Je sais que ça a dû vous arriver comme à moi. Si, si, je le sais. Vous retrouver dans un concert un peu bizarre, avec un public bigarré, constitué d’une bonne portion de metalleux, de funksters, de hipsters, de poppers, de punks, d’électro-boyz et autres dégénérés de la musique actuelle. Regarder votre voisin en chien de fusil parce qu’il porte un t-shirt des POGUES alors que le groupe programmé est plutôt du genre bouillant d’électricité. Vous demander ce que vous foutez/eux foutes là, et penser que la soirée va se terminer par une baston genre king size, avec noms d’oiseaux rares qui volent et coups de tatanes qui cognent. Et puis finalement, l’énergie du combo on stage balayant tous les doutes et les querelles de clocher, vous voilà en after, avec un funkster, un hipster, un punk, un popper (qui a oublié commet il s’appelle) et un électo-boy(z), dans un rade un peu pourrave, à chanter « Dirty Old Town » et « Back In Black » en même temps, braillant comme GG Allin en pleine chiasse. Et le pire, c’est que vous aimez ça, parce que c’est drôle, parce que c’est fédérateur, et parce que c’est tout sauf n’importe quoi cette amitié musicale aussi impromptue que grotesque. Ce principe est d’importance dans son côté anecdotique, puisqu’il correspond parfaitement à l’effet produit par la musique des roumains de DIRTY SHIRT sur l’organisme et la compréhension de fans d’horizons complètement différents. DIRTY SHIRT, c’est un peu le cousin barge qui débarque dans une fête de famille guindée sans avoir été invité, pour vous refiler des doubitchous pas très frais, mais donnés de bon cœur. Le mec que tout le monde connaît et craint légèrement sur les bords, pour sa capacité à faire flamber une ambiance d’un coup d’accordéon. Et qui finalement, évite à tonton de faire la gueule parce que le FN n’est pas encore passé, et qui fait un gros bisou à mamie qui donne toujours une pièce aux mendiants dans la rue.

DIRTY SHIRT en substance, c’est plus qu’un groupe, c’est un collectif, un état d’âme, une façon de concevoir la musique différente des autres. C’est une sorte de bal aux dimensions gargantuesques, avec buffet à volonté toujours plein (mais aux denrées piquées aux agriculteurs du coin), aux invités souriants, mais quand même méfiants. Une célébration de la liberté musicale, un refus des conventions, et un sourire franc et massif adressé à la tronche en biais du bon goût et de la logique artistique. On les connaît depuis le temps, et on a largement eu le temps de s’habituer à leur délire avec quatre albums balancés comme autant de farces musicales sérieuses, au contenu fameux, et aux principes aussi clairs que leur humour est sérieux. Very Dirt (2000), Same Shirt Different Day (2010), Freak Show (2013) et Dirtylicious (2015), et autant de pierres apportées à l’édifice du délire organisé, mais surtout, quatre longue-durée bourrés à craquer d’hymnes à la tolérance, d’odes à la fantaisie, de célébrations d’une certaine forme d’inconscience qui pousse l’hédonisme dans ses derniers retranchements, en vous rendant même la monnaie. Et au bout de quatre chapitres, on pensait connaître le manuel par cœur, d’autant plus que leurs deux derniers efforts étaient homogènes, et ne semblaient pas augurer d’une suite en épiphanie de surprise. Sauf que justement, c’eut été mal connaître les gaillards que de croire qu’ils allaient nous laisser croire qu’ils croyaient continuer comme ça, et Letchology vient justement démontrer qu’il est inutile de croire qu’on croit ce qu’on veut, et que ce sont toujours les principaux intéressés qui savent ce qu’ils croient. Et bordel de merde, que cet album fait du bien à la tuyauterie auditive ! Enfin, je crois.

Non, j’en suis sûr en fait. Plus euphorisant qu’une bonbonne d’hélium ou qu’une caisse de prozac tombée d’un avion, Letchology est une grande lessive d’une demi-heure qui vous essore à trois mille tours minutes, et qui vous laisse à sec dans la panière à linge, avec une seule chaussette au pied. Toujours résolument farceurs mais talentueux, nos amis roumains se font un plaisir de nous montrer que l’inspiration ne s’est toujours pas tarie, et qu’ils sont toujours capables de nous déstabiliser sur nos fondements (et je ne précise pas lesquels). Pour le néophyte étant passé à côté de la chose depuis bientôt dix ans, DIRTY SHIRT, c’est presque un film de Kusturica mis en musique par lui-même, en compagnie des DIABLO SWING ORCHESTRA, de SYSTEM OF A DOWN, de Devin TOWNSEND, KORN, Christophe GODIN, de PARLIAMENT, PANTERA, des RESIDENTS, et d’une partie de l’écurie 4AD en rupture de ban de froideur. Un énorme melting-pot qui n’accepte aucune frontière de terre ni d’inspiration, et qui pioche dans le Metal, le Hardcore, le Folk, le Funk, le Punk, le Néo et tout le reste de quoi alimenter son imaginaire débordant. Et une fois encore, alors qu’on se disait que Dirtylicious avait tout dit et qu’il était inutile de revenir sur leur cas, les musiciens, encore augmentés de l’adjonction des deux choristes qu’on connaît déjà (et donc de quatre voix pour beugler encore plus fort et groove), et soutenus par des additionnels de la bande du ANSAMBLUL TRANSILVANIA ORCHESTRA ou du TRANSYLVANIAN FOLKORE ORCHESTRA (d’autres frappés hautement recommandables), frappent un grand coup dans la fourmilière de la routine et nous enivrent de leurs mélodies des Balkans et de leurs rythmiques typiquement de l’Ouest. Et sans étonnement, tout être normalement constitué avec un minimum de bon goût admettra que l’on tape dans le chef d’œuvre inclassable, qui justement ne souhaite surtout pas être classé.

On pourra, dans une tentative désespérée de résumer l’affaire affirmer que « Killing Spree » est une tuerie jumpy qui résume aussi bien l’entreprise qu’une reprise du groupe par les LITTLE BIG. Un rythme à la Néo-Métal des années 90, un riff plaqué aussi maousse qu’un bâillement de Logan Mader, des arrangements à la SOAD, mais en plus toon (ce clavier ludique est une petite merveille de gimmick), des harmonies de l’est qui hypnotisent comme les charmes d’une belle roumaine gironde, et hop. Mais en choisissant de couper à travers champ, on occulterait cette intro hyperspeedée qui transforme l’auditeur en roadrunner sous acide (et qui fait le lien avec celle de Dirtylicious, en plus hilare), on passerait sous silence le génie absolu des nappes vocales hystériques de « Pălinca », qui replace le contexte du côté Folk-Core où il semble vouloir pencher, on oublierait en route les percussions sauvages de « Fake », et sa façon d’adapter les déhanchés de KID CREOLE dans un pas de trois à la DIABLO SWING ORCHESTRA, le faux Thrash mais vrai Core de « Nem Loptam », sorte de frénésie pour maniaques de la sueur, et…tout le reste. Comme d’habitude, le chant se partage entre lyrisme et hurlements glauques, les partitions tiennent de la possession par un esprit ancien, et l’enthousiasme global dépasse les soirs de liesse de victoire à la coupe du monde de curling. Ah, pour info, en langue natale, le Letcho est un plat originaire de Transcarpathie (région de l’Ukraine dans laquelle vivent des minorités d’origines hongroise, roumaine, slovaque, allemande, russe et polonaise), et ressemble un peu à notre ratatouille. Donc, beaucoup d’ingrédients différents, beaucoup de couleurs, de la chaleur et des épices. Et avec ça, j’en ai déjà trop dit. Bon appétit.

         

Titres de l'album :

                           1.Latcho Drom

                           2.Pălinca

                           3.Put it on

                           4.Fake

                           5.Nem Loptam

                           6.Hora Lentă

                           7.Killing Spree

                           8.Nice Song

                           9.Starea Naţiei

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par mortne2001 le 25/05/2019 à 17:48
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