Humana Involución

Complex

24/05/2020

Autoproduction

Depuis quelques temps, je me plonge dans l’underground Techno-Thrash et progressif des années 80 et 90, à la recherche de la moindre pépite passée au travers de mon tamis. Je le reconnais, je suis plutôt un spécialiste de la chose, ayant découvert ce mélange il y a plus de trente ans en écoutant les œuvres de MEKONG DELTA, WATCHTOWER, SIEGES EVEN, mais aussi les travaux moins agressifs de JESTER’S MARCH, LETHAL, ou FATAL OPERA. Cette quête qui au départ semblait raisonnable s’est vite transformée en recherche de l’impossible, tant la production de l’époque cache encore des trésors de plus en plus difficiles à exhumer. C’est ainsi que je me replonge dans un bain de jouvence, me sevrant de performances homériques et de constructions alambiquées, renvoyant l’actualité musicale dans les cordes de la banalité la plus flagrante. Il est en effet assez difficile de nos jours de tomber sur un combo associant la rudesse du Thrash à la délicatesse du Progressif, la fusion semblant tombée en désuétude, et rebutant les musiciens les plus culottés. Pourtant, il subsiste de par le monde des instrumentistes à la mémoire longue, qui se souviennent de la magie provoquée par ce mélange hors-norme, et c’est au hasard des sorties que je me suis fié, accordant ma confiance à un destin parfois complice. Ainsi, en tombant sur le second album des chiliens de COMPLEX, rien ne m’indiquait une affaire plus complexe que la moyenne, et tout au plus un énième produit estampillé Thrash old-school comme il en dégouline dix ou vingt par mois. Mais heureusement, ce groupe sorti de nulle part à des ambitions un peu plus prononcées que la moyenne, et son Metal hautement agressif et construit nous ramène à l’heure de gloire des groupes cités plus haut, bien que le résultat concret soit moins élaboré et plus percutant.

Fondé en 2010 par Sergio Carrasco (guitare) et Alejandro Care (batterie), COMPLEX est l’archétype de la formation sud-américaine anonyme qui ne paie pas de mine, mais qui fait parler la poudre. Après une démo initiale en 2013 (Cruces de Muerte y Sangre), les hispaniques se sont concentrés sur l’élaboration du premier long, qui vit le jour en 2015 (Desde el Poder). Quelques problèmes de line-up sont venus freiner leur progression, et c’est cinq ans plus tard que ces originaires d’Osorno proposent le second chapitre de leur histoire, via cet impressionnant Humana Involución qui risque fort de faire plaisir aux thrasheurs les plus féroces et les plus exigeants. Avec une formation renouvelée mais toujours en quintet (Daniel García (chant), Sebastián López (batterie), Sergio Carrasco (basse), Matías Celis et Juan Garrido (guitares)), COMPLEX tente donc de rattraper le temps perdu avec huit nouveaux titres qui sont autant de bombes. Au prime abord, il n’est pas incongru de considérer la bande comme un simple Thrash-act de plus, mais la pochette de Humana Involución donne de précieuses indications quant à son contenu. Nous sommes loin du graphisme habituel décorant les œuvres Thrash les plus formelles, et ce roi Midas sur son trône suivi par une faune aussi inquiétante que bigarrée intrigue l’œil, et aiguise l’appétit des oreilles. La méfiance est donc de mise, le groupe paraissant plus malin que la moyenne, et après quelques minutes d’écoute, la sentence tombe sans appel : les chiliens sont en effet différents, et plus originaux que la plupart de leurs homologues.

S’il est assez difficile de remonter l’arbre généalogique de leurs influences, on peut affirmer que leur art semble résulter de la fusion de la puissance de METALLICA, de la complexité d’ANACRUSIS, et d’un sens de la mélodie héritée du Power Metal le plus complaisant avec une affiliation Thrash. Il n’est pas interdit non plus de voir en cette musique des réminiscences du Thrash américain à tendance Heavy le plus efficace, et des traces des WILD DOGS et de METAL CHURCH, le tout sous couvert d’une recherche progressive manifeste. Le meilleur exemple de cette théorie restant le monumental titre éponyme « Humana Involucion » qui réunit la fougue d’un HEATHEN, la préciosité harmonique d’un FLOTSAM & JETSAM, le tout épicé d’une folie typiquement sud-américaine. Ce qui frappe immédiatement, c’est le niveau des instrumentistes qui ne font pas semblant d’envoyer la sauce, et spécialement d’une paire de guitaristes qui en plus d’un catalogue impressionnant de riffs nous arrosent de soli en mode déluge de notes, sans perdre de leur pertinence ou de leur précision. Les deux riffeurs font en effet partie de cette caste de musiciens qui savent toujours comment densifier un morceau sans verser dans la démonstration stérile, et l’ouverture « Zona de Sacrificio » de nous en mettre plein la vue, avec des sifflantes hystériques, des sextolets finauds, et une fluidité d’ensemble diabolique. Soutenus par une section rythmique à l’abattage intelligent, et par le lyrisme d’un chanteur qui grogne comme il contrôle son vibrato, Humana Involución a tout d’une transposition Thrash progressif dans un univers plus efficace et groove, qui pioche dans le passé de quoi faire trembler le présent.

Huit titres dont une intro, et rien à jeter. Il semblerait que le groupe a atteint une sorte de maturité dans son art, qui ne l’empêche pas de rester sauvage. Entre des démonstrations rythmiques impressionnantes de puissance, et un instrumental qui retrouve la complexité des années 80/90 (« La Ira Del Olvidado »), et une fin d’album qui fait la part belle aux pièces les plus agencées et maîtrisées (« Fosil del Silencio » et son déferlement de colère qui n’empêche pas un break technique et syncopé du plus bel effet), ce second tome de la vie des chiliens se montre passionnant de bout en bout, parvenant à garder la sophistication des meilleurs efforts du genre tout en accentuant la violence d’un Metal sans compromis. On pense parfois à un ACCUSER plus dense techniquement, mais l’identité de COMPLEX se dispense très bien de comparaisons réductrices. Doté d’un énorme son très contemporain, Humana Involución est donc une sacrée allusion au passé qui trouve sans problème sa place dans l’actualité, et qui permet de se dégager des automatismes pénibles de la vague old-school qui se contente de reproduire des formules toutes faites. Aussi méchant qu’intelligent, cet album va faire le bonheur d’une frange du public extrême toujours aussi attachée à la finesse dans la brutalité.    

  

Titres de l’album :

                     01. Deus Miseri

                     02. Zona de Sacrificio

                     03. La Ira Del Olvidado

                     04. Nativa Depredacion

                     05. Lanzan Sus Dados

                     06. Humana Involucion

                     07. Fosil del Silencio

                     08. Balas Contra el Pueblo

Facebook officiel


par mortne2001 le 21/01/2021 à 14:50
85 %    57

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Nile + Krisiun + Grave + Ulcerate 2009

RBD 03/03/2021

Live Report

Killing For Culture - Tome 2

mortne2001 23/02/2021

Livres

Voyage au centre de la scène : MASSACRA

Jus de cadavre 21/02/2021

Vidéos

Killing For Culture - Tome 1

mortne2001 15/02/2021

Livres

Moonspell 2007

RBD 04/02/2021

Live Report

Olivier Verron _ Interview Conviction

Simony 27/01/2021

Interview

Voyage au centre de la scène : ASSHOLE

Jus de cadavre 17/01/2021

Vidéos

Eluveitie + Korpiklaani 2010

RBD 08/01/2021

Live Report
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Seigneur FRED

Un album généreux ! Seigneur Fred - METAL OBS

06/03/2021, 10:57

Arioch91

Killers fut mon premier Maiden aussi. Avec un pote, on était fan de leur zique autant que de leurs pochettes. Eddie dans les 80's, c'était une sacrée mascotte !J'ai découvert le premier un peu plus tard mais j'ai adoré aussi. En fait,(...)

06/03/2021, 10:21

Moshimosher

Je viens enfin de découvrir (et d'acheter cet album)... quelle tuerie ! Un pur chef-d’œuvre !!! Vraiment de très bonnes sorties sur ce label !

05/03/2021, 23:00

Moshimosher

C'te pochette !!! Ah !!! Pas étonnant que Killers soit le premier album de la Vierge de Fer que j'ai acheté ! Probablement leur meilleure (même si j'en adore plein d'autres dont celle de Powerslave) ! 

05/03/2021, 22:36

Meuleu

J'ai fait la date sur Caen et vlà la baffe que j'ai pris sur Ulcerate, c'était énorme !

05/03/2021, 16:18

Gargan

L'horrible phoque humanoïde de Riot, brrrrr...

05/03/2021, 09:04

Saddam Mustaine

Megadeth, Ugly Kid Joe, Manowar les principaux en effet, qui ont un personnage qui suit le groupe, j'en oublie... 

04/03/2021, 19:15

Saddam Mustaine

Megadeth, Ugly Kid Joe, Manowar les principaux en effet, qui ont un personnage qui suit le groupe, j'en oublie... 

04/03/2021, 19:15

L\'anonyme

@ metalrunner: tout à fait d'accord avec toi.Je pense qu'Iron Maiden a beaucoup oeuvré dans le metal en ce qui concerne les pochettes d'albums. D'abord parce qu'ils ont instauré une forme de rituel que certains ont repris en gardant le mê(...)

04/03/2021, 18:18

Bones

Mouais, sommaire très moyen... mais la couv claque. :-)Sont malins, les p'tits salopiots, ils savent que ça va générer de l'achat compulsif. :-D

04/03/2021, 17:04

Arioch91

Suis plus abonné.Je verrai à l'occasion si je le vois en kiosque mais bon.

04/03/2021, 13:26

metalrunner

Quelle pochette je pense quelle ont bcp aide maiden  

04/03/2021, 07:44

Ragnar56

Je viens d'apprendre la nouvelle via un commentaire sous une vidéo YouTube

03/03/2021, 22:55

MorbidOM

Une double provocation assez géniale ?Les true métalleux le prennent pour un guignol depuis longtemps et la ménagère Polonaise le vois sans doute comme le rebelle de salon indispensable à ce genre d'émission, une sorte de JoeyStarr

03/03/2021, 04:08

Bones

Ca fait une publicité maousse autour de Behemoth et leur donne la "crédibilité" qu'ils recherchent.Faire le buzz => vendre des disques.Je ne m'en fais pas pour Nergal, ce petit malin fait bien parler de lui et c'est l'objectif.

02/03/2021, 18:47

RBD

Nergal est un provocateur né, comme bien des artistes surtout dans des sociétés conformistes. Le fait d'aller cachetonner et se montrer dans une émission de télé-crochet est une double provocation assez géniale, autant envers les true mé(...)

02/03/2021, 16:07

Jus de cadavre

Message pas posté entièrement... bizarre...Du coup suite :"Nous en sommes à une période charnière" là je suis d'accord. Quand sur un site comme ici les gens commencent à defendre le christianisme c'est (...)

02/03/2021, 09:30

Jus de cadavre

"Si Nergal en a marre d'aller devant les tribunaux, qu'il change de pays ou de style musical, point barre"Mais tout le monde du coup crieraient au lâche ou au vendu ! Si à chaque fois qu'il y a un truc qui nous plaît pas dans notre pays on doit l(...)

02/03/2021, 09:26

Gargan

Si Nergal en a marre d'aller devant les tribunaux, qu'il change de pays ou de style musical, point barre. Tu assumes quand tu t'exposes ainsi, c'est pathétique ce oin-oin alors que ça joue les durs sur scène. Ceci étant, je réécoute Sv(...)

02/03/2021, 08:21

Yolo

Merci pour vos commentaires les guignols.

02/03/2021, 08:09