Abysmal Decay

Verthebral

27/12/2019

Transcending Obscurity

Du Death old-school, voilà qui n’a rien de surprenant. Du Death old-school paraguayen, c’est déjà plus exotique. Mais dans les faits, cette origine apporte-t-elle quelque chose de neuf à l’affaire globale du dossier nostalgique ? Pas grand-chose non, puisque les VERTHEBRAL auraient tout aussi bien pu être américains, allemands, brésiliens ou indiens, personne n’aurait vu la différence. S’il n’y avait cet intermède mélodique un peu plus symptomatique sur « The Art of Perversion », nul n’aurait imaginé une telle provenance et c’est finalement tant mieux. Car on se contrefout de savoir d’où vient tel ou tel groupe, à partir du moment où il concasse sévère et qu’il aplatit grave. Et les VERTHEBRAL s’y connaissent justement en tassage de colonne vertébrale par abus d’assauts soniques, ils pratiquent l’osthéopadeath depuis quelques années et s’y étendent comme personne pour vous compresser les cervicales. Fondé en 2013, ce collectif de joyeux drilles n’en est donc pas à son coup d’essai, puisque sa courte carrière est déjà émaillée d’exploits en différentes formats. Le format court d’abord, avec un EP paru en 2015 (Adultery of Soul), mais surtout, un LP introductif, Regeneration, lâché deux ans plus tard. On trouvait sur ces deux supports tous les fondements de leur art, ce formalisme forcené, ce classicisme respectueux, et aujourd’hui, la suite des évènements nous est donc dévoilée par Abysmal Decay, leur second longue-durée. Mais rassurez-vous, comme Julio, les paraguayens n’ont pas changé, ils sont toujours les bruites épaisses que vous avez aimées, et pratiquent avec toujours autant de bonheur la dissection intégrale en utilisant les mêmes méthodes et instruments. Un coup de scalpel par ci, un coup de foreuse par-là, et l’affaire est faite, et le corps bien charcuté. Mais proprement, et sans effusion de sang. On a la classe où on ne l’a pas.

Signés sur le label d’esthètes indien Transcending Obscurity Records, toujours prompt à fouiller dans les poubelles de l’underground de quoi alimenter son centre de retraitement, VERTHEBRAL nous propose donc une digression intéressante sur d’anciens thèmes. Le quatuor (Christian Rojas – chant/basse, Daniel Larroza – guitare, Alberto Flores – guitare et Denis Viveros – batterie) ne se défile d’ailleurs pas au moment de recenser ses influences, et liste sur sa page Facebook des noms connus. MORBID ANGEL, DEATH, DEICIDE, OBITUARY, SARCOFAGO, NAPALM DEATH, MORGOTH, ASPHYX, CANCER, UNLEASHED, DISMEMBER, SEPULTURA, ENTOMBED, BENEDICTION, CARCASS, tout y passe, et du velu, et avouons que ce recensement presque exhaustif balise admirablement bien le terrain. Car sans vouloir être trop péjoratif, Abysmal Decay n’est rien de plus ou de moins qu’une synthèse parfaite de nos années Death 90’s, avec attaques au biseau, soli plus ou moins beaux, technique en filigrane pour ciseler l’ensemble, et énergie constante. Pas vraiment de quoi révolutionner le genre qui depuis quelques années se voit honoré sous sa forme la plus pure, mais de quoi enthousiasmer les fans d’une vision rétrograde et passéiste, mais délicieuse. Et comme pour mieux signer leur allégeance, les musiciens décident de se passer d’intro et/ou de tour de chauffe, et rentrent dans le vif des débats avec le lapidaire et immédiat « Ancient Legion ». Riffs pur jus, suintement rythmique, double grosse caisse qui ne connaît pas le sens du mot « modulation », chant grognon, et vogue la galère, de Tampa à Berlin en passant par Rio ou Stockholm, pour quarante minutes de classicisme savoureux, mais hautement prévisible.

Inutile de tergiverser, vous avez déjà entendu tout ce qui se trouve sur cet album, puisqu’il représente une moyenne de toutes les philosophies Death des origines. Entre l’inextricabilité des guitares qui canardent tous azimuts en multipliant les riffs homériques, une section rythmique à la basse enterrée dans le mix et une batterie omniprésente et hystérique, un chant raclé mais intelligible, et des constructions à tiroirs multipliant les cassures et les reprises, tout est joué d’avance, ce qui n’empêche pas cet album de faire preuve d’une euphorie dans le sadisme assez délicieuse. Certes, on pourra déplorer certaines figures de style un peu faciles, notamment dans les soli qui alternent les révérences à Trey (version épileptique) et Chuck (version propre et technique), mais le tout déboule comme une tempête après un typhon, et renverse tout sur son passage. Chaque morceau est une occasion de sortir toute l’artillerie, de combiner les passages écrasants et les envolées violentes, le tout sous couvert de quelques inserts mélodiques rendant le tout plus digeste. « Abysmal Decay » en représente un peu l’apogée avec son mi-chemin entre Leprosy et Altars of Madness, mais à vrai dire, chaque morceau est un archétype d’efficacité et de foi, à l’image de « Isolation Room » qui combine la pertinence accrocheuse de CARCASS et les efforts techniques bourrins de SUFFOCATION. On pense CANNIBAL CORPSE quand tout est vraiment exagéré, on songe parfois à la scène suédoise lorsque la froideur s’accentue (« Coronation of Envy »), et on constate quand même aussi que les plans se répercutent avec une régularité trop flagrante lorsque le chrono ne s’arrête pas quand il faut (« Sweet Home Illusion »). Un intermède romantique et mélodieux pour faire passer la pilule (« Obsidian Tears », école MORBID/PESTILENCE), avant une énième attaque sans pitié (« My Dark Existence », l’un des plus efficaces du lot), et le tout est passé comme dans un cauchemar d’embaumeur, un peu seul dans sa passion morbide.

Pas de quoi se relever une nuit d’horreur, mais de quoi passer un bon moment avec des connaisseurs.  


Titres de l’album :

                           01. Ancient Legion

                           02. The Art of Perversion

                           03. Abysmal Decay

                           04. Isolation Room

                           05. Coronation of Envy

                           06. Absence of a God

                           07. Sweet Home Illusion

                           08. Obsidian Tears

                           09. My Dark Existence

                           10. Testimony of Hate

Facebook officiel

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 03/05/2020 à 18:17
78 %    668

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Interview de NESTOR

Chief Rebel Angel 25/06/2022

Interview

The Ocean + PG Lost + Psychonaut

RBD 10/06/2022

Live Report

NECROWRETCH + HEXECUTOR + LORD GALLERY / Rennes (Ubu)

Jus de cadavre 01/06/2022

Live Report

Agressor + Mercyless

RBD 28/05/2022

Live Report

100 Albums à (re)découvrir - Chapitre 2

mortne2001 26/05/2022

La cave

Peter Hook and The Light

RBD 24/05/2022

Live Report
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Buck Dancer

Je préfère quand même les clips qui se passent dans un hangar, bien plus original.Sinon, je m'en lasse pas de ce morceau. Si le reste de l'album est du même niveau, ils vont enterrer la "concurrence". 

28/06/2022, 18:44

Deathcotheque

Mauvaise traduction très certainement.Conseil à tous : utilisez DeepL au lieu de Google traduction quand vous avez besoin d'une traduction correcte.

28/06/2022, 14:49

Orphan

On ne peut que saluer le travail de cette vidéo, qui à la mérite de raconter qqchose. A l'image de ce morceau, au moins il se passe un truc dans ce clip.

28/06/2022, 11:35

fallwarden

musicalement ignoble, hyper formaté et ultra prévisible. 

28/06/2022, 06:35

Steelvore 666

Le groupe commente...Euh non en fait. C'est quoi ce charabia ? Une mauvaise traduction ou un concept complètement con à travers lequel personne ne comprendra rien ?

27/06/2022, 15:15

LeMoustre

Ahah, "Dave Mustaine presents", c'est comme Tom Cruise avec Top Gun, quoi !Les couplets chantés font furieusement penser au vieux Megadeth dans leur phrasé. Parties de guitares très bonnes, rien à dire. A voir le son, sur ordi dur de juger, mais l(...)

27/06/2022, 10:08

Hoover

Une synthèse entre un vieux Megadeth qu'on avait un peu oublié et le Megadeth récent (que personnellement j'aime bien). Super morceau!

26/06/2022, 06:16

Humungus

Ouch !!!Intrigué par vos commentaires, je me suis laissé tenté à une écoute (l'aurai-je fais sans cela ?)...Puis deux...Puis trois...Claquasse !!!Alors effectivement, rien de nouveau sous le soleil, mais un cassoulet r&eac(...)

25/06/2022, 07:22

Jus de cadavre

Ben putain ! Je pensais pas apprécier du Megadeth comme ça un jour ! Même le chant de Dave le canard est pas repoussant ! Incroyable. Et le clip a de la gueule.

25/06/2022, 00:44

Arioch91

D'accord avec Simony. Les vieux groupes de Thrash ne valent plus le pet. Mais Megadeth arrive encore à se hisser au-dessus.J'avais bien aimé Distopia, je me laisserai tenter par ce nouvel album.

24/06/2022, 20:45

Moshimosher

Franchement, il déchire ce clip !

24/06/2022, 19:53

Humungus

Moi je vénère MANOWAR !Hormis "Warriors of the world" et "Gods of war", la discographie est absolument exceptionnelle.

24/06/2022, 18:32

Simony

J'ai arrêté de suivre le groupe lors de la sortie de United Abominations que je trouve terriblement poussif pour arriver sur du bourrinage sans âme (tout comme le TESTAMENT, KREATOR, DEATH ANGEL, ajoutez ici n'importe quel nom d'un groupe de Thrash des '80s (...)

24/06/2022, 12:36

Chemikill

Super bon

24/06/2022, 12:24

Buck Dancer

Rien de nouveau sous les riffs ( Dystopia/Black Friday /Rust in Peace.... Whiplash, ah non, trompé de groupe) mais putain, comment ça envoie \m/ La seconde partie est vraiment énorme. Vivement la suite. 

24/06/2022, 10:55

Deathcotheque

Une tournée ou un évènement spécial pour les 20 ans du groupe ? Ca serait dommage d'en rester là après le dernier EP qui est tout bonnement excellent !

23/06/2022, 23:54

Arioch91

De prime abord, j'ai l'impression d'entendre toujours la même chanteuse sur les 5.Aucune ne se distingue de ses copines.Anneke n'est pas prête d'avoir une concurrente.Je passe mon tour.

23/06/2022, 20:42

Sphincter Desecrator

Moi j'aime MANOWAR!   J'aime leur attitude de trou du cul, et surtout j'adore leur musique.@ Sa(...)

23/06/2022, 20:11

RBD

Et dire que c'est le premier groupe que j'ai vu jouer à la reprise des concerts à la rentrée 2021. Je me demande si les collaborations avec Igorrr n'ont pas donné envie à J-B Le Bail de faire d'autres choses moins extrêmes dans l'a(...)

23/06/2022, 16:13

Satan

Manowar, le seul groupe à braquer tous les promoteurs de la planète. Avec un égo si surdoimensionné, rien d'étonnant dans le fond même si c'est aussi risible que leur musique.

23/06/2022, 13:01