Moving Backwards

Wheel

22/02/2019

Odyssey Music Network

C’est l’histoire d’un anglais qui décide de s’expatrier pour continuer sa carrière musicale et qui se retrouve à des milliers de kilomètres de chez lui. Ou plus exactement, c’est l’histoire de James Lascelles qui un jour décide que la Finlande est sa nouvelle terre promise, et qui traîne du côté d’Helsinki pour trouver de nouveaux camarades de jeu. Et c’est ainsi qu’il fait la connaissance de Mikko Määttä, Santeri Saksala et Saku Mattila, et qu’il forme l’entité WHEEL, comme la fameuse roue du destin qui tourne et qui finit toujours par revenir à son point de départ. D’ailleurs, le choix de ce patronyme est tout sauf anodin pour James, puisqu’il l’a choisi en pensant à cette fameuse citation de Stephen « Carrie » King, « La vie est telle une roue. Tôt ou tard, elle revient toujours à ton point de départ ». Sauf qu’à contrario de cette roue, ce groupe cosmopolite avance vers son avenir sans se retourner et répéter les mêmes formules. Quatuor (James Lascelles - guitare/chant, Mikko Määttä - basse, Santeri Saksala - batterie et Roni Seppänen - guitare en remplacement de Saku, parti depuis), WHEEL est le type même de concept qui échappe à toute catégorisation, sans tomber dans le flou artistique stérile, ce qui rend son leader particulièrement fier. Il hésite d’ailleurs à classer son entité dans le Rock ou le Metal, dépendant du point de vue abordé, et préfère affirmer dans un rire que WHEEL n’est aucun des deux en réalité, ou bien les deux, et peu importe. Seule compte la musique, cette musique que le groupe a commencé à développer sur le premier EP The Path and The Divide, paru il y a quelques années. Mais le but avoué de la formation était clairement de s’exprimer en longue durée, chose faite depuis la parution de ce magique Moving Backwards, qui une fois encore fait référence à l’histoire qui se répète, et pas uniquement la sienne. Groupe engagé, WHEEL n’a pas peur de dire tout haut ce que de plus en plus de gens ne pensent plus tout bas, et aborde cette fois-ci la question de la censure et du contrôle de la pensée par les gouvernements, soutenus par les grands groupes de médias.

C’est d’ailleurs dans un de ses textes que James lâche un très prophétique « silence will become the banner », qui en effet semble décrire à merveille la situation qui préoccupe les peuples de Corée du Nord, de Chine, de Russie, mais aussi des Etats-Unis et même de France. Non que l’auteur souhaite comparer des dictatures à des démocraties, mais autant dire qu’il constate que le filtrage des informations est de plus en plus alarmant dans le monde, constat que personne ne pourrait contredire à l’heure actuelle. Entre les fouilles chez Mediapart, la situation de Julien Assange, et les centaines de journalistes détenus à l’heure actuelle dans des prisons du Moyen-Orient ou d’Asie, le tableau n’a rien de réjouissant, et la liberté d’expression si chère au 1er amendement de la constitution américaine a des allures d’Arlésienne qu’Orwell avait finement décrit dans son ouvrage prophétique. Mais si les thématiques abordées par Moving Backwards sont d’importance, son contenu musical l’est tout autant. Le groupe ne se range peut-être pas dans une catégorie bien définie, mais se permet des allusions très prononcées à plusieurs sous-genres, se glissant de fait dans la catégorie assez pratique du Progressif moderne, mais un Progressif plus rythmique et contemporain que la moyenne. James avoue d’ailleurs une passion sans bornes pour les KARNIVOOL, dont nous retrouvons des traces patentes d’expérimentation dans les sept morceaux de ce premier LP, mais son champ d’inspiration ne s’arrête pas là. Et les connaisseurs reconnaîtront le parrainage inconscient ou indirect d’autres références, dont Steven Wilson n’est pas la moindre. L’ombre de DREAM THEATER plane aussi très bas sur cet enchevêtrement rythmico-mélodique, et surtout, celle de TOOL, dont les progressions harmoniques et les déconstructions globales semblent avoir déteint sur plusieurs morceaux de ce premier LP. C’est donc une affaire assez complexe qui vous attend là, mais incroyablement riche, même au regard du peu de pistes que vous aurez le loisir d’écouter. Peu, mais longues. Tel, est le leitmotiv de ce groupe qui ne s’impose aucune barrière temporelle, et qui laisse sa créativité s’exprimer au-delà des dix minutes parfois, pour tisser des textures sonores denses et multiples, aux couches parfois très fines, et à l’approche ciselée tirant parfois sur le Post Metal le moins contemplatif, et le plus ouvert aux suggestions des nineties.

KARNIVOOL, Steven WILSON, TOOL, DREAM THEATER, mais aussi un peu de RADIOHEAD, un soupçon de Neal MORSE, quelques emprunts à la vague Post Metal des VATTNET VISKAR, des allusions involontaires à THE OCEAN, et surtout, une envie de proposer autre chose qu’un cadre trop formel, et sans tomber dans la complaisance ou l’autosatisfaction. Mélodiquement parlant, et malgré des évolutions sous contrôle, WHEEL se rapproche terriblement du PORCUPINE TREE de Fear of a Blank Planet, l’album le plus direct de la bande à Steven. On retrouve ce sens de la dualité entre le grand écart accompli par « Vultures », presque Post Grunge dans l’esprit et « Tyrant », l’un des inserts les plus longs de l’album, et la distance qui sépare les deux morceaux est aussi conséquente que les points communs les unissant, à l’image de la voix de James, planante, mais qui sait se faire plus mordante lorsque les riffs métalliques l’imposent. Difficile aussi de ne pas voir quelques empreintes du CYNIC le moins zen dans cette mixture homogène, expurgées de tous ces effets et ce vocoder encombrant, mais sans vouloir établir trop de parallèles contraignants, je dois admettre que l’union britannico-finlandaise possède une identité forte et très prononcée. Et si le tout est d’une homogénéité indéniable, les morceaux développent tous leur propre climat, dénonçant l’uniformisation dans le concept, comme une métonymie globale de la problématique abordée. Une basse très proéminente, qui parfois occupe le premier plan sans complexe (« Up The Chains », sorte d’union discrète entre ALICE IN CHAINS et TOOL), des breaks qui tombent en crescendo, et surtout, un désir d’aller plus loin qu’un simple lick torturé à l’envi pour mériter la caution Progressive. Nous parlons ici de véritables chansons, construites, mais encore assez libres pour aller où bon leur semble, et « Wheel », de son intro en percussions tonitruantes à son final en montée en puissance d’évoquer le meilleur des créatifs audacieux de ces dix dernières années.

Moins pompeux et pompiers que bon nombre de leurs congénères, les WHEEL savent que parfois, le discours se doit d’être martelé pour être entendu, et ne crachent donc pas sur quelques pics d’intensité pour mieux porter leur voix dans le néant de l’écoute contestataire. Parfois proches d’un Néo tirant brièvement sur le Metalcore, les quatre musiciens osent tout, et combinent avec beaucoup de flair des éléments contraires. Aussi efficaces et pertinents en version courte, ils sèment sur leur passage des chapitres plus concis, débordements de violence mesurée pour pièces du puzzle qui s’imbriquent avec logique. Ainsi, il n’est pas difficile d’imaginer que nous aurions pu découvrir « Where The Pieces Lie » sur le séminal Undertow, ou de se dire que le John Petrucci de Falling Into Infinity aurait pu composer l’éthéré « Skeleton ». Progression cohérente, Moving Backwards est un pamphlet virulent contre l’apathie d’opinion et les libertés bafouées, qui a su hisser son contenu artistique à la hauteur de ses récriminations. D’une intelligence racée, ce premier long est d’une qualité indéniable, et prend la forme d’une roue de vérité qui avance, et qui écrase les injustices et autres mensonges sur son passage. De là à déclencher un retour aux fondamentaux de la justice ? Osons l’espérer avant de nous retrouver bâillonnés.        

  

Titres de l'album :

                          1.Vultures

                          2.Wheel

                          3.Tyrant

                          4.Up The Chains

                          5.Skeleton

                          6.Where The Pieces Lie

                          7.Lacking

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par mortne2001 le 30/04/2019 à 16:52
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@humu : tu cliques sur le tag "Druid Lord", ça te proposera cette chronique et également celle-ci : http://www.metalnews.fr/chroniques/grotesque-offerings 

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