Night Intruder

Lifetaker

14/02/2020

Black Omega Recordings

Il n’est jamais bon lorsque vous cherchez des infos sur un groupe de tomber sur un lien renvoyant vers un site comme 88nsm.com. Si d’aventure, ces chiffres et lettres ne vous disaient rien, sachez que le chiffre 8 en langage codé renvoie vers la lettre H, et que le nombre 88 juxtapose donc les deux HH, soit un salut à peine déguisé au trop fameux « Heil Hitler ». Les initiales NS sont suffisamment explicites pour que je ne me penche pas dessus, mais après avoir cliqué sur le fameux lien, je me suis aperçu que la page n’existait plus, ce qui me rassurait. D’autant plus que la musique des allemands de LIFETAKER est suffisamment bonne et puissante pour qu’on lui consacre un article, et devoir les passer à la trappe m’aurait vraiment déçu. Mais une fois éliminées les dernières craintes grâce à Metal Archives, qui m’assure que le combo assume des positions antifascistes fermes, je me sentais plus léger. Une fois cet aparté refermé, intéressons-nous de près à ce quintet de Dortmund, actif depuis deux ans, et déjà auteur d’un premier EP publié l’année de sa naissance, Thanatos. Selon leur courte bio, ces musiciens opposeraient une réponse musicale bruyante à la vie moderne, et émergeraient des bas-fonds de la Ruhr, ce que leur musique ne dément pas, à divers degrés. Au prime abord, les allemands (Konstantin – chant, Alex – guitare/chœurs, Tobias – guitare, Gerrit – basse/chœurs, et Nico – batterie) semblent évoluer dans un créneau facilement identifiable de Death/Grind, mais la réalité des choses est bien plus complexe. En s’arrêtant aux prémices de Night Intruder, c’est en effet cette piste qui semble la plus facile à suivre, mais plus l’album avance, plus les choses se densifient, et on note une pluralité de ton qui n’édulcore en rien la gravité de fond. Et en définitive, vingt-huit minutes après l’entame des hostilités, le bilan est biscornu, et pas vraiment tranché.

Certes, les éléments Death et Grind sont bien présents, et leur mélange probant. Mais les LIFETAKER ne s’en contentent pas, et ils vont plus loin et plus profond chercher les éléments de leur mal-être, piochant allègrement dans le Hardcore, le Sludge, le Crust de quoi alimenter leur usine à cauchemars. Pour faire simple et efficace, disons qu’ils utilisent la méchanceté grasse du Hardcore germain pour l’alourdir d’une grosse enclume de Sludge à tendance Indus anglais, le tout alimenté en vapeur par les industries Crust suédoises. Soit la quintessence de la violence underground du nouveau siècle, ce qu’un morceau aussi impitoyable que « Grabendolch » démontre en à peine plus d’une minute et trente secondes. Les influences sont évidemment nombreuses, mais les nommer serait une insulte à la puissance des allemands. Et si d’aventure « Colony » de ses dissonances initiales et de sa vélocité impartiale vous semblait trop évident, attendez que le reste du répertoire fasse son effet : il est détonant. Rois des blasts qu’ils utilisent pourtant avec parcimonie, les musiciens préfèrent la lourdeur, les riffs empilés et densifiés, et surtout, l’agression vocale permanente, par l’entremise d’un chanteur vraiment grave et de chœurs typiquement Death et Core. Doté d’une gigantesque production aux échos immenses, Night Intruder a de faux airs de raid de nuit dans un lotissement de banlieue, ou d’une intrusion dans un bâtiment officiel pour une opération de destruction massive, le genre de blitzkrieg qui ne laisse aucune chance à l’adversaire et ne laisse que des cadavres sur son chemin. Manifeste de haine, ce premier LP est aussi une démonstration d’intelligence, car la violence – omniprésente – aussi crue soit-elle est dosée, développée, les idées agencées, et le plan finement élaboré. Les morceaux, tous très courts ne manquent pas de rebondissements, et osent les breaks lourds et poisseux, les accélérations sans prévenir, les riffs qui s’imprègnent du Doom pour mieux tailler Hardcore, le tout emballé dans une ambiance unissant NAILS, SLAYER et THE KILL/NAPALM DEATH.

« Cold War » en substance, est une fusion entre la froideur de KILLING JOKE et la lourdeur sauvage de PRIMITIVE MAN. Et la haine qui se dégage de telles chansons a de quoi laisser tétanisé, tant on se croirait replongé dans les affres de l’Anarcho-Core anglais des années 80 délocalisé dans une zone industrielle défraichie allemande. « Loverope », pour contrebalancer accélère le tempo, avant de le fracasser sur un mur érigé entre la Suède Hardcore et l’Allemagne Thrash/Indus de MORGOTH. Avec une section rythmique à l’abattage incroyable, le groupe peut se reposer sur une assise solide, et les deux guitaristes n’ont plus qu’à laisser parler leur ressentiment pour combiner riffs massifs et discordances majeures. Une telle démonstration de puissance peut laisser l’auditeur sous le choc, exténué d’avoir dû faire autant d’efforts pour encaisser les coups. Et même lorsque le groupe enchaîne ses morceaux les plus brefs, la variété reste de mise, et la cadence toujours aussi infernale. Mais le côté accrocheur de ces licks désespérés qui empestent la colère et la misère est un petit miracle en soi, le quintet se montrant aussi convaincant qu’écrasant, ce qui n’est pas le défi le plus facile à relever. Atteignant parfois l’intensité des immondes FULL OF HELL, LIFETAKER multiplie les attaques éclair, les bombardements intempestifs, les à-coups vocaux qui fusent comme des balles, et lorsque tous les éléments se mettent en branle en même temps (« Glorify The Blade »), la magie opère comme une révolution qui s’annonce sanglante.

Impossible de résister à ce déluge de brutalité froide. Les titres s’enchaînent, proposant chaque fois des plans nouveaux, tout en respectant l’osmose générale. Le bloc final assombrit évidemment le panorama, et nous plonge dans une ombre d’avenir qui n’existe plus autrement que par une résistance active, et malgré les blessures infligées par les lames/titres (« Wound Man »), on est tenté de remettre le couvert une fois la conclusion posée. LIFETAKER avec Night Intruder frappe donc très, très fort, et s’affirme comme une faction de poids pour la dissidence allemande contemporaine.

                

Titres de l'album :

                          01. Pestkult

                          02. Colony

                          03. Catacomb Winds

                          04. Cold War

                          05. Loverope

                          06. Liturgy

                          07. First Woe

                          08. Wound Man

                          09. Solipsist

                          10. Grabendolch

                          11. Carcosa

                          12. Tombless

                          13. Glorify The Blade

                          14. Stigmata

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par mortne2001 le 23/06/2020 à 18:09
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