Non mais franchement, tout ça va aller jusqu’où ? On se le demande, la multiplicité des styles le confinant aujourd’hui aux pages de VPC d’un ancien catalogue Holy Records…J’ai conscience que les artistes ont besoin de se démarquer de la masse, mais étant déjà perdu au milieu d’une jungle de sous-genres, est-il encore nécessaire d’en rajouter histoire de semer un peu plus de bouts de pain nous menant dans une forêt de plus en plus inextricable ? Je ne vais certainement pas prendre la peine ici de recenser tous les sous-genres que notre bon vieil Heavy Metal est obligé de parrainer depuis ses débuts, mais avec l’émergence des SKELETOON, nous fêtons donc la naissance du Nerd Metal, sorte de Happy Metal concentré sur les aspects les plus geek de la génération X, ce qui ajoute une entrée de plus au dictionnaire de la rigolade qu’on prend toujours moins de plaisir à feuilleter. En substance, qu’est-ce-que le Nerd Metal, concrètement parlant ? Pas grand-chose de vraiment neuf, puisqu’il s’agit plus moins ou d’une entrée rattachée au Power Metal le plus mélodique, celui dont HELLOWEEN a défini les règles avec ses deux tomes de The Keeper of the Seven Keys, revu et corrigé 2019 avec une légère tendance à la nostalgie des années 80. En gros, un truc éminemment joyeux, ludique, très mélodique et bien sûr positif, ce qui nous éloigne des obsessions sociales et morbides de la plèbe extrême. Pas désagréable de constater que des musiciens savent encore s’amuser, et trouver leur salut autrement qu’en pointant du doigt les disparités, les inégalités et les injustices, et un peu de fun ne faisant de mal à personne, sachons réserver à ce troisième album de la bande italienne l’accueil qu’il mérite. SKELETOON plus concrètement est né en 2011 sous l’impulsion de Tomi Fooler, chanteur de son état, sur les cendres de JACK-O’-LANTERN, cover band de…HELLOWEEN, et actif entre 2007 et 2011. Pas étonnant dès lors de constater autant de similitudes entre les deux groupes, à tel point que les deux premiers efforts des italiens pouvaient facilement passer pour les tomes 3 et 4 de la saga du gardien des clés…

Car oui, ce groupe originaire d’Italie a déjà signé deux albums longue-durée, The Curse of the Avenger en 2016 et Ticking Clock en 2017, tous deux animés du même esprit ludique en vogue en Allemagne il y a trente ans. Aujourd’hui, leur périple continue, et prend même une nouvelle ampleur et proposant un concept nous enfonçant encore plus dans le passé, puisque le quintet (Mr. Tomi Fooler - chant, Giacomo "Jack" Stiaccini - basse, Henry "Sydoz" Sidoti - batterie, Andy "K" Cappellari - lead et Fabrizio "Fabro" Taricco - guitare rythmique) s’est attaché à nous décrire musicalement un film qui les a profondément marqué, ainsi que tous les enfants/adolescents des années 80, je veux bien sûr parler des Goonies de Richard Donner, produit par le golden boy de l’époque, Steven Spielberg. Tâche difficile s’il en est, puisque ce film d’aventure mettant en scène l’épopée d’un groupe de gamins d’Astoria, Oregon est devenu le symbole d’une décennie où tout était possible, et qu’il a laissé de profondes traces affectives dans nos mémoires. Comment dès lors retranscrire l’esprit d’aventure et de camaraderie de cette œuvre impérissable, sans tomber dans le piège de la musique lénifiante de puérilité ? Simple, en restant fidèle à une recette, et en l’adaptant au projet, sans renier son passé ni barrer complètement à gauche. Et après de multiples écoutes de ce They Never Say Die, je suis bien obligé d’admettre que les SKELETOON ont gagné sur tous les tableaux. Car leur troisième LP possède l’exubérance nécessaire à ce genre de délire, tout en maintenant un niveau de qualité extraordinaire dans la composition et l’exécution, se permettant même de toiser les plus grands achèvements du genre avec une modestie et une naïveté touchantes. Soyons clair, fan ou pas du style, il est impossible de résister à ce déferlement de joie et de puissance qu’est They Never Say Die. Plus qu’un simple album, il est un hymne à la joie et à la vie, une ode à l’amitié et à la fidélité, et une symphonie composée en l’honneur d’une jeunesse qui ne s’effacera jamais pourvu que l’esprit adulte lui laisse la place de respirer. Il transpire d’envie, d’euphorie, et fera même apprécier le style à tous les détracteurs arguant de son caractère abêtissant, préférant que le Heavy Metal reste cette musique de chaines et de clous destinée à un public viril avide de violence et de puissance. Sauf que la musique des italiens est virile, puissante, mais suffisamment mélodique et avenante pour ne pas passer pour un épouvantail pathétique faisant fuir des corbeaux de carton-pâte. Et vous pouvez me faire confiance, en détracteur habituel de l’optique, j’ai su faire preuve d’objectivité en parvenant à ce constat.  

Plus qu’un LP, c’est du bonheur en barre, du soleil en couplet et de l’été en refrain, et les cinq italiens ont parfaitement atteint leur but. Coller de près à la réalité factuelle du film qui les a inspirés, tout en y insufflant leur patte unique. En prenant leur distance avec le score de Dave Grusin et en collant à la réalité de leurs propres passions, les SKELETOON signent là une œuvre éminemment touchante, comme une photo qui revient à la vie, ou une réunion d’anciens amis, partageant des souvenirs autour d’une table, trinquant à l’émotion et au passé qui finalement, était une raison de vivre comme une autre. En s’inspirant de leur modèle de toujours, HELLOWEEN, mais en dopant leur créativité de puissance à la AVANTASIA, FREEDOM CALL et STRATOVARIUS, le quintet, malgré la tâche difficile nous a troussé une petite douzaine de morceaux imperfectibles, qui transpirent le bonheur et les harmonies. Pour ce faire, ils n’ont pas eu besoin d’aller chercher bien loin, se reposant sur leur talent individuel naturel, et leur capacité à trouver des mélodies qui virevoltent dans la tête avant d’atteindre le cœur en centre de cible, reproduisant les recettes qui avaient fait de leurs deux premières œuvres des succès artistiques, et multipliant leurs points forts par mille. Outre la voix toujours aussi impressionnante de Tomi Fooler qui défie les Mickael Kiske et autre Geoff Tate sur leur propre terrain lyrique (ses envolées suraiguës sont d’une précision incroyable à ce stade de technique vocale), c’est le boulot abattu par la paire de guitaristes qui laisse aussi béat d’admiration, tant leurs saccades harmoniques ridiculisent la concurrence. On atteint parfois la perfection la plus absolue dans le genre, à l’occasion du miraculeux « I Have The Key » qui parvient à enterrer des morceaux comme « Eagle Fly Free » de sa fougue et de son élan, mais en fait, les choses sont claires dès « Hoist Our Colors », qui en version médium et héroïque nous indique que le groupe n’a pas l’intention de jouer les seconds couteaux rigolos.

Accompagnés d’une armée de featuring plus ou moins prestigieux (Ivan Castelli, Alessandro Conti, Michelle Luppi, Morby, David Arredondo, Mark Basile, Melissa Bonny), SKELETOON passe en revue tous les impératifs, et transforme l’essai en victoire écrasante, retrouvant l’impulsion de Kai Hansen & co sur des extraits comme « The Truffle Shuffle Army: Bizardly Bizarre » plus efficace qu’une montée d’endorphine adolescente. Poussant même le bouchon jusqu’à s’offrir deux reprises menées tambour battant, une première évidente d’AVANTASIA, et la seconde moins facile de Miss Lauper, They Never Say Die est l’image sonore de ces objets qu’on retrouve des années après dans un tiroir de chambre d’enfance, ou la transposition la plus belle des films qui ont marqué nos jeunes années, et qu’on partage avec ses enfants une fois la maturité atteinte. Un family album que les générations se passeront comme un secret intime, et plus simplement, la preuve que lorsque le Hard Rock accepte d’assumer ses penchants les plus ludiques, il reste le style le plus euphorisant qui puisse exister.       


Titres de l'album :

                       1.Hell-o

                       2.Hoist Our Colors

                       3.The Truffle Shuffle Army: Bizardly Bizarre

                       4.To Leave A Land

                       5.They Never Say Die

                       6.Last Chance

                       7.I Have The Key

                       8.The Chain Master

                       9.When Legends Turn Real

                       10.Farewell (AVANTASIA cover)

                       11.Goonies R Good Enough (Cindy LAUPER cover)

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par mortne2001 le 06/05/2019 à 16:03
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Ouais... moi qui est un grand fan du groupe, je dois reconnaitre que la pochette est d'une incroyable laideur et que le titre est dans la continuité du (lamentable) précédent album. Qui plus est, le prix de l'objet est du pur foutage de gueule...


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