Black Mirror

Furit

10/04/2020

Autoproduction

Si je vous dis Black Mirror, vous allez immédiatement penser et à juste titre à cette fameuse série créé par Charlie Brooker, mettant en place une anthologie d’aventures se déroulant dans un multivers dominé par la technologie et les aspects les plus sombres de l’âme humaine. Vous aurez évidemment raison, puisque cette série est d’importance et a marqué l’histoire de la TV au même titre que d’autres, avant et après elle. Mais aujourd’hui, Black Mirror fait référence à une œuvre beaucoup plus modeste et au rayonnement plus limité, puisqu’elle en appelle au ressenti du DIY et de l’underground musical extrême mondial. De la belle ville brésilienne de Teresina nous parvient donc le second LP des locaux de FURIT, groupe à cheval sur les principes mais aussi sur les styles. Né à l’orée des années 2010, ce groupe sympathique jouit déjà d’une bonne réputation dans son pays d’origine et reste un modèle d’acharnement intelligent et d’opiniâtreté touchante. Né trio, avec l’ossature guitare/basse/batterie, FURIT lâcha sa première démo en 2012, en proposant trois morceaux à ses fans éventuels, “The Thunder”, “Let it Bleed” et “Between Death and Life”. Après quelques concerts, le départ du guitariste d’origine et quelques ajustements de line-up, le groupe se stabilisa et pu donner des concerts, mais aussi préparer son entrée dans la cour de grands. D’abord via une série de vidéos sur Youtube, Live at Patrese Studio, puis en composant son premier longue-durée, The Order Remains The Same en 2017. Une fois bien présents sur le marché, nos amis brésiliens purent assurer quelques premières parties, dont certaines fameuses, en ouverture de Tim Owens, KRISIUN ou TAURUS. Et c’est fort de cette expérience que les musiciens reviennent enfoncer le clou avec ce Black Mirror, qui comme son illustre référence télévisuelle, se concentre sur les rapports entre l’humanité et ses moyens de communication modernes.

Aujourd’hui composé de TK Santos (basse/chant), Ulisses Melo (guitare), Max Melo (guitare/chœurs) et Lucas Nannini (batterie), FURIT peut donc mettre à profit sa décennie d’existence pour nous offrir un second album digne de ce nom et de ses capacités. Prenant son inspiration dans les glorieuses eighties, le groupe ne se contente pas pour autant de recycler trop facilement d’anciennes idées. Le parti-pris même du combo, tergiversant entre Heavy et Thrash est loin d’être anodin, mais ce qui frappe le plus sur ce second longue-durée, c’est cette propension à se vouloir allusif à tous les sous-courants du Thrash, évitant ainsi le piège du redondant excessif ou de l’œuvre sous perfusion. On sent que des groupes historiques ont façonné le visage artistique de la formation brésilienne, mais ce désir de réactualiser un allant violent en l’éclairant d’une lumière actuelle est savoureux, sinon complètement inédit. Pour faire simple, autant dire que le groupe rappelle tout autant la vague Thrash allemande de la fin des années 80 que le mouvement de la Bay-Area, sans oublier d’épicer un peu sa musique de références sud-américaines, mais pas celles flottant dans la mare de la bestialité. C’est donc un Thrash précis et hautement saccadé qui nous est livré-là, et qui frise les sommets de l’excellence en version rapide, avec en exergue de petites perles d’agressivité comme « Divide and Conquer ». Sans vraiment bousculer l’ordre établi ou mettre en péril les cadors du renouveau comme POWER TRIP ou MUNICIPAL WASTE, les FURIT tirent méchamment bien leur épingle du Mosh, et nous offrent une partition impeccable, jouée par des instrumentistes précis et carrés. Premier écueil à affronter pour apprécier le travail, le chant très particulier de TK Santos qui se situe dans la lignée de vocalistes à part comme Sean Killian, Russ Anderson ou Robert Gonnella. Son timbre très particulier et suraigu peut surprendre, mais lorsque le tempo monte dans les tours, ses intonations possédées confèrent aux morceaux un doux parfum de folie qui n’est pas sans rappeler les miraculeux ASSASSIN ou les débuts d’EXODUS (« #deathto »).

Sous une pochette au trait assez grossier et au message pour le moins évident, se cache donc un album de Thrash très intelligent, mais surtout, très efficace. Je parlais en amont de Techno-Thrash, mais l’utilisation du terme est sujette à caution. La musique du groupe est en effet précise et pointue, mais en aucun cas les musiciens ne s’autorisent des délires baroques ou des caprices jazzy. Il convient de voir en cette référence une technique très pointue, mise au service de morceaux vraiment violents, qui ne refusent pas un brin de finesse au moment de l’exécution. Mais pas d’inquiétude, rien d’élitiste, mais plus une volonté de précision dans la violence de la même façon que les groupes de Californie ont façonné leur art il y a quelques décennies. Ce qui n’empêche nullement les FURIT de nous assommer d’une lourdeur modérée, via « Blood Fascination », nous ramenant à l’époque glorieuse des FORBIDDEN et du OVERKILL le moins Hardcore, toujours avec cette facilité dans la fluidité qui rend les plans plus digestes. Avec des frappes instinctives et opportunes, le groupe taille sa route avec flair et panache, conscient de ses possibilités, qu’il étale au grand jour sur la longue conclusion épique de « Streaming ». En plus de huit minutes, les brésiliens se souviennent de l’EXODUS de « Like Father, Like Son », et nous transportent dans la galaxie Thrash avec une aisance incroyable. Riff emphatique et concentrique, chant presque à la limite d’un Core maîtrisé, pour une longue litanie moins progressive qu’on aurait pu l’espérer, mais à la redondance effective. Un crescendo final discret permet de rattacher l’épilogue au Techno-Thrash de BELIEVER, ou DEATHROW, mais en définitive, et après un recul global, il est certain que Black Mirror, moins complexe et philosophique que son pendant en images fait partie des œuvres les plus intéressantes de la vague Thrash old-school actuelle, ne serait-ce que par ses choix multiples et sa capacité à insuffler un peu de modernité dans l’extrême du passé.                       

                                                                                                      

Titres de l’album :

                          01. Truth Game

                          02. Wysiati

                          03. Blood Fascination

                          04. Eternal Suffering

                          05. Divide and Conquer

                          06. #deathto

                          07. Deus Ex Machina

                          08. Streaming

Facebook officiel


par mortne2001 le 17/11/2021 à 17:21
80 %    672

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Hatebreed + Crowbar

RBD 18/06/2024

Live Report

Nostromo + Nwar

RBD 03/06/2024

Live Report

Dvne + My Diligence

RBD 29/05/2024

Live Report

Anthems Of Steel VI

Simony 24/05/2024

Live Report

Pessimist + Demiurgon

RBD 14/05/2024

Live Report

Voyage au centre de la scène : ARGILE

Jus de cadavre 12/05/2024

Vidéos

Mercyless + Nervous Decay + Sekator

RBD 08/05/2024

Live Report

Birds in Row + Verdun

RBD 02/05/2024

Live Report

Hexagon Doom Tour

Simony 29/04/2024

Live Report
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Orphan

Plus vraiment fan du Hellfest depuis longtemps, mais avoir Julie CHRISTMAS à l'affiche c'est royal. D'autant qu'en face c'est Metallica, donc tout les boubourses seront absent.Elle est quand meme à l'origine avec Josh Graham d'une(...)

21/06/2024, 08:55

Humungus

Je pense que DL100 causait du clip...Et là, on peut pas lui donner tort hein... ... ...

19/06/2024, 06:55

Gargan

Plutôt injuste comme commentaire, je m’attendais à qqch de super cheap alors qu’il n’en est rienet musicalement ça se tient (parfois même l’impression d’entendre du Alastis !).

18/06/2024, 22:28

Gargan

La pochette évoque un retour au sources, mais ça ne me fera pas oublier phantoms, qui reste indétrônable.

18/06/2024, 22:20

Kiss the Goat

Un renouveau dans ce qui se fait en français 

18/06/2024, 21:43

DL100

Ah ouais, quand-même... C'est hautement ridicule et pathétique là...

18/06/2024, 12:07

Gargan

Hmmm j'ai tendance à préférer cette version, c'est mal. J'ai le sentiment que c'est plus lisible et pêchu et - heureusement - le son des toms est préservé, le genre de détail qui devait persister. Vont-ils nous refaire le coup po(...)

17/06/2024, 09:04

RBD

C'est une bonne surprise. Kerry n'a eu évidemment aucun mal à bien s'entourer mais ses partenaires ont apporté une pêche supérieure aux derniers Slayer. Ce Thrash à fond est mieux inspiré que celui de "Repentless" sans(...)

16/06/2024, 18:58

Humungus

De ces deux extraits proposés, il ne ressort effectivement pas grand chose...En tous cas, beaucoup moins que sur la réédition de "Morbid visions" qui m'avait bizarrement beaucoup plu l'année dernière.En même temps, et je s(...)

16/06/2024, 08:52

Moshimosher

Franchement, très bonne surprise ! Et vraiment content pour eux qu'ils puissent continuer ! Malgré la vie, la mort continue et c'est bon !!! \m/

15/06/2024, 20:44

Arioch91

L'édition originelle est intouchable, avec un son qui lui est propre et qui l'identifie dès les premières secondes. Sans oublier ce son particulier des toms d'Igor, comme sur le Pleasure to Kill de Kreator.Avec ce réenregistrement, on est loin de (...)

15/06/2024, 19:42

Humungus

Ouais... ... ...Bah à l'écoute de ce titre, cela ressemble comme deux gouttes de foutre à NIFELHEIM hein.Et à du très bon NIFELHEIM qui plus est !De fait, étant über fan de ce groupe, j'attends cette galette avec impati(...)

15/06/2024, 09:11

Moshimosher

Bon, par contre, l'extrait me laisse dubitatif...

15/06/2024, 06:37

Moshimosher

En tant que grand fan, je suis partagé... mais bon, pourquoi pas ! Surtout que j'ai tous les albums d'Edge of Sanity (Until Eternity Ends compris) et une bonne moitié des Nightingale... donc, qui sait... s'ils sont aussi en digital, je pourrais me laisser tenter par c(...)

15/06/2024, 06:33

RBD

Les concerts ne sont qu'une partie de ce petit festival. La dernière fois il y avait des conférences, des "masterclass", un marché aux puces, etc. Ce n'est pas évoqué ici mais je m'attends à retrouver tout cela. La progra(...)

14/06/2024, 11:18

Gargan

Pas un groupe de métal « trad » pour des « états généraux », ça donne vraiment beaucoup d’envie et de crédibilité…

14/06/2024, 07:43

metalrunner

Merci pour la redécouverte Ravage in peace c est trop bon

13/06/2024, 20:13

LeMoustre

Oh la torgnole thrash !Ah oui on sent bien l'influence du Dark Fuckin' Angel période Don Doty a plein nez. Le tempo effréné, les vocalises dans l'esprit. Parfait Achat direct cash de chez cash.J'adore, tout a fait pile poil ma cam(...)

11/06/2024, 20:30

Arioch91

Écouté ce matin en mode découverte tout en bossant, pas l'idéal mais pas le choix.Au premier ressenti, j'ai pensé à un croisement endiablé entre le Darkness Descends de Dark Angel et le Pleasure to Kill de Kreator. On a connu pire (...)

11/06/2024, 12:28

Humungus

"System Shock est un sérieux prétendant au titre d’album Thrash de l’année"Itou mec !!! !!! !!!Pour ma part, je vois plus dans ce superbe album la patte des "Trois Grands Teutons" (KREATOR, DESTRUCTION &(...)

11/06/2024, 11:01