur une thématique unique, ce trio au passé chargé se paie plutôt le luxe de la diversité, couvrant un terrain non négligeable allant de l’AOR musclé au Speed ravagé, en passant par le Hard-Rock racé et le Heavy plombé. Une pluralité de ton qui évite donc la redondance et l’ennui, et surtout, un savoir-faire assez unique dans la composition, leur permettant de toujours trouver l’idée idoine pour relancer un morceau aux contours progressifs. Certes, le mot est lâché, mais ne vous attendez pas pour autant à d’interminables bavardages autour d’un crescendo étiré, puisque le maître mot de cette réalisation reste l’efficacité. Ce qui n’empêche pas les californiens de broder, et de s’égarer au gré d’une inspiration multicolore, aux teintes souvent foncées, mais qui peuvent s’éclaircir au rythme doux d’une ballade aux subtils remous, comme le prouve avec force émotion et flamboyance le majestueux « Answer The Call », aux six minutes poignantes et aux mélodies prenantes. Disposant tous évidemment d’un bagage technique pointu, les trois compères peuvent donc se permettre pas mal de choses, dont sauter du Rob Halford au Tom Keifer, sans passer par la case Bruce Dickinson, nous offrant dès lors un éventail assez complet de capacités qui éclatent aux oreilles sans chercher à s’imposer. Car ici le libre arbitre reste entier, et il n’existe pas d’ennemis à la cause. Nous n’évoluons pas en plein intégrisme artistique, mais bien en territoire d’ouverture patente, et c’est bien sûr la passion qui domine les débats et qui permet aux chansons de décoller vers le Walhalla. Et si les eighties vous manquent in extenso, et pas seulement par périodes, Uncivilized est vraiment l’album qu’il vous faut tant il s’ingénie à résumer les années 1980/1985 avec un réel brio.

Certes, certaines barrières ne sont pas franchies, pour permettre au projet de garder son intégrité. Ainsi, point de Thrash ni de Hard FM, mais pas non plus de Heavy ressassé à toutes les sauces, ni de Hard Rock faisandé. Pas mal d’accès de fièvre Power Metal tirant vers le Speed de la première vague, et en tête de gondole s’il vous plaît, puisque après une courte intro « Fuck Off and Die » cavale bon train en souvenir des anciennes décentes tout schuss de SATAN et CROSSFIRE. Eminemment rapide, ce morceau d’entame place les négociations sur le terrain du « allez-vous faire foutre », mais s’autorise quand même un break harmonique aux chœurs dignes de GAMMA RAY, bien pesant et fédérant. On comprend tout de suite que l’on a affaire à de véritables esthètes, et pas simplement des pilleurs de tombe, d’autant que chacun y met du sien à son poste, entre le timbre très KISSIEN (avec des relents charmants de Brian Ross et quelques raclages à la Lemmy) de Matt Harvey et les soli incendiaires de Tom Draper, duo cohérent soutenu par la basse gironde d’Alejandro Corredor. Du coup, l’ambiance se drape d’une fougue typique du HELLOWEEN du premier EP, avant que le panorama ne change de point de vue et se rapproche des vertes landes de la NWOBHM des TRESPASS et consorts, via le trépidant « Uncivilized ». On n’évite évidemment pas quelques clichés et autres plans à la tierce pas mal recyclés, mais l’implication dont fait preuve le groupe permet de pardonner quelques facilités, spécialement lorsque les BPM refusent de se calmer pour tout dévaster (« Red Hot Leather », typique, mais épileptique). Jusque-là l’affaire semble suivre paisiblement son cours, jusqu’à ce que le quart d’heure américain n’oblige le public à plus de tendresse et de câlins, et « Long Time No Love » de se rapprocher des méthodes des adversaires suédois, voire danois, ce que le parfum très PRETTY MAIDS de ce morceau semble suggérer.

Mais il n’y a pas que le Metal qui soit à la fête, puisque l’icône MOTORHEAD a droit à son éloge personnel, et « We Want the Night » de nous dépeindre un portrait plus vrai que nature de la basse grondante de Lemmy et des arabesques bluesy de Fast Eddie, tout en gardant du coin de l’ouïe les insistances mélodiques du LOUDNESS le plus agressif. Pas ou peu de fautes de goût donc, malgré une longueur prononcée pour la plupart des entrées. Mais les idées développées sont tellement convaincantes que le temps passe très vite, surtout que le métronome est souvent prié d’accélérer un peu pour maintenir l’avancée (« The Evil One »). Production impeccable qui sonne casher sans jouer le passéisme à outrance, instrumentistes pointus mais qui savent s’effacer pour laisser les chansons respirer, et de véritables sentiments, de la rage, de l’envie, pour un premier album au professionnalisme racé, qui sans citer dans le texte assume ses références sans s’en cacher. Un bilan largement positif pour un premier album qui a de faux airs d’intronisation, et une Amérique qui se replace dans la course. POUNDER a donc choisi la pochette la plus adaptée à sa démarche, et se préoccupe autant de son ramage que de son plumage. Ce qui en fait donc le nouveau phœnix des bois 2019.                     

 

Titres de l’album :

                         1.Fuck Off and Die

                         2.Uncivilized

                         3.Red Hot Leather

                         4.Long Time No Love

                         5.We Want the Night

                         6.The Mists of Time

                         7.Answer the Call

                         8.The Evil One

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par mortne2001 le 26/01/2019 à 17:48
85 %    250

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


RBD
membre enregistré
27/01/2019 à 14:05:43
Je suis content pour Matt Harvey, même quand on le suit de loin on comprend très bien que c'est d'abord un fan de mélodies, de Heavy à l'ancienne. Je suis sûr qu'il va s'éclater bien plus là plutôt qu'à faire des "tribute bands", il était temps.

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