Au début des années 80, LOUDNESS était une curiosité dans son propre pays (les groupes japonais de Metal n’étaient il faut l’avouer pas nombreux). Puis au milieu des années 80, LOUDNESS est devenu une curiosité en Europe (les groupes japonais de Heavy Metal n’étaient il faut l’avouer pas nombreux). Puis ils sont devenus une curiosité aux USA, où leurs albums ont enfin été distribués. En gros, les LOUDNESS ont traversé les années 80 comme une curiosité permanente, avant que le public ne s’habitue à leur présence, et oublie leur nationalité pour se concentrer sur leur talent. Et des albums de la trempe du légendaire Thunder In The East les ont facilement aidés à effectuer cette translation, tant le Heavy mordant et saignant d’Akira Takasaki et sa bande avait largement de quoi rivaliser avec les troupes d’Europe de l’est et du nord des USA. Le guitariste lui-même, d’abord présenté comme une perle de l’Orient en Occident, devint une perle tout court, et époustoufla les foules du monde entier de sa dextérité et de son phrasé aussi fou que précis. Mais tout ça, c’était il y a très longtemps…Car depuis presque quarante ans, les japonais ont acquis un statut, ont effectué un parcours, et atteint une longévité que beaucoup peuvent leur envier, même si leur line-up a connu quelques problèmes de stabilité.

Mais il est le même depuis 2009, et l’arrivée dans la troupe de Masayuki Suzuki, en remplacement du regretté Munetaka Higuchi, mort d’un cancer contre lequel il a longuement lutté. Et on retrouve aux trois autres postes les animateurs de légende, dont Akira à la guitare évidemment, mais aussi Minoru Niihara, ce chanteur au timbre lyrique et magique, et le discret mais efficace bassiste Masayoshi Yamashita. Et aujourd’hui, LOUDNESS fête donc la sortie de son vingt-sixième album studio, (mais le compte est difficile à tenir avec eux…) Rise To Glory, qui de son ironie prouve que les musiciens ont encore la hargne, et l’envie d’aller de l’avant, ce qu’ils prouvent aussi avec leurs instruments, puisque ce nouvel LP se range directement dans la catégorie de leurs meilleurs achèvements.

Lorsque j’étais petit, et que j’écoutais des disques sur la chaîne hi-fi de mon grand frère, il y avait cette touche étrange à la fonction inconnue qui m’intriguait. Je n’osais pas trop tripoter l’objet qui ne m’appartenait pas (aucune référence à des choses inavouables dans cette phrase), mais je finis un jour par appuyer sur le bouton en question, décrit d’un énigmatique « loudness », et je compris enfin toute l’importance de cette fonction qui semblait épaissir et augmenter le son…LOUDNESS ? Un nom tout sauf innocent pour un groupe coupable d’un gigantesque talent, qui avec Rise To Glory nous prouve qu’il en a encore sous le coude, et qu’il est capable d’écrire et composer un disque qui tient admirablement bien la route, et qui pourrait même profiter d’un regain d’intérêt ces dernières années pour le Heavy si typique des 80’s, dont les quatre japonais sont les meilleurs ambassadeurs. Pas d’étonnement, pas de surprise au tournant, ce nouvel effort n’en est un que de nom, et propose des compositions qui respectent le cahier des exigences habituelles, avec son lot de riffs mortels, de soli striant le ciel, d’interventions vocales éternelles et d’arrangements sans fiel. On marche en terrain connu, et le quatuor se contente de poursuivre sa voie, sans vraiment se démarquer de son LP précédent, The Sun Will Rise Again, sorti il y a déjà presque quatre ans. Et oui, le soleil se lève toujours à l’est, qui nous inonde de sa lumière Metal sans pareille, et les treize pistes offertes ont largement de quoi rendre nos faciès radieux, tant il est exubérant de jeunesse et débordant de fougue, damant le pion au passage à bien des autres efforts collectifs de la troupe méchamment plus poussifs. Il semblerait qu’Akira ait eu envie de se friser la moustache et de taquiner les cimes de la violence Metal, ce que démontre avec brutalité un morceau à jubiler comme l’explosif « Massive Tornado », qui se rapproche même des collègues d’OUTRAGE en termes de bousculade technique avérée, et qui permet au brillant guitariste de cramer quelques sextolets pour nous faire exulter.

Mais évidemment, on sait les accointances de la bande, avec ce Heavy Metal chamarré et beaucoup plus complexe qu’il n’y parait, et une fois encore, cette livraison ne nous déçoit pas, de sa variété, mais aussi de son implication dans les compositions, qui jouent parfois à cache-cache avec la simplicité pour imposer des aspects presque Jazz-Rock dans les faits (« Kama Sutra », une bombe au groove atomique, sorte de version plombée d’un TOTO nippon allumé). Mais rassurez-vous, le quatuor n’a pas perdu sa facilité à pondre des hymnes libérés, décomplexés et délivrés, comme cet introductif « Soul On Fire » qui explose de son classicisme pour mieux nous embraser. D’ailleurs, la guitare du maestro est plus brûlante que jamais, et lui qui n’est jamais avare de ses démonstrations, a même avoué « avoir placé beaucoup de guitares sur cet album, plus que sur n’importe lequel de nos disques parus ce siècle. ». Mais il concède aussi que le niveau instrumental s’est haussé d’un ton, et que Rise To Glory est un LP dans lequel chacun a insufflé ce petit supplément d’âme pour le rendre éternel, ce que nous constatons de piste en piste, sans que l’intensité ne faiblisse jamais.

On y trouve évidemment quelques facilités, quelques commandes en libre-accès, mais aussi des crises de folie passagères, qui transforment la moindre avancée Heavy en déhanché thrashy (« I’m Still Alive »…and well !), des litanies Hard n’Heavy qui nous transportent loin dans le passé, lorsque l’avenir du groupe restait encore à écrire (« Go For Broke »), des plombées méchamment pilonnées (« Until I See The Light », à l’intro acoustique délicate mais à la frappe lyrique et maniaque), une tendance à fricoter avec la Pop pour rameuter les troupes dispersées (« The Voice »), mais surtout des burners qui font cramer le bitume séparant Paris d’Osaka (« No Limits », et quelques gimmicks pour faire passer la pilule), en gros, la quintessence d’un groupe au sommet de son art, qui ne semble pas tenir compte de toutes ces années à veiller tard. Plus jeune que jamais le LOUDNESS 2018 ? C’est une optique, et sans doute la bonne, tant ce (long) LP sonne frais et dispo, et largement à l’aise au milieu de leur disco.

Il se termine même dans sa version officielle par une longue et dernière compo, « Rain », qui suggère le côté plus progressif du groupe, et qui nous laisse sur une formidable impression. Amitiés et œillades prononcées à l’égard du DREAM THEATER le plus ombragé (le thème rappelle même le final de Metropolis 2000…), pour un nouvel au-revoir qui appellera bien des retrouvailles…A noter que l’album est disponible dans une version double CD avec en bonus la compilation Samsara Flight, qui propose une relecture des  plus grands hymnes du groupe version actuelle, et que Nippon Columbia avait déjà commercialisée en 2016. Une façon de boucler la boucle, et de rappeler que LOUDNESS est toujours la même curiosité, maintenant la cadence et la qualité depuis sa création, et qui ne semble pas encore prêt à rendre les armes pour de bon.


Titres de l'album:

  1. 8118
  2. Soul On Fire
  3. I'm Still Alive
  4. Go For Broke
  5. Until I See The Light
  6. The Voice
  7. Massive Tornado
  8. Kama Sutra
  9. Rise To Glory
  10. Why And For Whom
  11. Ni Limits
  12. Rain
  13. Let's All Rock (Bonus Track)

Site officiel


par mortne2001 le 04/02/2018 à 17:58
80 %    310

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