Dans l’underground, le jeu des chaises musicales est une pratique en vogue. Le principe en est simple, vous montez un nouveau projet, vous conviez quatre ou cinq musiciens, vous balancez « Life » de NAPALM DEATH, et les deux, trois ou quatre premiers à s’asseoir ont gagné le droit de s’investir dans le nouveau concept. Répétez l’opération autant de fois que vous avez d’idées, et vous obtenez un paquet de nouveaux groupes composés de personnalités bien connues des amateurs. Ainsi, cette pratique ludique a toujours connu un certain succès auprès de Paul Folk (guitare), Kasey Harrison (basse/chant) et Matt Bear (batterie), puisqu’on retrouve leur nom au casting d’ensembles aussi chatoyants que THE HUMAN RACE IS FILTH, EXTERMINANCE, POLICE STATE, BITTERED, et aujourd’hui SPLIT/CROSS, qui nous propose depuis fin janvier son premier travail en trio, qui ressemble en tous points à celui des précédents groupes nommés. Mais ne boudons pas notre plaisir face à l’hyper-productivité de ces maniaques du bruit, puisque le dit bruit est toujours de grande qualité, et surtout, d’un nihilisme à faire peur, typique de l’école de Pennsylvanie dont sont originaires ces grosses brutes. Et les effluves noisy émanant de South Central PA sont toujours aussi assourdissantes, pour ceux ayant connu comme moi les déflagrations tonitruantes de THE HUMAN RACE IS FILTH, dont ce nouvel EP/LP/Projet semble directement découler. Pas étonnant, puisque Paul et Kasey en faisaient partie ensemble, avant de monter POLICE STATE avec Matt, et ce sont donc les trois rôles principaux que nous retrouvons aujourd’hui pour une dose de bonne humeur et quelques facéties. Mais qu’attendre d’autre de musiciens dont le leitmotiv est « pas de gimmicks, pas de conneries, juste du bruit » ? Rien, et dont acte. Et l’acte en question n’est sans doute que le prochain d’une pièce bruitiste que les trois zigotos jouent depuis le début de leur carrière.

Au menu, des entrées, salissantes, un plat, roboratif, un plateau de fromages, dégoulinant, et un dessert, épais et goulu. En gros, pas mal de Hardcore, un peu de Grind, mais aussi du Sludge option assommant, pour vingt-deux minutes de terrorisme sonore qui font mal aux oreilles et qui transpercent le crâne. Enregistré aux Oblivion studios le 1er décembre de l’année dernière, Rise of Discontent est un concentré de Crust et de Hardcore à la vilénie patente, qui plus est dopé à l’adrénaline colérique d’une production énorme et puissante. Les riffs sont aussi sombres que le Hardcore peut l’être lorsqu’il lui prend l’envie de sonner Death, le chant éminemment dégueulasse dans une mouvance EYEHATEGOD/NOLA des bas-fonds, la rythmique évolutive mais toujours écrasante, et le feedback aussi important que les thèmes principaux histoire de nous refiler notre dose quotidienne de dissonance. Du Crust, ces trois-là ont retenu la vitesse et la rudesse, du Sludge, l’oppression et la malséance, du Grind, les fulgurances en coup du lapin mortel au sortir d’un virage au couteau. Et du Hardcore, la philosophie « no bullshit » qu’ils prônent avec tant de fierté. Et le tout sous couvert d’un LP introductif à de faux airs de melting-pot de l’horreur, n’extirpant des genres précités que leurs éléments les plus souillés, pour soigner aux petits oignons un Crossover vraiment grognon, assez repoussant, mais bien évidemment, très séduisant pour les psychopathes de l’extrême. Et extrême, ce disque l’est, sans pour autant tomber dans les travers Noisy de la scène.

Plus posé que certains des projets les plus anciens de l’axe Paul/Kasey, SPLIT/CROSS reste musical dans sa débauche, et les morceaux ont tous des structures éprouvées et logiques. Et même si le ressenti reste l’attitude la plus privilégiée, on sent que la composition n’a pas été bâclée au profit de la nuisance immédiate. C’est certes bourrin, mais c’est malin, et surtout, maladif dans l’optique. Gravissime, lourd et déjà cultissime, ce concept de lourdeur dans la virulence est traité avec intelligence, et ne recense que les aspects les moins ragoutant de l’underground. Un peu comme si les NAILS, LIGHTNING BOLT, PRIMITIVE MAN et autres DISFEAR s’étaient retrouvés bloqués en studio avec pour seule nourriture l’intégrale de DISCHARGE et de ST VITUS, et pour ordre d’enregistrer un EP d’une férocité aussi avouée que leurs travaux officiels. Et c’est sans doute pour ça que l’agence de promotion à placé ce trio sous l’égide de quelques références, dont les NAPALM évidemment, mais aussi DROPDEAD, HELLHAMMER, SORE THROAT, WINTER ou INSECT WARFARE, dont les noms sont très utiles pour baliser le terrain couvert. On retrouve dans ces huit titres la rigidité hivernale des WINTER, la folie sonique des DROPDEAD, la vitesse et les revendications de NAPALM, mais aussi l’urgence d’INSECT WARFARE, et le radicalisme des NAILS, le tout traité avec un professionnalisme frais, et surtout, une envie de continuer à jouer la musique la plus violente et menaçante qui soit. Rien de neuf, mais une indéniable exigence dans l’ingérence, et beaucoup de haine musicale s’articulant autour de cassures bien nettes, et de tempi variés, qui passent de l’extrême lourdeur aux blasts déchainés avec une facilité déconcertante.  

Et sans vous la jouer track-by-track ou linéaire, sachez que chaque morceau en est un d’un puzzle des plus hideux, le tout s’avalant goulument et d’un trait, histoire de se prendre une bonne cognée et de se réveiller quelques illusions mélodiques en moins. Mais sachez quand même que quel que soit le secteur de jeu pratiqué, les SPLIT/CROSS excellent dans le sadisme et la perversion, et que l’ambiance ne dépend pas de la vitesse de jeu et reste poisseuse du début à la fin. Le genre d’objet - qui devrait d’ailleurs connaître les joies d’une sortie physique - qui vous laisse les doigts collant et l’âme en extase, et surtout, qui vous donne l’envie de shooter dans toutes les poubelles pleines de votre quartier pour achever de le transformer en décharge municipale. Entraînant mais pas forcément drôle, truffé de samples et d’effets sonores qui dérangent, de riffs graves comme une lettre de suicide, et de soudaines embardées aussi puissantes qu’un paquet surprise oublié dans un aéroport. Donc, fatalement gras mais rapide, leste mais pachydermique, et aussi Crust qu’il n’est Sludge, et aussi Grind qu’il n’est Hardcore. Une nouvelle génération de musiciens détestant les clivages, et piochant partout où ils le peuvent les ingrédients de leur discorde, pour une union sous la bannière du son, le plus gros possible, et un avenir qui promet d’être très rigolo si les gus du monde entier continuent dans cette voie.     

  

Titres de l'album :

                         1.Blindspot

                         2.Filth March

                         3.Dis-seption

                         4.Splinter

                         5.Rat Cult

                         6.Fallen Victim

                         7.Rotten Cycle

                         8.Soaked Ground

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par mortne2001 le 17/02/2019 à 17:29
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