Vous connaissez le syndrome du « On dirait du, mais non, c’est pas ? ». Généralement, lorsqu’on l’évoque, les gens ne manquent pas de vous répondre, l’air confus, « T’es sûr que c’est pas ? », et vous, pétri de certitudes enfoncez le clou, « Non, non, c’est pas. Mais on dirait que, hein ? ». C’est un sentiment assez troublant en fait. Encore plus lorsque le « On dirait », est souligné par l’implication d’un des intervenants du « C’est », qui ne fait que renforcer cette impression bizarre…Tout ceci vous semble obscur, voire incompréhensible ? Pourtant, ce galimatias à un sens, encore plus patent lorsque vous écoutez le second album du projet/véritable groupe PHANTOM 5. Je m’explique avec une courte bio, qui en dira certainement plus que bien des longs discours. PHANTOM 5, pour les étourdis, est un presque nouveau projet chaperonné par Serafino Perugino, CEO du mythique label Frontiers, qui depuis des années aime beaucoup rassembler des musiciens chevronnés autour d’un même concept, histoire de mettre tous les atouts de son côté et de séduire tous les fans d’un Hard Rock mélodique tirant souvent sur l’AOR. A la barre de ce navire, on retrouve Michael Voss (MAD MAX, WOLFPAKK), instrumentiste capable et producteur de renommée, qui pour l’occasion a décidé de confronter son propre talent à celui de Claus Lessman (BONFIRE), pour parvenir à établir une synthèse parfaite entre Hard Rock sauvage et Heavy light, le tout agrémenté de mélodies facilement mémorisables et de riffs au tranchant palpable, sans pour autant laisser les harmonies au placard. Et après un début éponyme qui avait attiré l’attention de tous les aficionados d’un Rock musclé et testéroné, MAIS sensible, les deux hommes ont remis le couvert pour une suite qui s’annonce aussi brillante que le premier chapitre, épaulés dans leur tâche par Robert Boebel à la guitare et aux claviers, et Axel Kruse (MAD MAX, et vieux complice de Voss) à la batterie.

Alors, de là, qu’est-ce qui justifie mon préambule un peu péremptoire qui peut laisser à penser que la musique proposée par Play to Win fait subtilement penser à des/une référence(s) beaucoup plus établie dans le temps et l’esprit ? Simple, puisqu’entre les riffs et les arrangements distillés par Michael et la voix de Claus, on se croirait volontiers revenu quelques décennies en arrière, lorsque les allemands de BONFIRE tentaient tant bien que mal de percer les mystères du Billboard US, via des albums certes très convenus, mais diablement efficaces comme Fire Works ou Point Blank. Vous pensez certainement que j’exagère grandement, mais je vous garantis qu’à l’écoute des onze pistes de ce sophomore, vous aurez plus d’une fois le sentiment de tomber sur une réactualisation de « Tony’s Roulette », « Who’s Foolin’ Who », ou « Hard On Me », en version certes plus Heavy, mais tout aussi policée et étudiée. Et pour être honnête et vraiment précis, j’étendrai l’image à une union évidente entre les BONFIRE et SCORPIONS, même si certains aspects de ce LP restent trop légers pour véritablement entériner cette conclusion. Mais en tendant l’oreille sur un morceau comme « Phantom Child », impossible de ne pas évoquer ce croisement, tant on a l’impression de découvrir une jam entre Rudolf, Klaus, Claus et Michael (Voss ET Schenker). De la rythmique subtilement plombée à la basse délicatement chaloupée, en passant par la technique de guitare combinant des riffs lardés et des arpèges allégés, en passant par un refrain lourd mais harmonisé, tout l’art allemand pour composer un morceau qui s’incruste dans la tête tout en agitant vos cheveux est condensé en quelques minutes bien tassées…

Cela empêche-t-il d’apprécier un LP aux qualités formelles indéniables, dont le fond et la forme s’unissent dans un élan aussi commercial que frondeur en diable ? Que nenni, même si parfois, les réminiscences du passé sont difficiles à occulter, mais en prenant en compte le background des acteurs principaux, il eut été difficile d’en être autrement…Exemple, l’intro « The Change In You », qui semble exhumée d’un album inédit des BONFIRE, des couplets au refrain en passant par le solo, éventualité validée par Claus lui-même qui chante comme jamais, et par Michael qui soloïse très 80’s, ou « Baptised », qui exhale du même parfum Point Blank jusqu’à l’émail des dents qui reflète un refrain salement américain. La différence entre les deux entités outre les années ? PHANTOM 5 sonne beaucoup plus Heavy que la créature principale de Claus, et évite quelques facilités qui tenaient du remplissage sur les LP de notre ancien groupe préféré. Ici, on préfère riffer dru, même si parfois l’ambiance se tamise et que la lumières s’amenuise. Et lorsque le cas se présente, l’atmosphère reste quand même bien pesante, comme cette ballade en demi-teinte « Do You Believe In Love », au titre dégoulinant de poncifs, mais à l’instrumental soft et incisif, qui pourrait représenter une jolie alternative à la séduction scorpionesque. Le final « Reach Out » quant à lui, plonge les paupières fermées dans un AOR délicat, souligné d’un piano qui laisse progressivement la place à une guitare en discrétion, permettant à Claus de vocaliser romantique, et à Michael de placer un solo épique. Une jolie réussite dans la sensibilité, qui vaut largement toutes les ballades que les troubadours d’outre-rhin ont voulu nous vendre au détour d’un matin…

Quelques pointes d’ironie, une attitude pas dupe, à la lecture de ma prose, vous pourriez en déduire que l’affaire est close, et mon humeur morose. Que nenni, il n’en est rien, et j’ai pris cet album comme il venait, en acceptant ses défauts comme ses qualités. En parlant d’elles, musicalement, Play to Win mérite bien son titre, puisque le quatuor joue vraiment pour gagner, mais pas forcément des liasses de billets. Non, ce que ce disque cherche à faire, au-delà du plaisir qu’il a dû procurer à ses concepteurs, c’est à vous offrir un peu de bonheur, vous, fans d’un Hard Rock léché aux harmonies inspirées. Et on en éprouve sans conteste une grosse bouffée durant les trois quarts d’heures prolongés, en se délectant de compositions vraiment au-dessus de tout soupçon, véritable déluge de hits qui osent le plus agressif du Heavy pour le confronter à la nuance habitée d’un Hard Rock ciselé (« Crossfire »), ou taquinant la smooth touch de l’AOR pour l’intégrer à un contexte musclé, histoire de se montrer aussi romantique que décidé (« Read Your Mind »). Peu d’erreurs et d’approximations sur ce travail en béton, armé bien sûr, mais bien coulé pour ne pas sécher trop vite et vous laisser les pieds coincés (« Child Soldiers », au texte investi et à l’up tempo précis). Visiblement, les deux hommes se sont entendus comme larrons en foire, et le fait qu’ils se soient fréquentés il y a une trentaine d’années à du jouer, comme le démontre une fois encore « Phantom Child », que MAD MAX aurait pu jouer en premier partie d’un BONFIRE complice et satisfait. C’est en fait une tranche d’histoire qui nous est livrée, sous la forme d’un LP aux atours classiques, mais moins surfait et surproduit qu’il n’y parait, et qui contentera au-delà de toute attente les amoureux d’un Hard Rock allemand lorgnant vers ses cousins américains. Il confirme la bonne réputation dégagée à l’occasion de l’éponyme début, qui plantait les graines de la séduction, qui fêtent aujourd’hui leur pleine floraison.

Mais…et nous en revenons à ma petite introduction, et en jouant le jeu du blind-test avec quelques amis triés sur le volet, sans autre précision, il est à parier que certains prononceront le nom de BONFIRE en ajoutant qu’ils ont retrouvé le chemin de la passion…D’ailleurs, Play to Win est peut-être leur meilleur album qui ne porte pas leur nom. A vous de prendre la décision finalement. Mais à ce petit jeu des ressemblances à l’avenant, nous sommes tous gagnants.


Titres de l'album:

  1. The Change In You
  2. Crossfire
  3. Baptised
  4. read Your Mind
  5. Play To Win
  6. Child Soldiers
  7. Do You Believe In Love
  8. Phantom Child
  9. Had Enuff
  10. Shadows Dance
  11. Reach Out

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par mortne2001 le 05/11/2017 à 14:46
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