Lorsqu’on évoque le cas du BM médiéval, on a souvent tendance à penser à de délicates évasions bucoliques le long de chemins anciens, promenades rythmées de mélodies Folk un peu niaiseuses sur les bords. Or il convient bien de faire la différence entre le Black d’obédience médiévale et le Black Folk, qui ne partagent finalement que quelques astuces instrumentales et des obsessions pour l’histoire et les traditions. Là où le second reste parfois focalisé sur des harmonies que la musique traditionnelle utilise depuis des siècles, le premier opte pour une brutalité de ton qui se voit mâtinée d’influences plus acoustiques, et d’orchestrations plus rudes, sans pour autant occulter la délicatesse de progressions tout à fait charmantes. Parfois. Car selon les auteurs, l’aspect brutal peut se voir privilégier au détriment d’une méthode de composition plus abordable, et de fait, produire des œuvres envoutantes, juxtaposant la violence la plus crue à la subtilité la plus vraie. C’est indéniablement le cas des français de DARKENHOLD, qui depuis 2008 continuent leur travail d’exploration des légendes anciennes, au travers d’une musique aussi riche qu’âpre, et sans connaître la moindre baisse d’inspiration. Pas moins de quatre longue-durée à leur actif, A Passage to the Towers en 2010, Echoes From the Stone Keeper en 2012 et Castellum en 2014, avant trois années de silence pour accoucher non d’un revirement, mais d’une adaptation de la trajectoire en 2017, via ce Memoria Sylvarum à l’ambiance plus sombre et aux atmosphères délétères plus travaillées. Sorti à compte d’auteur en version CD, ce quatrième voyage de DARKENHOLD se verra au mois de septembre honoré d’une réédition via Les Acteurs de l’Ombre, qui en proposeront une version vinyle limitée à 500 exemplaires, dont il faudra vite s’emparer sous peine de voir l’objet transformé en collector hors de prix. Car outre sa thématique toujours de saison, cet album peut aussi se targuer de proposer l’une des formes de BM les plus abouties et audacieuses du marché.

Toujours mené de front par le duo Cervantes (chant,) et Aldébaran (guitare, claviers, basse, chœurs), DARKENHOLD vous propose donc avec Memoria Sylvarum des pérégrinations forestières à la recherche d’une connexion entre l’âme et les sources naturelles oubliées, en admirant au passage les ruines qui jonchent ce voyage, aussi introspectif que contemplatif. Si une fois encore, Aldébaran a pris en charge l’intégralité de l’orchestration et Cervantes la totalité des textes, le duo a privilégié une optique beaucoup plus directe et crue pour illustrer son propos. Musicalement, les thématiques n’ont pas vraiment changé des obsessions séculaires du partenariat, mais on note un durcissement global du ton, qui s’illustre dans des riffs beaucoup plus sales qu’à l’ordinaire, entachés d’un grain  leur conférant un aspect plus « raw » que la moyenne. Mais loin de handicaper le projet, cette soudaine volonté de sortir de ses propres rangs et de sa zone de confort confère à Memoria Sylvarum un petit surplus d’inédit, et surtout, une crédibilité musicale quant à ses aspirations nostalgiques et traditionnalistes. Si la patine acoustique n’a évidemment pas disparu au profit d’un BM plus linéaire et disons-le, « classique », elle s’en trouve sublimée par l’emploi de cordes pures et d’harmonies l’étant tout autant, ce qui permet d’accentuer la dualité entre les deux aspects de la musique de DARKENHOLD. A cheval entre un Black typiquement 90’s et des mélodies Folk intemporelles, le groupe se permet de concrétiser sa vision d’un passé qu’il convient d’honorer à ses justes mérites, pour mieux s’y plonger histoire de ne pas perdre le lien avec l’histoire et les souvenirs.

Une fois encore, chaque titre est un canevas tissé à la main, aux mailles serrées avec soin, ou au contraire laissées un peu lâches. Les notes sonnent comme si elles avaient été choisies avec précision, et chaque son semble parfaitement à sa place, sans que l’ensemble ne paraisse un peu trop précis et stérile. La sauvagerie des plans BM les plus agressifs permet de contrebalancer le choix des harmonies les plus claires, ce qui autorise un équilibre stable, sans pour autant nous engoncer dans un sentiment de sécurité un peu trop prononcé. Ici, l’aventure louvoie, accélère le pas, s’arrête pour contempler, mais ne nous ennuie que très rarement de clichés et autres litanies de carte postale pour touriste en mal d’authenticité. Pourtant, tout l’est ici, et saluons le travail de production et d’écriture du combo qui est parvenu à trouver le son idoine pour mettre en exergue sa vision, celle d’une nature à l’appel pressant, et au passé aux souvenirs persistants. Sonnant daté sans paraître éculé, ce quatrième album s’accorde parfaitement de sa thématique, et nous offre une démonstration de force que « Sombre Val » introduit de sa puissance et de sa superbe. En choisissant un morceau court et percutant pour ouvrir les portes de leur quatrième odyssée, le duo a fait le bon choix et accroche l’oreille qui se voit immédiatement bousculée par une débauche de violence contrôlée suscitant autant de questions qu’elle n’apporte de réponses.

Mais cette oreille est aussi caressée par des évolutions beaucoup plus progressives, comme le confirment des segments aussi ambitieux que « A l’Orée de l’Escalier Sylvestre » ou le final “Présence des Orbes”, qui de leurs superpositions et autres variations de ton nous entraînent dans un voyage où le choc temporel est immédiatement atténué par la douceur des déambulations bucoliques. Et si l’on occulte la courte transition synthétique « La Grotte de la Chèvre d’Or », et son clavier embrumé, tous les morceaux font montre d’une orchestration analogique déterminée et déterminante, qui permet à Memoria Sylvarum de se démarquer brillamment de ses trois aînés et d’assurer sa place méritée dans la mythologie du groupe. Mid tempi martelés, soudainement embarqués dans des envolées brutales, voix sous-mixée pour accentuer le mysticisme du périple (« Sous la Voûte de Chênes » et son acoustique sublime transcendant un riff des plus simples, avant d’errer le long des routes Heavy avec superbe), volonté de ne pas choisir entre modération et débordements bruitistes majestueux (« Clameur de Falaises », l’un des plus heurtés du lot avec sa partie de batterie chaotique), pour un résultat global extraordinaire, qui n’a négligé aucun détail pour parfaire son concept. En optant pour une âpreté nouvelle, les DARKENHOLD, sans se départir de leur sens mélodique folklorique (dans le sens le plus noble du terme) signent là un travail exemplaire, qui de sa douceur nostalgique nous évoque les ruines d’antan, et qui de sa puissance nous ramène violemment vers un passé que le présent à souvent tendance à oublier. Reconnaissons leur ce devoir de mémoire impeccablement mis en forme.

     

Titres de l'album:

                        1. Sombre Val

                        2. La Chevauchée des Esprits de Jadis

                        3. Ruines Scellées en la Vieille Forêt

                        4. A l’Orée de l’Escalier Sylvestre

                        5. La Grotte de la Chèvre d’or

                        6. Sous la Voûte de Chênes

                        7. Clameur des Falaises

                        8. Errances [Lueur des Sources Oubliées]

                        9. Présence des Orbes

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par mortne2001 le 25/08/2018 à 17:16
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