Paroxsihzem

Paroxsihzem

02/11/2017

Krucyator Productions

Le BM canadien est d’ordinaire très malsain, ascétique, et disons-le, très puriste, voire « grisé », dans le sens le plus littéral du terme. Il est apprécié en tant que tel, mais ça ne veut pas dire que ces caractéristiques font loi et s’imposent à la direction artistique de tous les acteurs du cru. D’autres privilégient une approche moins fondamentale et proche des dogmes, et se permettent même d’atteindre des niveaux sonores assez conséquents. Les deux écoles ont leurs propres enseignements, et les font fructifier à leur manière, donnant lieu à un affrontement permanent entre deux "sons", qui sont tout aussi symptomatiques l’un que l’autre. Et s’il est un groupe qui a réfuté tout précepte d’économie de production et d’arrangements, c’est bien PAROXSIHZEM. De leur nom, ils semblaient indiquer qu’ils étaient en perpétuelle recherche de paroxysme, ce que leur premier album venait confirmer il y a cinq ans. Car Paroxsihzem, le LP, est loin d’être une nouveauté, puisqu’il fut publié pour la première fois en CD par Dark Descent Records, avant de connaître une jolie carrière dans l’underground, toujours friand de produits non calibrés et générés d’un nihilisme musical flagrant. Depuis cette sortie, les canadiens l’ont jouée à l’économie, et n’ont offert à leurs fans qu’un split avec les ADVERSARIAL, puis un petit EP en 2016, Abyss Of Excruciating Vexes.

Mais notre label national Krucyator Productions a décidé de replacer sous les projecteurs de lumière noire l’œuvre maîtresse du combo, en rééditant dans un tirage extrêmement limité de cent copies Paroxsihzem, surfant sur le regain d’intérêt du format tape vintage, pour une édition de toute beauté qu’il serait franchement dommage d’occulter.

Car le BM lourdement teinté de Death de PAROXSIHZEM mérite franchement d’être (re)découvert. Evoluant en duo à l’époque, avec Impugnor (NUCLEARHAMMER) à la guitare, basse et aux chœurs, et Krag au chant, soutenus par la puissante frappe rythmique du cogneur de NUCLEARHAMMER justement, le groupe se fondait dans un Crossover subjuguant de puissance, qui alliait la noirceur d’un BM sans concessions, et les effluves putrides d’un Death en pleine décomposition. En résultait un album certes monolithique, mais à l’ambiance cathartique, dont quelques samples aéraient l’air vicié qui s’évaporait de structures compactes et disons-le, dissonantes et irritantes au possible. Car là était le but avoué ou non du groupe. Déranger par une musique fortement abrasive et malsaine, et provoquer d’une dilution de la violence dans une sévère dose de brutalité, que même les passages les plus lents ne semblaient édulcorer. Et pour un album dont la sortie initiale remonte à une autoproduction en 2010, on peut dire que Paroxsihzem n’a pas vraiment vieilli, et qu’il a gardé son impact nauséabond au travers des années…

Certains me diront, toujours les mêmes je pense, que tout ceci ressemble à un magma compact dont il est impossible d’extirper une ou deux idées motrices. Mais c’est justement ce refus de segmenter leur effort qui rendait ce premier album si dangereux et fascinant, tant les plans hyper brutaux succédaient à des segments d’une agressivité inouïe. Difficile de comparer les canadiens à d’autres factions en marche, tant leur philosophie s’accordait à merveille à des thématiques sombres, basées, sur l’occultisme, l’histoire, la philosophie ou la psychologie. Evidemment, la voix très sourde et rauque de Krag n’aidait en rien à comprendre les paroles, mais on sentait un réel malaise émerger de ce BM diffus et concentré, malaise toujours palpable aujourd’hui, malgré le temps passé.

Beaucoup les avaient comparés aux australiens et néo-zélandais de VASSAFOR, d’IMPETUOUS RITUAL, ou aux PORTAL, mais les noms de leurs propres compatriotes de ANTEDILUVIAN ou ADVERSARIAL furent aussi évoquer, et autant admettre que Krag et Impugnor se situaient en convergence de toutes ces références, sans pour autant piocher dans leur sac à riffs. L’approche délicatement Indus se sentait jusque dans les répétitions hypnotiques de thèmes recentrés et resserrés jusqu’à ce que le nœud du problème en devienne inextricable, mais on pouvait aussi parler plus simplement de Death/Black légèrement Ambient sur les bords, qui aurait sagement écouté les dogmes de GNAW THEIR TONGUES par la fenêtre sans en avoir l’air. Beaucoup d’itérations, des plans qui se succèdent sans vraiment chercher à se différencier, pour une approche maléfique du Black creusant la terre la plus aride du Death pour y enterrer le corps d’une musique trop puriste pour être appréciée du plus petit dénominateur commun. Il est évident qu’avec une telle volonté de repousser les barrières soniques, les canadiens allaient s’aliéner une frange importante du public extrême, encore trop tendre pour supporter cette vague d’assauts sans pitié pour leurs oreilles et leur cerveau. Mais cette réédition tombe à point nommé pour redécouvrir un autre pan de la culture excentrée canadienne, qui refusait de tomber dans le piège du minimalisme de production et ainsi se fondre dans un moule trop restrictif. Alors, la puissance, en tant que telle, le chaos, pour ce qu’il représente, et le refus de moduler une musique qu’il convenait de prendre en pleine face pour en saisir toute l’essence effroyable.

Au-delà de la « branchitude » du format, j’admets que le choix de la tape pour replacer dans un contexte actuel ce premier album est le bon. A l’écoute de Paroxsihzem, on se croirait revenu au bon vieux temps du tape-trading, à ceci près que le son dont ils bénéficiaient n’avait sans doute jamais été rêvé par les groupes enregistrant leurs morceaux sur un vieux quatre-pistes fatigué. Et si les compositions défilent dans une homogénéité flagrante, certaines inflexions et déviances nous permettaient de réaliser que le duo avait sans doute beaucoup plus à proposer qu’un simple défilé de growls sur fond de rythmique apocalyptique. Bien que le jeu de batterie soit irréprochable, et incroyablement rapide, il s’accordait fort bien des riffs impénétrables et incontrôlables d’Impugnor, qui faisait trembler ses cordes pour donner à son instrument l’air menaçant dont il avait besoin. Et si les premiers morceaux ne vous rebutaient pas de leur noirceur, le final orgasmique « Aokigahara » vous achevait de ses huit minutes de déluge d’acide continu, à peine interrompu par quelques accalmies étouffantes en pleine crise de dissonances.

Mais « Vanya » mettait les choses au point dès le départ, après une intro fort bien amenée qui plantait l’ambiance, et dès lors, il était assez facile d’envisager une suite qui ne s’écartait que très peu de ce déversement de bile.

Si vous faites partie des acquéreurs chanceux de cette réédition Krucyator Productions (le packaging de la cassette est vraiment soigné, et vendu pour cinq malheureux euros), vous découvrirez donc un pan assez méconnu de la culture canadienne, mais surtout, un album sans limites autres que celle du chaos le plus assourdissant. Mais nul n’a jamais affirmé que le chaos devait être organisé et méthodiquement agencé…


Titres de l'album:

  1. Intro
  2. Vanya
  3. Nausea
  4. Deindividuation
  5. Godot
  6. Tsirhcitna
  7. Aokigahara

Facebook officiel


par mortne2001 le 01/11/2017 à 14:14
73 %    453

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Jon _ interview d'un homme multi-facettes

Simony 23/11/2020

Interview

Future World

mortne2001 23/11/2020

From the past

Voyage au centre de la scène : les fanzines

Jus de cadavre 22/11/2020

Vidéos

Rammstein 2005 (Volkerball)

RBD 16/11/2020

Live Report

At The Mill _ Live Stream Performance

Simony 07/11/2020

Live Report

Dahey OWM

Simony 01/11/2020

Interview

Fear Factory + Misery Index 2006

RBD 28/10/2020

Live Report
Concerts à 7 jours
Saor + Borknagar + Cân Bardd 01/12 : Le Petit Bain, Paris (75)
Saor + Borknagar + Cân Bardd 02/12 : Le Rex, Toulouse (31)
Saor + Borknagar + Cân Bardd 05/12 : Cco, Villeurbane (69)
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Buck Dancer

Un ep moyen et voilà ou ça mène.... A la limite, Carcass en première partie de Behemoth ça peut se comprendre vu la grosse machine qu'est devenu la bande a Nergal. Mais Arch Enemy ça fait mal. C&apos(...)

01/12/2020, 15:32

Tartampion

J'aime beaucoup DEP. Ces deux morceaux n'y ressemblent pas, mais me donnent envie d'écouter l'album au complet.

01/12/2020, 14:10

MorbidOM

Heu... J'adore Carcass mais vous en demandez beaucoup là quand même.Première fois que j'envisage de ne pas aller voir Carcass alors qu'ils passent à Paris ou Marseille.

01/12/2020, 14:08

Simony

S'ils veulent faire le Knotfest, il y a des passages obligés...    SLIPKNOT + KORN + MACHINE HEAD + TRI(...)

01/12/2020, 13:42

Jus de cadavre

Entièrement d'accord Grinder (bizarrement ta réaction ne m'étonne pas hahaha !). Mais ça fait bien longtemps que le respect, tout le monde s'en beurre la raie je crois. Megadeth qui fait la première partie de Five Finger Death machin ((...)

01/12/2020, 12:39

grinder92

Carcass qui ouvre pour Arch Enemy et Behemoth, pffff. J'ai rien contre ces 2 groupes mais bon, on a tué le respect là, non ?

01/12/2020, 12:23

POMAH

Désolé pour la faute. Oui leur Album est vraiment une pépite, j'ai hâte qu'ils en sortent un nouveau d'ailleurs.

01/12/2020, 10:21

L'Apache

Ca me fait grave pensé à Behemoth perso !

01/12/2020, 08:48

Solo Necrozis

D'ici là on sera tous vaccinés et pucés par le nouvel ordre mondial donc pas de report cette fois j'espère!

01/12/2020, 08:19

Humungus

Un de mes albums de l'année !!!Tout est dit dans la chro... ... ...

01/12/2020, 07:14

Jus de cadavre

Ecouté un peu par hasard il y a quelques jours : une tuerie cet album !

01/12/2020, 07:05

LeMoustre

Retour qui fait rudement plaisir en effet. On a l'impression de revenir en 1989 au gré de The Descending ou de quelques parties Forbiddenesques parsemées entre moshparts typiques. Et puis Flores n'a pas trop muté, y'a bon.

30/11/2020, 14:38

Gargan

C'est Knokkelklang*, même chant. Album 2018 excellent par ailleurs. Ce nouveau projet confirme que 2021 sera une belle année metal et une bonne source de dépenses.

30/11/2020, 09:48

RBD

Je suis plutôt pessimiste, les rassemblements de ce type seront à mon avis l'ultime activité à redevenir autorisée avant le retour complet à la normale. Ils reviendront, mais en dernier. Ceci dit, les institutions catholiques viennent d'obtenir d(...)

29/11/2020, 19:33

mortne2001

"Pis de toute façon, moi, dès que cela sonne comme SLAYER j'achète de suite donc... ... ..."Je ne peux pas me battre contre ce genre d'argument, puisque j'utilise les mêmes

29/11/2020, 19:02

Gargan

4eme épisode, toujours aussi bien. Maintenant je les imagine jouer vetranatt dans la pièce rose haha

29/11/2020, 17:53

Humungus

Je serai bien plus jouasse que toi sur ce coup là mortne2001 :Tu trouves qu'EXHORDER a sorti l'album de sa carrière l'an passé... Bah je pense qu'il en est de même pour EVILDEAD aujourd'hui.Pis de toute façon, moi, dè(...)

29/11/2020, 14:46

Gargan

Beaucoup aimé le précédent (bien que trop court), surtout avec l’epique twelve bells, et ça sent toujours très bon. En même temps, on est rarement déçu avec le père Alan. Ce ne serait pas mal une petite interview soit dit en pass(...)

29/11/2020, 09:13

Oliv

Oui ya de quoi faire chez nous pourtant en catégorie métal français 

29/11/2020, 00:31

MorbidOM

Si tu t'en fous complétement pourquoi exhumer un post qui date de 8 moi ?

28/11/2020, 19:39