Vous aimez la franchise, l’honnêteté, la sincérité ? Vous détestez la finasserie, les ellipses, les sous-entendus, les allusions ? Humainement évidemment, mais aussi artistiquement ? Alors je tiens à vous présenter un groupe qui partage votre philosophie et qui préfère annoncer la couleur d’emblée sans en dévier ou jouer les mouches du coche au dernier moment. Evidemment, si je vous parle de la Californie, et que j’y associe le Metal, des images vont affleurer à la surface de votre mémoire. Mais si j’y ajoute une appellation contrôlée comme celle de la Bay-Area, ces images vont devenir plus précises, et susciter des impressions sonores assez fines. Justement, le quintette du jour nous en vient de cette mythique région, et s’affilie de fait à sa scène légendaire, par principe, par éthique, mais aussi par conviction. Les CULTURAL WARFARE nous en viennent donc d’une provenance que nous connaissons et aimons, et admettons en préambule qu’ils en perpétuent la tradition. Animés d’un esprit puriste qui consiste à ne surtout pas dénaturer ce qui n’a pas lieu de l’être, les californiens nous offrent avec leur premier longue-durée un véritable cas d’école, mais surtout une fontaine de jouvence, une source de jouissance à laquelle tous les véritables thrasheurs iront s’abreuver sans compter. Formé en 2010, ce quintette (Jacques Serrano - chant, Billy Garoutte - guitare, Pete Aguilar- basse, Kevin Doughty - guitare et  Bones Padilla - batterie) a pris son temps pour mordre à pleines dents dans le professionnalisme, préférant publier deux EP avant de se lancer, Ratten Krieg en 2012, et Future Kill l’année dernière. C’est donc à une formation rodée et affûtée à laquelle nous sommes confrontés, et l’écoute de ce monumental Warmageddon le confirme en moins de temps qu’il n’en fallait à James Hetfield pour nous demander de chercher et détruire.

CULTURAL WARFARE, c’est donc une certaine approche de la nostalgie, mais avant tout une passion. Celle d’un Thrash qui trouve ses racines entre les deux vagues originelles, et qui réconcilie les fans d’EXODUS et de FORBIDDEN. Un Thrash qui renie les barrières temporelles, et qui préfère piocher ce qu’il y avait de meilleur chez les meilleurs pour proposer le meilleur, et autant dire que les américains n’ont pas lésiné sur la quantité. Certainement galvanisés par les conditions dans lesquelles cet album a vu le jour, ils nous déroulent le tapis rouge, et s’incrustent dans nos neurones pendant presque une heure et douze morceaux. Le chaland un peu tiquant pourrait craindre des baisses de tension et des chutes d’attention, mais il n’en est rien, et ce premier LP est d’une très haute tenue en énergie, mais aussi en finesse. Réfutant toute importation allemande, Warmageddon se concentre donc sur le pendant US d’une scène radicale, et synthétise tout ce que les grands maîtres ont édicté de lignes de conduite, en mixant l’agression et la séduction sans tomber dans la mièvrerie ni l’excès de furie. A la limite d’un Heavy Thrash la plupart du temps, avec un orteil trempant dans le Heavy Metal pour ne pas laisser l’harmonie sur le bord de la route, les CULTURAL WARFARE pourrait se revendiquer sans peine de la noble lignée des METAL CHURCH, de ces groupes qui n’avaient cure des querelles de clocher et pour qui seule comptait la qualité. Alors des morceaux, beaucoup, et longs, qui privilégient une approche presque progressive, rappelant parfois la magie d’un SANCTUARY ou d’un CRIMSON GLORY, sans cet aspect théâtral parfois dérangeant.

Fans de la Bay-Area d’il y a trente ans, mais aussi respectueux d’un héritage Heavy bardé et jalousement gardé par les fidèle de JUDAS PRIEST et autres IRON MAIDEN, les CULTURAL WARFARE déclenchent de fait comme leur nom semble l’indiquer une véritable guérilla culturelle, en souhaitant unir sous la même bannière les fans de Thrash, de Heavy et de Power Metal. Et l’opération est réussie dès l’entame éponyme, qui nous lâche en pleine face une gerbe de riffs en fusion qui fait fondre tous nos préjugés comme clous au soleil. Son énorme, concocté par des références du genre, avec une production signée par Juan Urtegaga (TESTAMENT, MACHINE HEAD, EXODUS) et un mastering peaufiné par Jens Bogren (KREATOR, SEPULTURA, OPETH, entre autres), compositions ambitieuses et ambivalentes, pour un panache irréfutable et une audace qui fait plaisir à entendre. Loin des ramasseurs de souvenirs bon marché se contentant la plupart du temps de formules toutes faites, les californiens vont taquiner le goujon divin, et reviennent de la pêche un panier plein sous la main. Outre les références déjà citées, l’importance d’un TESTAMENT est particulièrement palpable sur la bombe émotionnelle « Two Spirits », à cheval entre « The Ballad » et « Fade To Black », le tout dilué dans un gigantesque shaker de Groove-Metal aux accents presque Néo, et partagé à deux voix qui se répartissent les rôles, dans un jeu de gestes digne d’une romance entre le METALLICA de Master of Puppets et le QUEENSRYCHE d’Operation Mindcrime. La comparaison est ambitieuse, mais le compliment mérité, et autant l’avouer, Warmageddon est de la trempe des albums qu’on pourrait ranger aux côtés de classiques comme Fabulous Disaster, The Dark ou Forbidden Evil, sans que sa proximité ne paraisse déplacée.

Jouant constamment le jeu de l’ambivalence tout en restant d’une franchise musicale étonnante, le quintette se permet de mettre au même plan des morceaux radicaux et fast(es) comme « Politikill » ou « Divided We Crawl », dont Gary Holt pourrait s’emparer sans vergogne pour les refourguer aux GRIP INC, et des segments beaucoup plus nuancés, portant la signature par procuration de Dave Mustaine et David Wayne, à l’instar de « Witches Prayer » nous délivrant un refrain dantesque aux proportions bibliques. Mais à vrai dire, l’atout majeur de cet album reste son pouvoir de fédération. Tous les fans de Metal, qu’il soit extrême ou plus modéré sont susceptibles d’accorder leur B.C Rich autour de ce disque, qui mélange avec bonheur la foi indéfectible de la paire Downing/Tipton et la férocité juvénile des Holt/Hunolt. Paire de guitaristes assoiffés de riffs, chanteur aux vocalises variées et opératiques dans la lignée de l’inoubliable David Wayne déjà cité, mais capable d’envolées suraiguës à la Rob Halford, section rythmique efficace qui sert de pivot/pilier, tous les secteurs de jeu ont été soignés, et la cohérence de l’ensemble n’en est que plus flagrante encore. Alors certes, le LP est long, mais pas un seul instant redondant ou ennuyeux, puisque chacun de ses chapitres est une loi de plus à ajouter à la bible du Thrash, qui s’accommodera fort bien de nouvelles entrées de la trempe de « G.O.D », qui jubile de son osmose FORBIDDEN/SANCTUARY/EXODUS/METAL CHURCH. Car s’il est toujours facile de se réclamer de la Bay-Area pour attirer les crédules dans ses filets, il est beaucoup plus difficile de composer une musique qui mérite d’y être affilié, sans abuser d’artifices de promotion. Après sept ans d’existence, CULTURAL WARFARE frappe très fort, et sort avec Warmageddon un classique instantané. California Uber Alles !             


Titres de l'album :

                          1.Warmageddon      

                          2.Divided We Crawl

                          3.G.O.D.        

                          4.Eyes of the Land   

                          5.Two Spirits

                          6.Politikill      

                          7.Scars Left Cold     

                          8.Punished    

                          9.Witches Prayer     

                         10.Shadow Priest     

                         11.Blood Machines  

                         12.New Beginnings

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par mortne2001 le 03/10/2018 à 16:47
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Arf... Ce n'est surement qu'une impression, mais je trouve que les groupes NSBM se "cachent" de moins en moins on va dire. mais ce n'est pas propre au BM en fait, c'est partout comme ça... Les extrêmes se sentent pousser des ailes en ce moment quoi ;)
Et la scène NS se "professionnalise" ((...)


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