Je l'avoue sans honte, j'en avais un peu marre du BM depuis un moment. Entre les groupes de Post me perdant dans le dédale de leurs obsessions, les indécrottables lo-fi maniacs incapables d'accorder leurs instruments et recyclant des idées périmées depuis les premiers DARKTHRONE et REVENGE, et les traditionalistes de l'écrasement global à la MARDUK, sans compter les affolés de l'avant-gardisme rance, tout ça puait la redite et l'ennui. Étant fan du genre à la base, je trouvais cette situation triste, et j'attendais désespérément que le hasard place sur mon chemin le groupe capable de m'extirper de mon indifférence, mais les sorties s'accumulaient, la routine s'installait, et je n’apercevais aucune porte de sortie. C’était sous-estimer le destin que de croire cette situation inextricable, puisque ce facétieux karma allait justement infléchir sa course pour me ramener dans le giron de l'acceptation, via le premier longue-durée d'un projet aussi énigmatique que fascinant. La première épreuve à affronter fut de tenter de trouver des informations viables concernant ce concept NACHT UND GNOSIS. Entre le survol biographique de leur(s) label(s) et l'absence totale de page officielle, la tâche s'annonçait rude (comme souvent dans le cas du BM un tant soit peu obscur), et finalement, après avoir glané la moitié d'un tiers de réponse, je jetais l'éponge pour me concentrer sur l'aspect artistique de l'entreprise, qui vaut bien des discours et des hagiographies bâclées. Et j'abordais la tâche sans vraiment savoir à qui j'avais affaire, si ce n'est en trouvant quelques indices sur la page Facebook du groupe SVARTI LOGHIN qui annonçait avec beaucoup de fierté la sortie en tape de cet interminable et imprononçable Det Warder Sådt I Skröplighet Och Skal Upstå Ur Kraft que je me garderai bien de traduire, même avec l'aide de Reverso. Il semblerait donc que NACHT UND GNOSIS et SVARTI LOGHIN soit effectivement liés par la présence conjointe de Björn Åström, qui pour l'occasion s'est entouré de deux autres sbires pour parvenir à ses fins. Et si le line-up nous présente les deux autres instrumentistes sous l'identité assez absconse d'Entiteten et Shrouded in Fog (à propos desquels la référence Encyclopedia Metallum ne se montre pas plus bavarde...), il convient de voir en cette opacité une aubaine, et une cohérence dans le développé d'un groupe qui ne souhaite pas trop en dévoiler.

Ce qu'il y a à retenir de ce manque total de précisions, est que NACHT UND GNOSIS et SVARTI LOGHIN partagent plus qu'un musicien commun. Les ressemblances stylistiques sont patentes, les deux ensembles semblant se complaire dans un mélange global intégrant des éléments de Folk, d'Ambient, d'Industriel, et pas mal d'expérimentations, pour sortir le BM de son contexte de base un peu trop restrictif. Ne comptez pas sur moi pour établir d'autres parallèles, pour la simple et bonne raison que la musique présentée sur ce Det Warder Sådt I Skröplighet Och Skal Upstå Ur Kraft est unique en son genre, et digne de votre intérêt le plus absolu. Et si d'aventure, je devais quand même sous la pression jouer les comparateurs, sachez que parfois, les pistes de ce premier LP m'ont évoqué un mariage lointain entre nos VIRUS chéris et DODECAHEDRON, la brutalité en moins, et la caution originelle en plus. Il s'agit donc d'une œuvre riche, qui nécessite de nombreuses écoutes pour être appréhendée de façon partielle, les secrets ne se dévoilant qu'avec parcimonie. Les pistes se succèdent et ne se ressemblent pas du tout, sans que la cohérence n'en soit amoindrie, et le pouvoir d'attraction que représente ce premier album faisant suite à un EP initial est énorme. Autant le dire, je n'avais pas entendu ça depuis très longtemps, et la caution artistique servant de fil d'Ariane au concept est en tout point admirable, puisqu'on a parfois la sensation d'écouter un groupe Allemand de Krautrock des années 70 s'évader au son d'un Folk progressif de la même époque, qu'un groupe suédois de Black se serait approprié à posteriori. Un mélange des genres hétéroclite donc que SVARTI LOGHIN connaît bien pour l'avoir pratiqué pendant des années, et surtout, une réelle volonté d'exploser les barrières pour proposer des morceaux sans étiquette, et parfois difficilement affiliables à un mouvement quelconque. Et il n'est pas rare d'un chapitre à l'autre de passer d'un BM assez raw à un Post Folk diablement mélodique, sans trouver la sensation désagréable ou le mélange incongru, alors que d'autres segments préfèrent se concentrer sur un Ambient vraiment pertinent, sombre évidemment, mais incroyablement hypnotique (« Der Leuchturm »).

Le tout est donc bluffant, mais aussi, créatif en diable. Si le BM est abordé sous divers angles, c'est son côté malsain qui est souvent mis en avant, que le rythme soit rapide ou processionnel. Les deux premiers titres de l'album respectent un schéma similaire, avec leur scission à l'hémistiche partageant le terrain entre BM âpre et Folk ludique, mais dès l'interruption de “Imorgon Är Jag Skuggan Av Dig », le modus operandi change, et le champ des possibles s'ouvre sous nos oreilles. Il est toutefois pertinent de se demander si l'ensemble se réclame d'une avant-garde réellement maîtrisée ou bien d'un simple sens de l'expérimentation cloisonné, puisque « Reverse Time » tangue entre les deux options, pour finalement nous perdre sur le chemin d'une musique qui globalement s'apparente à l'Extrême, et rien de plus précis. On retrouve donc des instruments à vent, des samples malins, une rythmique évolutive et primitive, des lignes de chant spectrales qui se superposent, et surtout, une envie de proposer autre chose qu'une course sans but ou qu'un pamphlet nihiliste de plus. Mais ce qui frappe, c'est que cette originalité est validée par des idées vraiment fortes, et pas simplement par un démarquage stupide à base de non-sens et d'impasses de style. Et si les durées ne sont jamais réduites pour rentrer dans un cadre précis, elles ne se perdent pas non plus dans un délire chronophage inutile, puisque les plans qui animent les morceaux sont toujours intrigants, stimulants, perturbants, ou au contraire, apaisants. Ainsi, « Nordljuset Glimma » joue la quiétude d'arpèges doux souillés par un chant théâtral à la limite du grotesque, mais nous mène sur la voie d'un Post-Folk relativement dépaysant. On sent que l'enregistrement étalé sur une année entière n'a pas décousu le projet, et que les musiciens savaient exactement ce qu'ils voulaient, puisque la progression globale est parfaitement logique, quoique imprévisible à la fois. Pas question d'ellipses pénibles ici, ni de paraboles fatigantes, juste une envie de courber la ligne du temps pour fondre l'imagination des années 70 dans le réalisme contemporain, à tel point qu'on a parfois la sensation d'écouter conjointement JETHRO TULL, PINK FLOYD, OPETH et CAN en même temps.

Tout ça pourra déstabiliser les fans les plus mordus d'un BM de tradition, qui ne comprendront que le temps d'un ou deux morceaux le rapprochement entre leur style de prédilection et NACHT UND GNOSIS, mais les amateurs de musique qui se contrefichent des querelles de clocher sauront apprécier la beauté étrange de cet objet musical, qui se paie le luxe d'une outro sublime de pureté mélodique. Et en dépit d'une virginité quasi absolue d'indices quant à la genèse du concept, Det Warder Sådt I Skröplighet Och Skal Upstå Ur Kraft mérite de voir sa bonne parole propagée sur la toile, pour pouvoir peut-être un jour avoir droit à une suite aussi passionnante que cette entame.

          

Titres de l'album :

                         1. Ur Smärta Äntra Gnosis

                         2. Apparitional Power Of Darkness

                         3. Imorgon Är Jag Skuggan Av Dig

                         4. Der Leuchturm

                         5. Reverse Time

                         6. Nordljuset Glimma

                         7. Quaeres Spiritus

Svarti Loghin Facebook


par mortne2001 le 09/02/2019 à 17:26
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Très belle pochette.


Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


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