Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais les musiciens de Death posent souvent pour les photos promo de face, le torse bombé et les bras bien écartés du corps. Est-ce par désir d’indiquer au chaland potentiel qu’ils ne sont pas là pour rigoler, ou est-ce parce que leur morphologie ne leur permet pas une position plus mesurée ? La question semble anecdotique, voire ridicule, mais la problématique existe. Et concrètement, à l’écoute des albums concernés par telle mise en scène, je crois comprendre qu’il faut avoir l’air baraqué pour rendre le genre crédible sous peine de passer pour de gentils guignols Heavy à peine capable d’assumer une sous-violence pour midinettes en mal de véhémence. Nonobstant ce préambule interrogatif, célébrons aujourd’hui le retour en fanfare pourrie de certains héros de la scène qui commençaient presque à nous manquer. Pensez donc, THE GROTESQUERY, soit deux des musiciens les plus prolifiques de l’extrême suédois et ricain, qui s’en reviennent donc nous conter fleurette sur fond de bestiaire fantastique et de rythmiques épileptiques. Si d’aventure, ce nom ne vous disait rien, c’est certainement que vous aviez la tête ailleurs ces huit ou trente dernières années et que les noms de Kam Lee ou Rogga Johansson vous sont complètement inconnus. Alors, si tel est le cas, et bien que je ne devrais plus vous adresser le clavier, sachez que ces deux messieurs ont un CV plus que fourni, et qu’ils font partie de la classe fondatrice du Death Metal tel que nous le connaissons depuis qu’il est sorti de ses égouts floridiens dans les années 80. Le premier, fit partie en son temps du projet séminal DEATH, qui s’appelait encore MANTAS à l’époque, avant de partir fonder MASSACRE avec d’autres dissidents, puis participer à diverses aventures dont BONE GNAWER, KAM LEE, AKATHARTA, BROKEN GRAVESTONES, GRAVE WAX, THE SKELETAL, DENIAL FIEND, etc…Le second quant à lui pourrait aussi noircir quelques lignes sur Linkedin, puisque son parcours est marqué d’implications dans divers orchestres de danse dont les plus fameux sont et furent MEGASCAVENGER, PAGANIZER, PUTREVORE, REVOLTING, RIBSPREADER, THOSE WHO BRING THE TORTURE, DOWN, AMONG THE DEAD MEN, JOHANSSON & SPECKMANN, NECROGOD, ECHELON, HUMANITY DELETE, MINOTAUR HEAD, BLOODGUT, DEMIURG, BONE GNAWER, DERANGED, CARVE, FONDLECORPSE, ou THE SKELETAL.

Autrement dit, vous n’aurez pas affaire à d’illustres clampins en confiant le sort de vos tympans à ce The Lupine Anathema and Other Blood Curdling Tales of Horror and The Macabre, qui n’est rien de moins que le quatrième longue-durée du quatuor (complété de Grand Master J. Berglund à la basse et de Notorious B. Helgetun à la batterie, même pedigree que les deux autres). Et après une énième récréation en compagnie de son vieux pote Paul Speckmann il y a peu, Rogga Johansson s’est donc dit qu’il était temps de donner des nouvelles de sa créature obsédée par Poe et Lovecraft via ce pamphlet concerné par l’histoire de la lycanthropie et adapté d’un ouvrage signé Rodman Philbrick, Werewolf Chronicles. Intervenant donc trois ans après la dernière levée Curse Of The Skinless Bride, The Lupine Anathema ne dévie pas franchement de la ligne de conduite habituelle du quatuor à cheval entre USA et Suède, et se contente de nous refourguer les mêmes astuces à base de Death de tradition. Inutile de dire que si les trois premiers LP du groupe étaient et sont toujours votre tasse de thé, il n’y a aucune raison que ce quatrième chapitre ne vous donne pas des frissons, puisqu’on retrouve les sempiternelles rythmiques brutales, les éternels riffs vintage, et évidemment la voix si typique de Kam Lee, qui grogne ici avec un plaisir non feint et nous gratifie de gimmicks en borborygmes que ses fans apprécient tant. Au petit jeu des défenseurs d’une appellation contrôlée que personne ne peut leur renier, les membres de THE GROTESQUERY placent leurs pions toujours au même endroit, sans chercher le coup qui tue ni la surprise qui mue, et ces quarante nouvelles minutes d’attaque sonore sans répit ne nous prennent ni à revers ni en traître, puisque sur les dix compositions offertes, dix auraient pu être placées sur les trois anciens échiquiers. Pour beaucoup, ce lénifiant constat se montrera quelque peu rebutant, mais pour les aficionados de l’horreur mise en musique, le plaisir sera infini, puisqu’on retrouve toujours ces traces sanglantes émergeant du passé de MASSACRE, de MASTER, de SUFFOCATION et autres références brutes de chez brutes qui constituent l’ossature de toutes les productions des cosmopolites combattants.

Peut-on leur reprocher de s’accrocher à une histoire qui est la leur ? Bien sûr que non, et autant prendre ce LP pour ce qu’il est, à savoir une grosse louche de soupe Death servie bouillante, qui agresse la langue et brûle le palais, en laissant de vilaines nausées sur un estomac fragilisé. Supérieur en tout point à la dernière association JOHANSSON/SPECKMANN, From The Mouth Of Madness, qui pour le coup prend de vilaines allures de brouillon néanderthalien composé pour des brutes épaisses sans finesse, The Lupine Anathema peut facilement se ranger aux côtés des meilleurs essais du combo, juste à côté de l’impérissable The Facts and Terrifying Testament of Mason Hamilton: Tsathoggua Tales. Il lui ressemble d’ailleurs beaucoup, ce qui n’est pas étonnant puisqu’ils partagent le même ADN, et autant ne pas s’attendre à quelconque compassion de la part de Kam et Ragga, qui n’ont pas changé leur piège à loup d’épaule. Les deux compères se font plaisir à nous narrer des histoires tordues sur des créatures poilues au destin biscornu, sous la pleine lune, et accumulent les poncifs inhérents à un Death qui trouve ses origines au début des années 90, mais qui bénéficie de quelques arrangements modernes et d’une production up in time. On peut même en s’accrochant aux branches trouver de jolies ambiances à la Hammer, sur le plutôt efficace « Dark Cry Of The Wolf », qui rappelle même une version nocturne et macabre de CREMATORY, pour un semblant de mélodie qui souffle un vent plus frais sur les aventures morbides de nos compagnons aux riffs gras du bide. Et s’il est certain qu’une ouverture aussi franche que « Under the Curse of the Full Moon » met les choses au point et laisse hurler les représentants canins, multipliant les tempi et accumulant les cassures, et que le final en diptyque de « Ithaqua the Wind Walker » / « Bloodcurdling Tales » vaut son pesant de poils après épilation, le reste est à l’avenant et joue son rôle de sandwich, se contentant d’un cahier des charges fidèlement suivi depuis des années.

Alors, ils ont raison de bomber le torse et d’écarter les bras finalement. Car cette posture évoque à merveille le chasseur qui attend sa proie, un soir d’hiver, à minuit. Mais on aimerait bien parfois un peu plus de naturel dans les poses, et un peu plus d’audace dans les doses. Un LP qui s’écoute et s’apprécie, puis se range et s’oublie, sans avoir besoin de balles d’argent pour lutter contre son pouvoir malfaisant.


Titres de l'album:

  1. Under the Curse of the Full Moon
  2. By Feral Ways
  3. Wrath of the Garvulves (By the Ey
  4. Advent of the Werewolves
  5. The Faceless God
  6. As Death Dies
  7. Dark Cry of the Wolf
  8. Ithaqua the Wind Walker
  9. Bloodcurdling Tales

Facebook officiel


par mortne2001 le 18/05/2018 à 14:54
72 %    189

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


This Gift Is A Curse

A Throne Of Ash

Thornbridge

Theatrical Masterpiece

Spectrum Orchestrum

It's About Time

Ares Kingdom

By The Light Of Their Destruction

The End Machine

The End Machine

Vitriol

Chrysalis

Altar Of Oblivion

The Seven Spirits

Inculter

Fatal Visions

Venom Prison

Samsara

Sammy Hagar

Space Between

Final Cut

Jackhammer

Eivør

Live In Tórshavn

Burning Rain

Face The Music

Sisters Of Suffocation

Humans Are Broken

Jack Slamer

Jack Slamer

Misery Index

Rituals of Power

Black Oak County

Theatre of the Mind

Helium Horse Fly

Hollowed

Bergraven

Det Framlidna Minnet

Mgła - Revenge - Doombringer // Paris

Mold_Putrefaction / 19/05/2019
Death Metal

Dead can Dance

RBD / 19/05/2019
Darkwave

NETHERLANDS DEATHFEST IV / Tilburg, Pays-Bas

Jus de cadavre / 16/05/2019
Death Metal

Tour-Report ACOD (support Cradle Of Filth / Avril 2019)

Jus de cadavre / 14/05/2019
Death Black Metal

Concerts à 7 jours

Photo Stream

Derniers coms

"Kickback reviens ! Ils sont devenus tous mous..."


@Sphincter : ah bah mec ton com fait plaisir à lire ! Autant je ne suis pas un adepte du pit à tout prix autant, quand tu dis que les gens se prennent trop au sérieux, c'est tellement vrai ! Genre si ça se met à bouger un peu trop selon certains dans la fosse, tu as l'impression d'être une bê(...)


Pour l'anecdote en sortant de la salle (opération qui prend un certain temps lorsqu'on a eu la bonne idée de se mettre un peu devant dans un Petit Bain plein comme un œuf) mes voisins s'émerveillaient de n'avoir "jamais vu'" un concert de Black qui bouge autant...

Enfin ça m'a fait(...)


Ça fait belle lurette qu'on se fait chier en concert de "Black Metal"...
En bon suceur de Deathlike Silence, tout le monde se la joue trop sérieux avec la mentalité no mosh et oublie le côté no trend. Et MGŁA s'est l'archétype du très bon groupe de studio qui ne sert à rien sur scène(...)


ouais c'est clair ça tabasse toujours autant, et comme a chaque sortie je me demande si un jour ils vont revenir en europe...


C'est sûr qu'avec une pochette comme cela, on a tout de suite envie d'acheter l'album...


Très sympa, j'aime beaucoup !


C'est pas tous les jours qu'un aussi bon album est chroniqué sur Metalnews, ne boudons pas notre plaisir. Un bon 8.5/10 pour ce thrash war metal.


On ne peut plus classique, mais toujours aussi efficace...


Merci pour le report, vieux Jus, ça donne presque envie :)
On se retrouve à DisneyHell en Juin


Exactement le même avis que toi concernant REVENGE et MGLA sur scène !
Pour le public amorphe, à mon avis il devait y avoir pas mal de Hollandais dans la salle :D !


La reprise Autumn Sun est de Deleyaman...le nom du groupe est mal écrit dans l'article ;)


Je te rassure : le "désormais" n'existe pas pour moi puisque je n'ai jamais aimé Korn et consorts (hormis durant ma prime adolescence... donc au temps jadis).


Par contre, Lisa, elle est malade ou quoi ? A la vue des vidéos sur YT, on dirait qu'elle a pris 30 kilos.


Merci pour ce papier, DCD fait partie des grands, et j'imagine les poils se hérisser aux sons de "Xavier" ou l'intemporel "Anywhere...". Ca a dû être de grands moments.


Ce qu'il faudra donc retenir de cette discussion de bon aloi entre Satan et JDTP, c'est que le terme Néo Metal (qui est effectivement une des influences flagrantes de ce groupe) est désormais perçu de façon totalement péjorative...
Intéressant non ?


Autant pour moi !
Ce que j'aime bien dans le projet, c'est qu'on a un peu l'impression de déconner entre potes de longue date.


Alors dans mon esprit ce n'était pas du tout du second degré en fait. C'est une des influences principales du groupe (parmi de nombreuses autres), c'est pourquoi j'ai choisi cette dénomination.
Quoiqu'il en soit je suis absolument d'accord avec toi, c'est carrément bien fichu et d'une inc(...)


"La voix, sa voix, est là, toujours hostile, semblant parvenir du plus profond des enfers. Elle est intacte, unique"
Tout est dit mec !


Je trouve ça un peu sévère de qualifier ça de "néo métal". Car même si le côté humoristique ferait penser à un truc sans prétention, ça reste quand même plutôt bien fait.