Le pain français est le plus connu au monde. A tel point qu’il en est devenu un cliché sur la toile, donnant lieu à des parodies et des moqueries de la part de nos chers voisins anglais et cousins américains. Il faut dire que lorsqu’on achète une baguette (prononcer : beu-get pour l’amour de la formule sarcastique) dans ces pays, on se retrouve avec une sorte de truc long et mou, dont la pâte n’a pas eu le temps de gonfler, et qui tout en se rapprochant parfois du goût initial n’a que peu de point en commun avec son modèle original. Le rapport entre ce constat et la chronique du jour ? Simple, ce principe s’applique aussi au Thrash allemand, l’un des plus imités au monde, mais qui répond aussi à des critères d’exigence que tout le monde ne peut pas reproduire. Et le cas de figure de mes compagnons du dimanche est assez singulier, puisqu’il consiste à reproduire en effet tous les tics du Thrash allemand alors même que les musiciens impliqués sont brésiliens, autre pays très respecté en termes de Thrash bestial. Sauf que tous les thrasheurs brésiliens ne souhaitent pas jouer comme SARCOFAGO ou VULCANO, et qu’ils aspirent parfois à autre chose qu’une simple bousculade paillarde à base de rythmiques nucléaires débridées et de grognements sataniques étouffés. Dieu (ou Satan, c’est selon) sait pourtant si la violence lusophone est l’une des plus copiées au monde, ce qui n’a pas empêché les WARSICKNESS de s’inspirer de modulations plus prononcées, pour nous offrir un Thrash de fort bonne facture, et découlant plus des théories allemandes radicales et de la précision américaine. Ce qui nous donne un résultat tout en ambivalence, à base de cruauté rythmique et de chant possédé, et de riffs précis et chamarrés, le tout emballé dans un enthousiasme à rendre barge tous les fans de Mosh du monde entier.

 

Formé en 2009 du côté d’Itapevi, São Paulo, WARSICKNESS est donc l’archétype du groupe qui n’assume pas vraiment ses origines, mais qui accepte ses prises de position, et s’en sent fier. Ce quatuor démoniaque (Diogo Moreschi – chant, Carlos Ferreira – basse, Guilherme Alan – guitares et Fernando Henrique "FH" – batterie) a patienté trois ans avant de publier son premier EP (Reign of Chaos, Pain and Torture en 2012), et trois de plus pour oser le premier longue-durée (Stay Drunk in Hell, 2015), puis encore quatre pour donner suite, avec ce Sick Existence, qui étrangement selon les sources a été lâché en 2018 ou 2019, ce qui laisse assez songeur au niveau de la véracité des informations. Mais cette année ou la précédente, peu importe puisque le contenu de cette seconde livraison aura de quoi enthousiasmer les accros au Thrash le plus formel MAIS débridé, puisque les quatre brésiliens n’ont rien perdu de leurs aptitudes à synthétiser les divers courants en vogue dans les années 80, tout en acceptant les modulations d’agressivité des années 90. Mais ce Sick Existence, malgré son aspect nouveauté indéniable propose un format étrange, à mi-chemin entre EP et le LP complet, puisque seulement six titres semblent inédits, les trois autres étant d’anciens morceaux remis au goût d’un jour, ce qui confère une patine hybride à ce nouveau concept.

Rayon inédit, six morceaux à s’envoyer au goulot, et largement de quoi étancher votre soif de violence propre et carrée. Toujours aussi peu prompts à se laisser aller à la bestialité qui reste la norme en Amérique du Sud, les quatre instrumentistes n’ont pas abandonné leurs théories en route, et prônent la modulation, tout en admettant des accointances éparses avec leurs aînés. C’est ainsi que les diverses influences mentionnées sur leur page Facebook permettent de faire le tri dans les références (DEMOLITION HAMMER, SOLSTICE, WARBRINGER, ACCUSED, SOD, TESTAMENT, EXODUS, VIO-LENCE, RXDXPX, DEATH ANGEL, DARK ANGEL, ATTOMICA, SEPULTURA), tout en balisant un terrain vaste pas vraiment couvert. Les noms qui se prêtent le plus volontiers au jeu restant ceux d’EXODUS, de WARBRINGER et des DEATH ANGEL, quoique de légères allusions soient faites de façon épisodique à des combos plus radicaux. Ainsi, « Reborn From Bullet », en accélérant considérablement le tempo permet d’offrir une bouffée de brutalité qui fait du bien, évoquant tout autant la scène brésilienne des sacro-saintes eighties que les exactions Thrashcore américaines de la même décennie. Mais globalement, en en optant pour un tempo raisonnable, les WARSICKNESS montrent qu’ils se veulent totalement maîtres de leur inspiration, tournant le dos à cette débauche de décibels un peu gauche si caractéristique de leur legs national. Nous sommes donc loin de la vague revival actuelle venant du Mexique, de Colombie et même du Brésil, et plus proche d’une approche suédoise plus rigoureuse qui n’a pas abandonné le solfège en cours de route.

Rappelant même parfois l’euphorie des cadors de MUNICIPAL WASTE, tout en restant hors de portée des génies de POWER TRIP, les WARSICKNESS se montrent donc sous un jour assez flatteur, bien que formel, mais ont toujours largement assez de talent pour trousser des hymnes bien faits. C’est évidemment le cas de l’intro « 666 Liters » qui sous couvert d’éthylisme forcené développe une belle entame mélodique sombre et prenante, avant de se ranger aux côtés des WARBRINGER grâce à cette double grosse caisse puissante et concassante. Sans s’illustrer ou d’extirper de la masse, les brésiliens jouent leur carte et confirment qu’ils sont de bons musiciens, ouverts à toute proposition, et ne crachant pas sur un brin de mélodie. Et avec un hit immédiat de la trempe de « Sick Existence », aucun souci à se faire pour la leur, qui continue son cours avec enthousiasme. Des riffs calibrés pour une folie contrôlée qui explose parfois, mais qui sait rester sous des auspices de musicalité. Un Thrash old-school qui a quand même retenu quelques leçons de la vague Néo nordique des mid 90’s, avec en bonus trois anciens morceaux qui prouvent que le quatuor a fait de gros efforts de composition. Les plus violents reconnaîtront d’ailleurs l’aspect plus viril de leur ancien répertoire (spécialement « Alcoholic Brain », tiré de leur premier EP, toujours aussi frappé) mais sans incarner le renouveau d’une vague nostalgique qui ne cherche pas forcément de nouveaux leaders,  Sick Existence se place dans une moyenne tout à fait honorable, et permet aux WARSICKNESS de faire le point avant de repartir de plus belle.


Titres de l’album :

                             1.666 Liters

                             2.Baptism by Beer

                             3.Reborn From Bullet

                             4.Called to Pay

                             5.Sick Existence

                             6.999

                             7.Gruesome Origin

                             8.Warsickness

                             9.Alcoholic Brain

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par mortne2001 le 30/06/2019 à 17:52
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