Merci de bien lire LO ! et non LOL. Ici, il n’y a rien de cocasse, ni de drôle, et encore moins un quelconque rapport avec des locutions/acronymes/onomatopées pour jeunesse dépravée incapable de réfléchir par elle-même. Juste du son, énorme, des chansons, énormes, une attitude, énorme et un Crossover monstrueux. Et à l’écoute de ce Vestigial, on se demande encore pourquoi et comment ces australiens ne sont pas devenu la référence qu’ils se doivent d’être. Peut-être parce que LO !, c’est justement le chien dans le proverbial jeu de quilles, celui qui renverse tout sur un strike de fou, ou qui balance nonchalamment la boule dans la gouttière par inattention. On le sait, du moins ceux qui les connaissent bien, la stabilité et la cohésion totale n’ont jamais été leur fort. Et ce, par leur choix de juxtaposer des styles antagonistes au sein d’un même creuset d’inspiration, mélangeant allègrement les passages Post vraiment mélancoliques et les attaques bourrues qui vous laissent pantois, la gueule en vrac, et le nez bien aplati. Jusque-là, leur albums étaient bons, très bons mêmes, mais on les sentait capable d’accoucher d’un magnum opus sans vraiment avoir à forcer leur talent, juste en dosant un peu mieux les ingrédients. Et comme le troisième album est toujours cette foutue étape difficile à négocier (un peu comme les sept ans de mariage, quoique ces quatre-là soient ensemble depuis plus de dix ans), on commençait à se demander s’ils allaient sombrer, juste surnager, ou enfin attraper la bouée pour s’accrocher à un destin beaucoup plus favorable.

Et après écoute attentive des quarante-deux minutes de Vestigial, nous pouvons enfin l’affirmer haut et fort, les LO ! sont en passe de devenir le monstre qu’ils auraient toujours dû être. Grâce à ? Des compositions solides, et un style qui s’affirme, trouvant enfin l’équilibre nécessaire à sa suspension dans les arcanes d’un underground qui a du mal à supporter l’approximation.

Non que leurs deux albums précédents furent des échecs, puisqu’ils explosaient d’un succès d’estime tout à fait mérité. Mais lorsqu’on est persuadé d’avoir affaire à un groupe majeur susceptible de rejoindre ses propres influences au panthéon de la légende, on se sent un peu frustré de devoir recenser de petites fautes de frappe, qui à un certain degré de professionnalisme n’ont plus lieu d’être. Et avec cette nouvelle livraison, on note une syntaxe musicale parfaitement gérée, une grammaire Core subtilement corrigée, et un langage Post Hardcore/Sludge parfaitement manipulé. En gros, un sans-faute qui va faire voir des étoiles et trente-six chandelles à tous ceux qui pensaient que CULT LEADER, NAILS, GAZA, PRIMITIVE MAN ou NEUROSIS étaient un peu seuls sur leur île de désespoir et de rage. Le bruit, la fureur évidemment, mais aussi la sensibilité, l’avenir vu à travers le prisme d’un Post Metal diaboliquement intelligent et pertinent, et surtout, des chansons, des putain de chansons. Un voyage initiatique dans le monde merveilleux de la puissance énervée et de la décence réservée. On trouve toujours sur ce Vestigial ce qui a fait l’unicité de Carl Whitbread, Adrian Shapiro, Adrian Griffin et

Sam Dillon, cette ambivalence d’opinion qui fait évoluer en parallèle et en continuité des atmosphères délicates et des passages en rage qui éclate, mais cette fois-ci, aucune faute de goût à déplorer, comme si le groupe avait bien compris ce qu’on attendait de lui.

Le résultat ? L’album de l’année, dans un créneau difficile à situer de Post à peu près n’importe quoi, de Hardcore métallique hargneux, de Sludge boueux et de Crust teigneux, pour une outrance qui ne cède jamais la haine à la lucidité, et qui nous agresse, dans le bon sens.

Mais qui aime encore être bousculé de nos jours ?

Les vrais, qui ne se contentent jamais du minimum imposé.

Beaucoup l’ont noté, le jeu d’Adrian Griffin a énormément progressé. L’homme connaît maintenant son kit par cœur, et le manie avec bonheur, éclatant ses toms, malmenant sa caisse claire, et caressant en fracassant ses cymbales pour un festival rythmique permettant toutes les audaces de riffs et de cassures. Rarement percussionniste n’aura autant guidé la musique, contredisant de fait ce cher Ian Paice, pourtant pas le dernier à donner de bons conseils, qui affirmait il y a trente ans qu’un batteur ne construit pas la musique. Vestigial prouve le contraire, même si l’on sait que les compositions ne sont pas parties d’un plan rythmique, mais bien d’un riff, ou d’une idée de lyrics. Néanmoins, et malgré un niveau global montant, c’est vraiment Adrian qu’on remarque avant tout, aussi à l’aise dans les blasts, la furie Crust, que dans les silences Post et l’introspection harmonique, qui viennent tempérer la violence générale sans pourtant la calmer. Ici, on ne calme pas la violence, on la laisse expirer de bronches encombrées, qui toussent leur véhémence sans aucune manière. Alors les références…toujours les mêmes.

Les segments les plus contemplatifs rappellent le meilleur de CULT OF LUNA (le moins complaisant et le plus efficient), les bourrasques Crust et Core l’absence de tempérance des NAILS ou CULT LEADER, les coulées de boue émotionnelles le NEUROSIS le plus en phase avec son moi suprême, et le tout assemblé, loin d’être une sale créature non viable faite de membres décharnés, prend des airs d’exhortation suprême, qui vous indique la seule voie à suivre.

Le ressentiment qu’on laisse ressurgir à n’importe quel moment, pour enfin, guérir. Ou presque.

Ce troisième album ne fait pourtant que reprendre les débats là où The Tongueless les avait laissés, en seulement quelques titres qui trouvent enfin une extension pleine et captivante. On retrouve cette lourdeur oppressante, condensée en quelques pas lents qui avancent péniblement accompagnés de stridences et de brisures de rythme (« The Worms Lament »), cette dégénérescence Crust/Grind, capable de ridiculiser ENTOMBED et NAILS en une poignée de secondes (« As Fools Rippen »), cette approche maladive à la ACID BATH d’un Metal à tendance Hardcore compact et aussi poisseux qu’un marais encombré de cadavres flottant (« Glutton »), et évidemment, ces intermèdes planants, largement au-dessus d’un ciel soudainement trop gris pour en supporter la vision (« Bombardier »).

Et quoi d’autre ?

Tellement de choses…le Post Hardcore déchiré d’une méchanceté Sludgecore/Death pour mieux crucifier la douceur sur l’autel de la bestialité (« A Tiger Moths Shadow », presque mécanique dans sa progression), des thérapies tribales hurlées d’une voix si caverneuse que Platon en perdrait ses allégories (« Judas Steer »), et finalement, la quintessence, une certaine quintessence…

Oui, je le dis, et je n’ai pas honte. J’ai toujours eu confiance en LO ! et le présent me prouve à quel point j’ai eu raison. Car Vestigial est plus qu’un album. Plus qu’un troisième album. C’est un manifeste de violence, de crudité, d’intelligence, qui renvoie tout le monde dans les cordes de l’exigence. Et il va en falloir pour le surpasser. Il faudrait presque que toutes les influences citées dans ces lignes travaillent en commun pour y arriver. C’est vous dire le niveau d’un disque qui a enfin compris que la perfection se trouvait souvent dans la liberté de ton.


Titres de l'album:

  1. Hall of Extinct Mammals
  2. As Fools Rippen
  3. Glutton
  4. Locust Christ
  5. Butcher Birds
  6. Bombardier
  7. A Tiger Moths Shadow
  8. Judas Steer
  9. Bestial Beginnings
  10. The Worms Lament
  11. Gods Of Ruin

Site officiel


par mortne2001 le 25/10/2017 à 14:53
95 %    226

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Simony
membre enregistré
26/10/2017 à 14:57:59
Ben perso, je trouve que le groupe se normalise en occultant la part Sludge de leur musique, c'est un excellent album mais j'ai préféré leur deuxième album ! Ceci dit pour les amateurs de Post Hardcore, LO! fait partie des locomotives sur lesquelles il faut se pencher !

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