Disciples Of The Goat

Morbid Cross

06/07/2019

Autoproduction

Je devisais avec vous il y a peu de la différence séparant un album de Thrash lambda d’un grand œuvre (enfin, je vous imposais mon point de vue plutôt, mais vous aimez ça), et je reviens à la charge avec un autre exemple méritant exposition. De la même manière qu’il y a quelques mois l’album des CRIMSON SLAUGHTER m’avait cueilli à froid en sortant de nulle part, le premier long des américains de MORBID CROSS vient de me faire choir de mes certitudes estivales en se rapprochant de la perfection dans la sauvagerie sincère. Fondé en 2009, ce combo originaire de Vineland, New Jersey n’est pas du genre bavard, encore moins prolixe, puisqu’en dix ans d’existence, il n’a pris le temps de graver qu’un unique EP, il y a quatre ans, et très malicieusement intitulé Practice What You Preach. La référence, en sus d’être de circonstance, était assez ironique, puisque les assauts pratiqués par ce quatuor (Zach Marcus – gorge, Steven James – tronçonneuse, Alex Gibbs – annihilateur à quatre cordes, et Daemon Kolonich – baguettes de la mort, pour l’amour de la formule) n’ont pas grand-chose avec la nuance pratiquée par Alex, Chuck et consorts sur leur album éponyme via TESTAMENT, et beaucoup plus proches de la vague revival US de ces dernières années. En allant piocher leurs références dans ce que le Thrash avait de plus bestial il y a trente ans (DARK ANGEL, VIO-LENCE, ACCUSER), et en agrémentant le tout d’une folie ambiante le confinant à la démence pure, MORBID CROSS délivre avec Disciples Of The Goat un manifeste de méchanceté instrumentale absolu et revendiqué, qui n’est pourtant pas exempt de prétentions artistiques et techniques. Retrouvant la fougue d’albums de la trempe de Time Does Not Heal ou Eternal Nightmare, le quatuor agrémente ses compos d’arrangements assez finauds, et nous brisent les tympans avec des riffs tronçonnés comme des victimes de Leatherface, et des vocaux lacérés dans la grande tradition des hurleurs les plus épidermiques.

Totalement autoproduit, et porté par l’unique reconnaissance du groupe sur les réseaux sociaux, ce premier effort en fait beaucoup pour nous convaincre de sa pertinence. Et il y parvient sans peine, puisque l’énergie globale, redoutablement intense se voit renforcée par des idées sinon novatrices, du moins poussées à leur paroxysme, notamment au niveau des hurlements stridents poussés par Zach Marcus. Nous tenons là un vocaliste rare, qui s’amuse beaucoup à mélanger les intonations de Paul Baloff et de Phil Anselmo, pour donner naissance à une sorte de crossover géant entre NECROPHAGIA, PANTERA et EXODUS, ce qui vous en dira plus long que bien des discours sur la densité de la claque qui vous attend. Reprenant à leur compte le flirt des grands anciens du Thrash avec le Death (école INCUBUS), tout en glissant un peu plus qu’eux sur la pente de l’ultra violence (les chœurs et le doublage vocal ressemblent beaucoup aux invocations sataniques de Glen Benton), Disciples Of The Goat a de méchants airs de cérémonie païenne célébrée autour d’un bouc fort mécontent de se voir pénétrer par une horde de malfaisants, et hurlant sa douleur à s’en déchirer les entrailles. En nommant quelques grandes icones de leur passé (MEGADETH, HOLY GRAIL, METALLICA, SLAYER, BLACK SABBATH, OZZY, ROB ZOMBIE, EXODUS, DEATH ANGEL, ANTHRAX, THIN LIZZY, MAYHEM, MORBID, MORBID ANGEL, GHOUL, WITCH FINDER GENERAL, FRANK ZAPPA, RUSH, PANTERA, TESTAMENT, CAULDRON, SKULL FIST, ANVIL), les américains ne balisent pas trop le terrain, et restent assez vagues, leur musique parlant pour elle-même. Mais loin de se contenter de onze ruades dans les brancards, les marsouins prouvent aussi que la lourdeur leur sied bien, en distillant parfois une froideur digne du KILLING JOKE le plus rigide (« From Beneath » et cette régularité rythmique presque clinique et synthétique).

Vélocité et pesanteur, le tout emballé d’une fureur hors du commun, telle est donc la recette de ce premier LP très maîtrisé. Avec des morceaux longs (voire très longs, mais nous y reviendrons), les MORBID CROSS ont pris le risque de se répéter et de balbutier leurs nouveautés, mais heureusement pour nous, il n’en est rien. Même les titres de plus de six minutes disposent d’une redondance agréable, et passent d’un tempo à l’autre tout en maintenant le niveau de riffs indispensable. On pense parfois aux australiens de MORTAL SIN pour cette façon d’appuyer sur un lick jusqu’à ce que le cœur lâche, ou au contraire aux accumulations du DARK ANGEL de fin de première carrière, au moment du virage Techno. C’est en tout cas ce que « Reflections of Reality » semble indiquer, sans friser l’overdose de plans, alors que « Cease To Exist », loin du clin d’œil au barbu Charles Manson, rivalise avec lui de sournoiserie pour imposer une vilénie mentale qui le confine au sadisme. L’enchaînement de ces deux morceaux prouve que les originaires du New Jersey sont au maximum de leur confiance, et prêts à en découdre quel que soit la bataille, avec cette guitare qui passe de syncopes ludiques à une lourdeur ténébreuse et lubrique. Pour rester dans le rang, notre cher Steven James tricote quelques motifs à la SLAYER, histoire de rassurer les plus classiques, mais nous surprend immédiatement d’une intro en arpèges subtils avant de retomber dans le canevas habituel en mailles serrées. Pas grand-chose à jeter dans cette orgie de brutalité, si ce ne sont quelques allusions parfois répétitives ou forcées, et des contretemps qu’on aimerait vraiment voir exploser. Je ne cache pas que tous les morceaux ne sont pas parfaits, loin de là, mais la moyenne globale est largement au-dessus, et les glissades circulaires de « Forever Cursed » le prouvent en sonnant plus Death qu’une démo de Chuck S.

Et si d’aventure, parvenu à mi album, vous n’étiez pas encore convaincu, sachez que le groupe vous a réservé un final en grandes pompes funèbres. En plaçant en clôture les deux morceaux les plus longs, les bougres ont fait preuve d’une confiance en béton, mais à raison, puisque « He Calls Your Name » empeste le mélange atomique HEXX/DARK ANGEL/VIO-LENCE à plein réacteurs nucléaires, alors que le final homérique « Choked with Insanity », du haut de ses dix minutes, nous colle un solo de batterie tout à fait crédible avant de nous claquer les rotules d’une accélération à la SLAYER. On reprochera peut-être à tout ça une basse un peu trop discrète et oubliée dans le mix, et un timing un peu long (concentré en quarante minutes, nous caressions le sans-faute), mais en substance, MORBID CROSS signe avec Disciples Of The Goat un bréviaire de Thrash brutal et sans concession qui vient s’ajouter à la liste des futurs classiques. Souhaitons-leur de continuer sur cette lancée et de se faire remarquer. Mais avec un barouf pareil, je n’ai aucun doute sur leur avenir de trublions hystériques.  

                

               

Titres de l'album :

                          1.Reflections of Reality

                          2.Cease to Exist

                          3.Decay

                          4.Disciples of the Goat

                          5.From Beneath

                          6.Bow the Knee

                          7.And the Angels Wept

                          8.Forever Cursed

                          9.Born to Suffer

                         10.He Calls Your Name

                         11.Choked with Insanity

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par mortne2001 le 29/11/2019 à 17:41
85 %    418

Commentaires (3) | Ajouter un commentaire


Jus de cadavre
membre enregistré
30/11/2019, 09:04:19
Terrible ! Sauvage et velu ! Le chant est excellent. Merci pour la chro !

Arioch91
membre enregistré
30/11/2019, 20:24:57
Dès qu'on cite Time Does Not Heal dans une chronique d'album, j'ai les oreilles qui se dressent aussitôt ^^

Vais vite écouter cet album, merci pour la chro !

JTDP
membre enregistré
03/02/2020, 13:00:59
"On reprochera peut-être à tout ça une basse un peu trop discrète et oubliée dans le mix, et un timing un peu long (concentré en quarante minutes, nous caressions le sans-faute)"

Exactement. Je relève juste les minuscules défauts de cet album, jouissif au demeurant !

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