En choisissant d’emblée le patronyme de FM pour lancer leur carrière, les londoniens savaient très bien ce qu’ils faisaient, et s’enfermaient dans une dangereuse petite case les empêchant de tenter des choses disons plus…osées. Avec un nom si fermement rattaché à une bande de fréquence bien connue des amateurs de musique grand public, il était impossible de s’extirper d’un style hautement balisé, mais en tablant sur un talent hors du commun, les anglais ne fermaient aucune porte qu’ils ne souhaitaient ouvrir. Et c’est ainsi que depuis 1984, ils n’ont eu de cesse de peaufiner leur approche, au point de la rendre imperfectible, et immédiatement identifiable de tous les amoureux d’harmonies délicatement Rock qui donnent envie d’avaler du bitume juste pour le plaisir de s’évader…Une carrière exemplaire certes, mais pas dénuée non plus d’accidents de la route, dont un hiatus de quelques années qu’on a même pensé définitif. C’était sans compter sur les effets du manque et de la passion, qui ont ramené nos héros sur le droit chemin, pour une seconde partie d’histoire presque aussi captivante que la première…Il est certain que pour beaucoup, FM, ce sont surtout deux albums introductifs au-delà de la perfection, ce trop fameux Indiscreet qui les fit comparer en son temps aux monstres de FOREIGNER, et sa suite Tough It Out trois ans plus tard qui ne faisait que confirmer leur suprématie discrète mais effective sur un créneau plutôt difficile à occuper. Difficile, puisque les américains de JOURNEY et REO SPEEDWAGON avaient défini des critères esthétiques très précis et pointilleux (ainsi qu’une pelletée de tubes qui sont depuis devenu des classiques), et qu’entre-temps, les tornades BON JOVI et EUROPE étaient passées par là, ravissant le cœur tendre des jeunes demoiselles, bien plus concernées par leur physique affriolant. Mais personne, et j’ose le terme définitif, n’a jamais été capable d’égaler la magie des anglais, qui depuis plus de trente ans continuent de passionner les foules, en produisant la musique la plus léchée et sincère possible.

Et ça n’est pas cet impeccable onzième album qui contredira ce postulat. Après un trépidant Heroes And Villains qui il y a trois ans nous avait une fois de plus rassuré sur la bonne santé du quintette (Steve Overland - chant/guitare, Merv Goldsworthy - basse/chœurs, Pete Jupp - batterie/chœurs, Jem Davis - claviers et Jim Kirkpatrick - lead/chœurs), FM nous en revient la musette débordante de tubes à reprendre en cœur et la main dans les yeux, affirmant même que cet Atomic Generation est l’album le plus mature de leur CV. Après plusieurs écoutes distraites, et une poignée d’autres plus soutenues, il est difficile de dire si cet onzième effort studio représentera la quintessence de leur approche, mais il est facile au contraire d’affirmer qu’il fait indéniablement partie du haut du panier, et qu’il contient suffisamment de très bonnes chansons pour attendre de pied ferme la prochaine tournée du groupe. Pourtant, aucun changement d’orientation à attendre, en se plongeant dans cet Adult Orientated Rock délicat et délicieux, qui manipule les mélodies et l’énergie avec toujours autant d’intelligence, et qui séduit de son art du dosage qui empêche le projet de sombrer dans la mièvrerie ou l’excès de sentimentalisme, même si les ballades si chères aux musiciens sont toujours aussi veloutées. Et si l’ensemble ne se veut pas totalement atomique, il est largement assez percutant pour séduire les réfractaires au romantisme musical, qui trouveront de quoi se faire les dents et la frange sur les titres les plus incisifs. Pas de chamboulement depuis le disque précédent, juste une rassurante continuité, et une domiciliation italienne chez Frontiers qui est sans doute le seul label à avoir assez de métier pour défendre une œuvre qui correspond en tout point à ses attentes. Des guitares ne faisant jamais preuve d’indécence, gardant la distorsion sous contrôle, des arrangements léchés mais pas trop, et surtout, une grosse dose d’harmonies vocales, réconciliant JOURNEY et les EVERLY BROTHERS, tout en louchant du côté de Richard MARX de quoi alimenter leur imaginaire sensible, mais pas trop pour ne pas craquer pour la première venue. En gros, du FM pur jus, qui continue coûte que coûte son parcours, sans se demander s’il a une quelconque pertinence, puisqu’au final, ce sont toujours les fans qui en décideront.

Et les fans du quintette ne seront pas déçus par cette nouvelle livraison, qui ne commet aucune faute de goût punissable sur son long timing. Plus de cinquante minutes pour une petite douzaine de morceaux (juste un peu moins), on pouvait craindre le remplissage via des b-sides pas forcément indispensables, mais une fois encore, la quantité se conjugue à la qualité, ce qui devient une norme pour les anglais, mais qui reste quand même assez extraordinaire dans les faits. Nous avons droit à toute la panoplie qui a fait de ce groupe une entité unique, de ce Rock light qui enchante les fans de la vague AOR/MOR des 70’s/80’s, aux incartades sur le terrain du Blues accessible et de la Soul tranquille (« Playing Tricks On Me », difficile de faire plus West-Coast meets Detroit que ça), en passant par la Pop-Rock musclée qui rappelle étrangement les « Urgent » et autres hits de Jones et Gramm (« Make The Best Of What You Got »), tout est là, et bien plus encore, et si les cinq musiciens ont choisi d’entamer leur onzième album par quelques sonorités modernes (« Black Magic »), c’est pour mieux nous surprendre d’une syncope que le beau Jon Bon Jovi aurait pu transcender durant ses années de Pop-Metal calibrée. On y trouve cette trademark de chœurs qui ne relâchent jamais la pression, et qui nous orientent sur la piste d’un DEF LEPPARD à l’unisson, avant que « Too Much Of A Good Thing » ne nous replonge dans les affres d’une nostalgie héritée de la magie d’Indiscreet, album pierre angulaire qui trouve encore plus de trente ans plus tard un écho probant. Mais le spectre de BON JOVI est décidément le plus marquant, jusque dans les tressautements accrocheurs de « Killed By Love », qui suggère même une filiation avec les canadiens de HAYWIRE. Difficile de ne pas se dire que ce morceau, matraqué par les radios en 86/87 aurait explosé la fréquence, tant ce refrain hautement fédérateur aurait été repris en chœur par une foule anonyme atteinte de démence, et contaminé par cette exubérance harmonique.

Mais c’est bien là ce qui définit les contours d’un disque de FM parfait, jeu de mot assumé, et en passant en revue le tracklisting, on constate que le même soin a été apporté à tous les chapitres, lorsqu’en déambulant sur ses sillons nous tombons sur des perles du calibre de « Follow Your Heart », et ses injonctions, ou de la grace fragile de « Do You Love me Enough », qui prouve que le quintette n’a rien perdu de sa justesse pour suggérer un sentimentalisme loin des pacotilles du clinquant actuel. D’ailleurs, ils l’affirment eux-mêmes, ils reviennent « Stronger », et mixent le meilleur DEEP PURPLE et le DEF LEPPARD le plus hâbleur, pour une déferlante de guitare et d’orgue se tirant la bourre pour hisser le résultat vers le haut. On pense à DARE, mais surtout à FM, lorsque les portes se referment sur l’impeccable et épique « Love Is The Law », acoustique et synthétique, pour lequel Steve Overland fait une fois de plus montre de tout son talent. Difficile à l’écoute de cet Atomic Generation d’admettre que le combo traîne ses basques dans le business depuis 1984, tant ce disque est aussi frais qu’une goutte de rosée, et aussi sincère qu’un baiser déposé sur le front à la volée. Et s’il est un ensemble qui mérite amplement son nom, et toutes les louanges qu’il a suscitées, c’est bien FM sans hésiter.


Titres de l'album:

  1. Black Magic
  2. Too Much Of A Good Thing
  3. Killed By Love
  4. In It For The Money
  5. Golden Days
  6. Playing Tricks On Me
  7. Make The Best Of What You Got
  8. Follow Your Heart
  9. Do You Love Me Enough
  10. Stronger
  11. Love Is The Law

Site officiel


par mortne2001 le 30/03/2018 à 17:55
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