Pour le coup, et sans connaissance du sujet, il eut été très facile pour moi de prendre ce projet comme un concept oublié par le temps dans ses propres arcanes, et rester persuadé que l’EP en question était l’objet d’une réédition de passionnés d’un obscur groupe de la NWOBHM. Mais c’est bien à un nouveau groupe auquel nous avons affaire, pas stricto sensu puisque mené par un homme quasiment seul, Oskari Räsänen, batteur de la révélation MAUSOLEUM GATE, et Iron Griffin est une énorme surprise, autant pour nous que pour le principal concerné. Au départ, le cogneur souhaitait juste se faire la main sur un répertoire alternatif, en se la jouant multi-instrumentiste, mais vite séduit par sa propre créativité, il a alors décidé de franchir le pas et de se faire signer par le label italien Gates of Hell Records, conquis lui aussi par la pertinence mélodique de ce projet un peu à part. Loin des expérimentations proto-Hard Rock de son combo d’origine, mais en en partageant les inclinaisons nostalgiques, IRON GRIFFIN irait plutôt piocher son inspiration à l’orée des 80’s, lorsque des combos comme IRON MAIDEN, OMEN et consorts repoussaient les limites du Metal pour lui apporter une puissance nouvelle, sans pour autant se départir d’un sens mélodique certain. Il serait aussi possible d’établir un parallèle avec les étranges MANILLA ROAD, dont les thématiques mélodico-sudistes progressives trouvent une nouvelle incarnation dans cette représentation harmonique finlandaise, en tous points savoureuse en termes de puissance matinée de lyrisme.

Epaulé dans sa tâche par les vocaux d’époque de Toni Pentikäinen, Oskari Räsänen s’en donne à cœur joie dans les parties de guitare à la tierce, qui se retrouvent propulsées par une rythmique au cachet délicieusement passéiste, mais pas rétrograde pour autant. Même la production s’est mise au sourd diapason, nivelant les fréquences pour aplanir l’ensemble, sans le priver de dynamisme.

« A la base, IRON GRIFFIN est un projet que j’ai entamé l’année dernière, en tant que one-man-band, histoire d’améliorer mon jeu dans différents secteurs, mais aussi en tant que compositeur. Le chant a été enregistré en session par mon ami Toni Pentikäinen, à la voix spectaculaire, et ce projet est maintenant bien vivant. Je vais continuer de travailler sur de nouvelles compos, et chercher des membres pour compléter la formation. Mais cet EP est un bon début pour moi, et l’aventure continuera d’une façon ou d’une autre. »

Et nous en sommes ravis, tout du moins moi-même, car le subtil lyrisme de cette première réalisation est brillant, convaincant, et salement mordant. En retrouvant la hargne des instincts les plus Rock de THIN LIZZY, et de tous les groupes que les irlandais ont pu convertir, IRON GRIFFIN se permet de toiser le haut du panier de la production d’époque en toute humilité. S’appuyant sur un instrumental faussement sobre mais réellement modeste dans le fond, Toni donne le meilleur de lui-même et extirpe de ses cordes vocales les envolées nécessaires au décollage du projet. Et l’oiseau vole haut, déployant ses ailes timidement sur la durée pour l’instant, préférant planer une petite vingtaine de minutes pour ne pas trop se cramer. Mais le temps imparti est largement suffisant pour juger de la pertinence de ses capacités, et des morceaux comme l’homérique « Lord Inquisitor » et son ambiance à la MERCYFUL FATE mâtinée de flamboyance typiquement anglaise de la fin des années 90 évoque un très intelligent crossover entre SATAN et les danois, sans ce côté occulte qui avait tendance à plonger leur musique dans un satanisme de pacotille (parfois, il faut bien le reconnaître…). Et après une courte intro aux guitares complices, nous plongeons donc directement dans le grand bain en fusion de la rythmique bondissante, utilisant le très malin « Message From Beyond » comme tremplin, se sevrant de couplets à la basse ronde qui gronde et d’un refrain très futé, nous replaçant dans le contexte d’eighties naissantes qui allaient connaitre une énorme révolution de maîtres. Difficile à l’écoute de ce titre de ne pas penser aux origines de MAIDEN, et surtout aux fameuses Soundhouse Tapes, tant les similitudes sont flagrantes, de cette rythmique qui aurait pu être signée par Steve Harris à ce chant un peu grave mais ferme qui transcende des thèmes à cheval entre Metal et Punk soigné.

Volutes discrètes de synthé, mid tempo qui cavale bon train, arrangements en arrière-plan qui se veulent mystiques, « Metal Conquest » se veut mythique, et retrouve le souffle épique du MANNILA ROAD époque Open The Gates, tout en adaptant le décalage des américains à un cadre européen plus strict. Mais on se laisse happer par cette atmosphère embrumée, alors même que la guitare se veut d‘une franchise exemplaire, prouvant de fait qu’Oskari Räsänen n’est pas qu’un batteur capable, mais un bien un polymusicien coupable. L’homme se montre à l’aise dans tous les registres, et peut compter sur le talent de son sideman pour accentuer ses propres qualités, sans pour autant remiser le collègue au simple range de faire-valoir apprécié. « Journey To The Castle Of The King » se montre plus tranquille dans ses premiers instants, mais finit lui aussi après une courte et délicate intro par se laisser aller, et nous berce à dos de cheval d’une fluctuation rythmique sauvage. La progression de l’EP en lui-même est assez fascinante, puisque le ton monte en crescendo, nous amenant à sa conclusion à portée d’une perfection, que le caractère anecdotique de cette réalisation accentue encore plus. Difficile de croire à une simple récréation tant la beauté formelle et nostalgique du concept se montre plus que probante, et on espère sincèrement que les projets d’avenir du finlandais vont aboutir, tant IRON GRIFFIN se veut beaucoup plus qu’une simple pause annexe histoire de boucher les trous d’emploi du temps. Une petite vingtaine de minutes qui en appellent beaucoup d’autres, pour un petit EP qui vaut largement plus que bien des LP vintage polluant nos oreilles nonchalamment, et qui sans le vouloir, attire l’attention comme le reflet d’un miroir dans lequel nous nous regardons tous à un moment donné.


Titres de l'album:

  1. Intro
  2. Message from Beyond
  3. Metal Conquest
  4. Journey to the Castle of King
  5. Lord Inquisitor

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 27/12/2017 à 17:56
85 %    310

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Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


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