Il y a des signes avant-coureurs de l’apocalypse, et ils se trouvent tous dans l’évangile selon St Jean. La lune et les mers qui se parent de sang, les fléaux, les fidèles qui deviennent aveugles, on connaît tous le sort de l’humanité une fois entendues les trompettes de Jericho si chères à HELLOWEEN, mais il existe aussi d’autres signes avant-coureurs, plus positifs et optimistes, qui vous avertissent d’un excellent moment à passer. Un pote qui vous appelle au débotté pour vous proposer de passer avec un pack de bière, la reprise annoncée de The Walking Dead, ou un mail qui vous avertit de l’absence de votre supérieur hiérarchique en début de semaine. Ou, plus simplement, une pochette noir et blanc flanquée du logo INSANITY ALERT, qui comme chacun le sait cache une bonne dose de fun et de Thrash débridé au Crossover. Pour les ignorants qui tracent leur route comme on évite le regard des passants à l’heure de pointe dans le métro, ce groupe autrichien d’Innsbruck a débuté sa carrière il n’y a que sept ans, et nous a déjà délivré deux longue-durée, d’une haute teneur corsée en agressivité, mais aussi méchamment dilués dans un humour potache et un esprit parodique assez bien amené. Pour qui a posé ses oreilles sur les monuments que furent et sont toujours Insanity Alert (2014) et Moshburger (2016), INSANITY ALERT est plus qu’un groupe, c’est un label de qualité, un peu comme d’entendre le générique de Benny Hill à 20h, ou de savoir que Django Edwards est invité sur un plateau. On sait que leurs œuvres sont toujours dignes d’intérêt, et surtout, la garantie que les trente minutes et quelques que l’on va passer à les écouter nous procureront un plaisir entier. Et si la donne n’a pas vraiment changée, 666-Pack malgré son titre entièrement voué au culte du malt et du houblon bon marché représente un peu ce fameux « album de la maturité », concept qui ne veut absolument rien dire dans le cas de ces lascars, et pourtant…

Retrouvons-nous donc nos trublions préférés, ceux qui ont un jour signé des hymnes de la trempe potache de « Why Is David Guetta Still Alive? », « The Times Are a-Thrashin' », « Zongo Vs. Eyeball » ou « Macaroni Maniac » ? Bien sûr que oui, puisque ces frappés ne vont pas changer pour pouvoir s’intégrer, d’autant plus que le mainstream commence à leur faire les yeux doux. Fraichement signés sur Season of Mist, les larrons n’ont pas vraiment changé leur recette, mais l’ont légèrement adoucie pour ne pas passer pour des abrutis, même si les bulles, les concerts, les mosh-pits et les bongs semblent toujours être leurs seules obsessions. Et comme on est jamais mieux servi que par soi-même, le quatuor entame son nouvel effort par l’un de ces thèmes accrocheurs dont ils ont le secret, ce « The Body Of The Christ Is The Parasite » qui vous contamine en quelques secondes et vous force à mosher autour de la pièce comme un Scott Ian damné. Le Mosh, toujours aussi présent dans leurs compos se taille encore la part du lion, et les influences n’ont évidemment pas changé. Des traditionnels D.R.I à ANTHRAX, en passant par les plus contemporains MUNICIPAL WASTE, ces sales gosses capitalisent toujours sur la sympathie qu’ils dégagent, et nous séduisent de leurs rythmiques franches et rapides, et de leurs intermèdes courts et incisifs. Si ce troisième LP est notable, et peut-être plus que les autres, c’est qu’il semble suivre la trajectoire d’ANTHRAX, qui avec Among The Living disciplinait quelque peu son fun non pour le rendre plus sérieux, mais plus performant, et il n’est pas non plus incongru de voir en cette nouvelle étape un démarcage de la transition opérée par les D.R.I entre Crossover et Four of a Kind. Mais ne tremblez pas sous votre casquettes, ces malandrins ne se sont pas acheté une conduite, ils ont juste stabilisé le volant pour ne pas sortir de piste et ressembler à des clowns défigurés et tristes. Et sous cette fabuleuse pochette signée Mark Riddick se cache une nouvelle rondelle gonflée aux décibels et à la joie de vivre et la liberté de thrasher.

Vingt-et-un morceaux, les autrichiens n’ont pas eu peur de pousser le bouchon, et les plus pointilleux ne manqueront pas de leur faire remarquer. Six de plus qu’à l’ordinaire, comme s’ils voulaient marquer d’une pierre cette étape de leur carrière, et si la majorité d’entre-eux fonctionnent au premier degré, certains marquent parfois le pas de leur brièveté, respectant ainsi le dogme affirmant que les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures. Partant de ce principe « Stop....Slammertime! » et ses huit secondes, représente une sorte de pinacle, même si le quatuor (qui a perdu un de ses membres en route, leur nouveau bassiste Green-T s’étant enrôlé depuis l’année dernière) semble toujours aussi à l’aise en terrain plus découvert, ce que les interminables et progressifs « Cobra Commander »,  « One-Eye Is King (In The Land Of The Blind) » et « Dark Energon » prouvent en dépassant la barre fatidique des deux minutes. Et entre des riffs à donner le vertige aux plus grands tricoteurs de saccades et autres heurts, les quatre bandits en profitent pour continuer leur entreprise de destruction de la société moderne, via quelques pastiches bien sentis, dont cette fabuleuse allusion « Saturday Grind Fever », ou cette accolade très prononcée à S.O.D, via « The Ballad of Slayer » et ses six secondes de pur Milano style. Pas de quoi craindre une aseptisation donc, d’autant plus que le Thrash gicle toujours à foison. Et avec des machins aussi drôles et immédiats que « I Come / I Fuck Shit Up / I Leave », la tendance ne risque pas de s’inverser et la source d’inspiration de se tarir. Enregistré au Nautilus Sounds Studio 666-Pack bombe ses canettes d’une production absolument parfaite, qui laisse les guitares râpeuses tout en leur apportant la profondeur dont elles ont besoin, et qui laisse la rythmique rebondir sur des lignes de chant goguenardes soutenues par des chœurs roublards. Ainsi, le mid tempo s’impose plutôt lourdaud, mais donnant envie de gigoter comme un penaud (« A Skullcrushin' Good Time », le meilleur mix entre SLAYER et M.O.D, et assez proche de l’épaisseur d’un LEEWAY).

Mais le radicalisme enjoué n’a pas pour autant cédé sa place, et se pare d’un humour de parade, pour un tour en skate le long des trottoirs d’Innsbruck (« Two Joints »), après une partie de Nintendocore acharnée, mais qui n’a pas trop duré (« 8 Bit Brutality »). Virulents mais légers, les INSANITY ALERT manient toujours aussi bien le verbe en coup de fouet (« Death By Wrecking Ball », du OVERKILL avec la niaque des AGNOSTIC FRONT) et le pastiche bien amené (« Windmilli Vanilli »). En gros, on passe des gags élaborés devant une webcam dans une piaule mal rangée à des sketches à la Jackass écrits pour la télé, tout en gardant cette fraîcheur de ton qui a rendu les autrichiens si attachants. Devenus aujourd’hui des concurrents sérieux de MUNICIPAL WASTE, ils assument leurs nouvelles responsabilités, entre deux chopines décapsulées et deux minutes de slam-diving dans une foule déchaînée. Rien à signaler sur le front, puisque toutes les interventions disposent au moins d’une idée fulgurante (« Why So Beerious? », le Joker découvrant la poudre Tang en compagnie d’EXCEL, « Welcome To Hell », VENOM qui se prend un gadin sur le trottoir des MADBALL), et que les trente-deux minutes passent comme un éclair. Et si l’apocalypse selon St Jean semble pour après-demain, l’épiphanie selon St INSANITY ALERT c’est pour aujourd’hui, et comme diraient les STEEL PANTHER, party like tomorrow is the end of the world !


Titres de l’album :

                          1. Thirstkiller   

                          2. The Body Of The Christ Is The Parasite 

                          3. All Mosh / No Brain

                          4. Cobra Commander   

                          5. Saturday Grind Fever 

                          6. Echoes Of Death 

                          7. Windmilli Vanilli 

                          8. Stop....Slammertime! 

                          9. Why So Beerious? 

                          10. Mosh Mosh Mosh

                          11. One-Eye Is King (In The Land Of The Blind)

                          12. Welcome To Hell

                          13. Two Joints

                          14. Chronic State Of Hate

                          15. I Come / I Fuck Shit Up / I Leave 

                          16. A Skullcrushin' Good Time 

                          17. The Ballad Of Slayer 

                          18. Demons Get Out! 

                          19. 8 Bit Brutality   

                          20. Death By Wrecking Ball 

                          21. Dark Energon

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par mortne2001 le 16/03/2019 à 18:24
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Quand on sait que j'ai débuté ma carrière Métallique en me plongeant corps et âmes dans AC/DC, c'est donc à mon sens tout bonnement indispensable.


Tellement mauvais et tellement drôle à la fois qu'on leur accorde l'indifférence avec mansuétude.


"quand on veut écouter du vieux Death Metal qui schlingue la gerbe et la bile, on se coltine un vieil INCANTATION, un des premiers BOLT THROWER, et vogue la gerbe le long du canapé"
:D !


Ah et puis Sieur Simony, je n'ai pas pu attendre votre fameux crédit à si faible taux...
Ma pré-commande est déjà passée.


Titre plus que prometteur en effet !