En faisant le tour de la question du BM mondial, on se rend compte que la forteresse gardée comme le dernier Eldorado de la violence froide trône sur un terrain de milliers d’hectares. Entre les héros d’hier qui continuent le combat tant bien que mal, les nouveaux-venus essayant de planter leur tente dans le jardin de mort, les outsiders sérieux ou non qui prétendent à l’accession au trône, et les bouffons d’hier qui se vautrent dans les blagues lo-fi jusqu’à en épuiser la patience de leur quatre-pistes fatigué, la problématique est vaste, et la cartographie dense. Les suédois et norvégiens jusqu’à la mort (alors que le genre est justement mort depuis les mid nineties), les américains qui jouent comme des bourrins, le pastique c’est fantastique des Symphonico-grotesques abusant des claviers comme d’autres des photos promo en slip dans la forêt, que reste-t-il de nos amours passées ? La scène canadienne ? C’est une alternative qui a toujours été sérieuse, tout comme son pendant francophone d’ici. Finalement, ce sont peut-être les seuls à être resté fidèles à une éthique, n’hésitant jamais à regarder en arrière de quoi plonger en avant. C’est en tout cas le cas de MONARQUE, l’un des plus anciens représentants québécois du Black Metal de tradition, dont on n’avait plus de nouvelles depuis 2013 et ce fameux Lys Noir qui avait méchamment agité l’underground. C’est donc par la petite porte, mais avec beaucoup d’ambitions que le groupe nous en revient, annonciateur d’un LP à venir que ce EP distribué par Sepulchral Productions précède avec beaucoup de froideur et de grandeur. N’ayant pas changé d’un iota leur approche, les cousins du grand froid nous proposent donc trois morceaux en avant-première, qui risquent d’en dire plus long que prévu sur la tendance à suivre…

Le leader Monarque d’ailleurs, affirme son point de vue sans ambages. Jusqu’à la Mort est profondément ancré dans la tradition du BM québécois, pour ne pas oublier ses racines, puisque parfois, il vaut mieux reculer pour ne pas stagner. Suivant la ligne de conduite des premières années du groupe, le collectif (Monarque: chant/basse/guitare acoustique, Atheos: guitare lead, Bardunor: guitare rythmique, Kaedes: batterie, Anhidar: chœurs/basse live), soutenu par une paire de musiciens additionnels (Le Sorcier des Glaces - claviers, Lambert Segura - violon), se replonge donc dans sa prime jeunesse pour faire oublier six années de silence, et pioche dans ses propres coffres de quoi enrichir son futur. Nous retrouvons donc le MONARQUE que nous avions aimé le temps d’un Fier Hérétique en 2007, toujours doté d’un son sec et hivernal, et toujours prompt à combiner la violence la plus crue aux mélodies les plus pures. Cette tendance est manifeste sur le dernier chapitre de cet EP, « Le Grand Deuil », gelé comme une mort annoncée en hiver, mais romantique comme ce violon tragique qui l’introduit. Des bases du BM canadien, MONARQUE a toujours gardé les stigmates, avec ces riffs rigides comme un cadavre engoncé dans les neiges éternelles, ces blasts ininterrompus qui donne le la du tempo, et ces vocaux écorchés mais presque intelligibles, qui répandent leur litanie dans la langue de Molière délocalisée à Québec.

Très formel dans le fond et la forme, Jusqu’à la Mort est une courte procession qui suit le cortège du Black Metal contemporain jusque dans sa tombe, pleurant des larmes de glace sans vraiment cacher son émotion. C’est une déclaration d’intention passéiste, et une façon très roublarde d’envisager l’avenir sous le prisme du passé. On y reconnaît tout ce qu’on a toujours aimé dans l’approche du nord, cet ascétisme qui le confine à la foi la plus absolue, cette fausse simplicité dans l’exécution qui peine à dissimuler de vraies prétentions de composition, et cette envergure dans le minimalisme qui évoque avec merveille les mois d’hiver au Canada. Trois morceaux à peine, mais plus de vingt minutes de musique, avec une entame presque lo-fi, et un « Jusqu’à la Mort » qui en dit long sur l’allégeance des musiciens à leurs racines. Rien de surprenant, mais plutôt un constat rassurant, celui d’un Black Metal toujours aussi fier et économe, qui pourtant avec une écoute attentive se révèle progressif et ample. Un peu du DISSECTION le plus incorruptible pour agrémenter les bases de l’école nationale, et des références aux héros du pays, FORTERESSE, SORCIER DES GLACES évidemment, DELETERE, les compagnons de label, CANTIQUE LEPREUX, SANCTUAIRE, et MALEFICES, NEIGE ET NOIRCEUR, pour ne pas tous les recenser. Replaçant la fameuse école québécoise au centre des débats, et revenant sous les feux noirs d’une actualité brûlante, MONARQUE joue presque profil bas, malgré le timing toujours aussi étiré de ses titres, et module le tempo, de morceau en morceau. « Le Serment Prononcé », le plus court de la trilogie, ose des guitares acoustiques pures sur fond d’emphase terriblement Heavy, et incruste le Folk dans le background Viking de BATHORY, pour une majesté lourde, et une marche en avant précautionneuse.

Mais pas de doute à avoir, les chevaliers sont de retour et s’adaptent aux exigences de leur époque, laissant les fragiles cordes d’un violon ou d’une guitare classique modérer leur fureur, comme si la délicatesse et la brutalité devaient cohabiter pour décrire la beauté d’une ère vouée à l’atrocité. Avec ces trois morceaux, les canadiens fêtent donc leur retour avec tambour mais sans trompette, et annoncent un hiver très rigoureux à venir. Un comeback qui fait plaisir, et qui sans rien ajouter à la cause, défend la sienne, avec une belle efficacité. Et si l’album à venir tient de ces trois morceaux, il sera à n’en point douter aussi majestueux qu’ombrageux. La question du BM mondial reste donc ouverte, et il y a fort à parier qu’elle ne sera jamais vraiment refermée.       

 

Titres de l’album :

                            1. Jusqu’à la Mort

                            2. Le Serment Prononcé

                            3. Le Grand Deuil

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par mortne2001 le 16/09/2019 à 17:52
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